Livre d’heures du Roi de Naples
Récemment disparu.
La couverture de ce missel est en argent, et elle est enrichie de deux bas-reliefs, représentant d’un côté la Vierge debout, de l’autre l’ange Gabriel, des lys à la main. Ces deux figures, quatre autres plus petites et quelques ornements, sont dorés. Autour sont gravées les armes des cardinaux Alexandre Farnèse et Édouard Farnèse.
Quelque intérêt que présente cette couverture, et alors même qu’elle serait l’ouvrage de Cellini, elle ne pourrait lutter d’importance avec le manuscrit lui-même, ouvrage merveilleux dont Vasari a donné la description (1). Le texte du livre avait été écrit par Monterchi, et les miniatures étaient l’œuvre de Giulio Clovio, qui, selon la tradition, y consacra neuf années de travail. Le célèbre artiste passa, comme on le sait, la majeure partie de sa vie au service des Farnèse. M. Labarte avait vu ce missel, le plus bel ouvrage peut-être de Clovio. « Il contient, dit-il, vingt-six miniatures délicieuses, renfermées dans des bordures d’un goût exquis, qui sont ornées de figures et d’emblèmes en rapport avec le sujet (2). »
De prime abord, on peut se demander si ce missel ne serait pas précisément celui dont parle Cellini. On se souvient que l’artiste avait présenté à Charles-Quint un Office de la Vierge dont la couverture lui avait été commandée par Paul III. Les deux ouvrages ont, il est vrai, plusieurs points de rapprochement. Giulio Clovio est le miniaturiste qui orna les pages de l’un et de l’autre. Si Benvenuto ne le nomme pas, il le
(1) Vasari, édition G. Milanesi, t. VII, p. 560.
(2) L Orfèvrerie au Moyen Age et à Tcpoque de la Renaissance , t. II, p. 276 (2e édition).
désigne assez clairement dans sa harangue à l’Empereur, lorsqu il dit du manuscrit : « II qualc c scritto a mano, e minialo per mano del maggior uomo che mai facesse tal professions. » Il est à noter aussi que le missel des Rois de Naples contient l’Office de la Vierge, comme celui qui fut présenté à Charles-Quint. « Questo hbro di Madonna », dit l'artiste dans ses Mémoires, et au Traité de I Orfèvrerie : « Un ufiziuolo di Madonna miniato. »
Et pourtant, malgré cette double coïncidence, il est bien évident que ce furent deux missels distincts. En effet, lorsque Benvenuto eut, quelque temps après le départ de Charles-Quint, terminé la couverture offerte à ce prince, il la remit au Pape, lui demandant son agrément pour la porter à l'Empereur, selon qu’il avait été convenu. Mais Paul III répondit qu’il pourvoirait à cette affaire, et que Benvenuto n’avait plus à s’en occuper. « Il Papa mi risposc che farebbe quanta gli venissi bene di fare, e che 10 avevo fatto quel che s’apparteneva a me. » Cellini ajoute que Paul III envoya le livre h l’Empereur par son neveu, le jeune Sforza, à qui la leçon avait été faite, et que Charles- Quint s’étant informé de l'orfévre, le messager répondit qu’il était malade et hors d’état de voyager. « Tout cela me fut redit », ajoute Cellini en terminant le récit de cette anecdote. D’ailleurs, il serait peu vraisemblable que le Pape, après avoir avec tant de pompe offert ce missel à l’Empereur, eût ensuite renoncé à le lui envoyer pour le conserver à sa propre famille.
D’autre part, il y a lieu de noter que les deux objets différaient en un point essentiel. En effet, Benvenuto dit que le Pape, lorsque l’idée lui fut suggérée de faire un tel présent, voulut que le livre eût une couverture d’or massif, « oro massiccio », richement travaillée et ornée d’un grand nombre de joyaux. Or, le missel des Rois de Naples porte une couverture d’argent, dont quelques parties seulement sont dorées, et il est orné de figures, tandis que l’artiste ne parle que d’ornements et de feuillages. Enfin il porte les armes d’Alexandre et d’Édouard Farnèse, et l’on remarque l’intention évidente de l'orfévre de rappeler les fleurs de lys de leur blason, lorsqu il choisit la Salutation angélique pour l’un des sujets principaux de son travail, ce qui lui permet de placer le lys dans la main de l’ange Gabriel.
De tout cela il résulte que l’œuvre exécutée pour le cardinal Alexandre Farnèse, décrite par Vasari et passée en possession des Rois de Naples, ne saurait être identifiée avec celle que Cellini fut chargé de présenter à Charles-Quint.
Quoi qu’il en soit, la couverture du livre des Rois de Naples peut, elle aussi, être un ouvrage de Cellini, comme le voudrait la tradition. Enfin, faute de document qui établisse l’attribution au maître, on peut, avec beaucoup plus de vraisemblance, y voir un travail de son élève Manno, dont nous aurons à parler plus loin. Comme le miniaturiste Giulio Clovio, comme le graveur en pierres dures Giovanni da Castel Bolognese, l’orfévre Manno (1) fut une grande partie de sa vie au service des Farnèse. Or cest comme héritiers de ceux-ci que les Rois de Naples étaient propriétaires de cet admi rable ouvrage.
En effet, Antonio, dernier duc de Parme et de Plaisance de la maison des Farnèse,
(1) Voir Manno, oreficc Fiorcntino , Memoria del Cav. Amadio Ronchini, etc.
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étant mort sans postérité, sa nièce Élisabeth devint héritière de toute la fortune de cette maison. Elle épousa Philippe V, Roi d'Espagne, tige des Bourbons d’Espagne, dont le second fils, Don Carlos, prit possession de la couronne de Naples sous le nom de Charles IV. A la mort de son frère aîné, ce prince monta sur le trône d’Espagne, sous le nom de Charles III, et laissa Naples à Ferdinand, son troisième fils, qui devint la tige des Bourbons de Naples.
C’est ainsi que le précieux manuscrit et sa couverture d’orfèvrerie arrivèrent à la Biblioteca Borbonica de Naples. Au temps de la révolution de 1848, le Roi Ferdinand II désira garder près de lui, dans sa bibliothèque particulière, cet admirable objet, qui était pour lui un bien de famille. En dernier heu, le missel était encore possédé par le Roi François II. Mais depuis les événements qui ont renversé la dynastie de Bourbon du trône de Naples, on ignore ce qu’il est devenu. Espérons encore qu’il n’a pas été détruit, et que quelque jour il reparaîtra pour faire de nouveau l’admiration des amateurs.
Couverture de missel. — (Pi. xliv, fig. 2.)
South Kensington Muséum.
Cette couverture, en or fin, est enrichie de bas-reliefs, rehaussée d’émaux champlevés translucides et d’émaux opaques ; elle mesure neuf centimètres de hauteur sur six de largeur.
Pour celle-ci, comme pour la pièce précédente, on peut se demander si l’on n’a pas devant les yeux l’œuvre mentionnée dans la Vita. Sous le rapport des proportions, elle ne contredit pas l’expression de Cellini, qui désigne par le mot « libretto » le missel de Charles -Quint. Mais la décoration ne permet pas de s’arrêter à l’idée qu’elle puisse être la couverture du livre de cet Empereur. En effet, la pièce du South Kensington Muséum est ornée non -seulement de feuillages, mais encore d’un grand nombre de figures, et elle n’est pas enrichie de pierreries comme l’était le missel de Charles-Quint. Il faut ajouter, il est vrai, que les émaux qui les remplacent et les imitent sont d'une incomparable beauté et d’un éclat merveilleux.
On reconnaîtrait difficilement un sujet chrétien dans la composition qui orne l’un des plats de la couverture ; Cellini et les orfèvres de son temps ne s’appliquaient pas toujours à observer le rapport de convenance qui doit exister entre la décoration et l’objet auquel elle s’applique. Ici, un petit génie nu, debout sur un piédestal, embouche une double trompette semblable à celle du jugement dernier; c’est pour convier, non pas les morts à la résurrection et au jugement, mais plutôt les vivants à venir se baigner dans une sorte de fontaine de Jouvence dont la vasque à godrons est émaillée bleu foncé. Plusieurs figures de femmes s’empressent autour de la fontaine; l’une, à droite, vêtue d’une robe verte et de brodequins cramoisis, s’approche, portant des fleurs et un panier d’or; à gauche, une autre se lave les cheveux, et une troisième semble invoquer le génie du lieu : toutes deux se sont dévêtues.
Au-dessous, une reine ou une princesse, le front ceint d’une couronne, habillée d'une robe d'or à bordure rouge, est assise et cueille des fleurs, en compagnie d'une dame de
sa suite, dont la robe est vert foncé. Aux quatre angles de ce côté de la couverture, des figures allégoriques entourées de fruits et portant des cornes d'abondance, semblent caractériser le bonheur de la paix. Des rinceaux, des feuillages, des fleurs et des fruits, complètent une décoration d'une excessive et éclatante richesse.
Aux extrémités de l’autre plat, quatre figures de femmes se jouent au milieu d’ornements semblables qui encadrent un grand cartouche ovale, dont la bordure est formée de feuilles de laurier en émail émeraude translucide, du plus heureux effet. Le sujet représenté dans ce cartouche est le Paradis terrestre, au moment de la naissance d’Eve, et lorsque la plus parfaite harmonie règne entre tous les animaux de la création, groupés autour du premier homme et de la première femme. On y remarque un lion, un héron, un chien, un lièvre, un chat, un chameau et un cerf. Adam est couché endormi; de son flanc Ève est à moitié sortie ; elle joint les mains dans l’attitude de l’adoration, comme dans la composition célèbre de Michel-Ange. Les personnages et les animaux sont émaillés au naturel, sur un fond de paysage vert. Le ciel est d’or, avec des nuages vert foncé.
Le dos de la couverture est divisé en quatre compartiments, ornés chacun d’un élégant petit cartouche, au centre duquel se trouve une marguerite. Cette fleur domine aussi dans l’ornementation des deux plats, qui tous deux ont une bordure de petites pierreries, rubis et opales, simulées en émail avec un art parfait. Les émaux translucides bleu foncé, vert, rouge, violet; les émaux opaques blanc et bleu de ciel, habilement combinés avec l’or, concourent à donner à cette admirable pièce l’éclat le plus intense et le plus harmonieux.
Le missel passe pour avoir appartenu au dix-septième siècle à Henriette-Marie de France, sœur de Louis XIII et femme de Charles I". Il doit pourtant avoir été exécuté à une époque antérieure, probablement pour une princesse portant le nom de Marguerite; la fleur répétée dans l’ornementation semble du moins l’indiquer, et cette supposition est conforme aux usages du temps. Cette Marguerite fut-elle la sœur de François I", la Marguerite des Marguerites , qui défendit un jour Cellini contre la duchesse d’Étampes? ou bien cette autre aimable Marguerite, fille du Roi, qui épousa d’abord le duc de Berry et ensuite le duc de Savoie, qui se fit chérir pour sa grâce et ses mérites, et dont Benvenuto parle dans ses Mémoires pour l’avoir connue, elle aussi, à la cour de France lorsqu’elle avait vingt ans?
En tout cas, la princesse qui la première suspendit ce missel à sa ceinture par les anneaux fixés au sommet des deux plats, dut appartenir à la Maison de France; on remarque en effet une fleur de lvs sur la tranche en tete du livre, cest-à-dire sur la lame d’or figurant la tranche, car cette couverture est une boîte complète, aujourd’hui vide du livre qu’elle a contenu jadis.
Aucun document, il faut l’avouer, n’établit qu’on soit en présence d’une œuvre de l'artiste florentin; cependant le caractère du travail, qui indique un ouvrage italien du milieu ou de la seconde moitié du seizième siècle, ne contredit pas la tradition qui le lui attribue.
Le dernier possesseur de cette pièce fut lord Dunsany. En 1872, elle figura dans une Exposition connue sous le nom de Loan Exhibition of ancicnt and modem j cio dry and
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Personal or naments ; elle avait déjà été acquise avant cette date par le South Kensington Muséum. Grâce à la courtoisie de la direction de ce Musée, qui sait si libéralement encourager les études artistiques, nous avons eu toute facilité pour l’étudier de près et en donner la reproduction.
Couverture de missel. — (Pi. xliv, fïg. i.)
Cabinet d'objets d'art du château de Friedenstein, à Gotha.
Cette remarquable pièce avait été signalée en ces termes par M. Labarte (i) parmi les ouvrages dont l’attribution à Cellini lui paraissait pouvoir être admise :
« Dans le Musée du duc de Saxe-Gotha, la couverture d’un petit livre d’heures, de huit à neuf centimètres carrés. Sur chacun des ais est ciselé un sujet de sainteté placé sous une arcade; des figurines de saints occupent les angles; le tout est encadré dans des bordures composées, comme les arcades, de diamants et de rubis. Trois petits bas-reliefs, d’une grande finesse d’exécution, décorent le dos de cette charmante couverture. Serait-ce celle que fit Cellini d’après les ordres de Paul III, et qui fut offerte en présent à Charles-Quint ? »
Pour les mêmes raisons que nous avons données au sujet du missel précédent, nous croyons à des objets distincts.
La couverture est en or massif; elle est ornée de diamants, de rubis, d’émeraudes et d’émaux. Sur le plat antérieur se trouvent : au milieu, l’Adoration des Rois mages; aux angles, les quatre Evangélistes; au bas, une tête d’ange ailé. Sur le plat postérieur sont représentés : au milieu, la Résurrection ; aux angles, les quatre femmes de l’Evangile; au bas, une tête de mort. Sur le dos du livre se voient, dans trois compartiments, la création, la naissance d’Eve, et la chute de nos premiers parents.
Dans l’intérieur, ce livre n’est point un Office de la Vierge. Treize miniatures sur parchemin représentent des scènes de la vie de Notre-Seigneur, avec les passages de l’Ecriture qui s’y rattachent.
Ce précieux missel présente aussi un intérêt tout particulier : ce sont les signatures autographes que de hauts personnages y ont apposées tour à tour. En l’année 1590, y ont écrit leur nom : le Roi Jacques, fils de Marie Stuart (2), et Henri-Jules, duc de Brunswick. En 1623, Christian IV, Roi de Danemark. En 1751, Dorothée-Sophie, duchesse de Mecklembourg-Schwerin. En 1759, le prince-électeur Auguste de Saxe, et sa femme, la princesse Anne, puis le duc Ulrich de Mecklembourg, et sa femme Élisabeth.
La grande-duchesse Louise de Mecklembourg-Schwerin, morte le r janvier 1808, fit cadeau de ce livre à sa petite-fille, fille du duc Auguste de Saxe-Gotha, qui épousa plus tard le duc Ernest Ier de Cobourg. Le duc Auguste l’eut ensuite en sa possession, et dans la succession de ce prince le missel fut acheté pour le Musée d’art. C'est par la
(1) Les Arts industriels au Moyen Age et à l’époque de la Renaissance , t. II, p. 117, 2e édition.
(2) Jacques Stuart, d’abord Roi d’Ecosse sous le nom de Jacques VI, devint Roi d’Angleterre sous celui de Jacques Ier (1603).
bienveillance de Mgr le prince de Saxe-Cobourg que nous avons pu obtenir les facilités nécessaires pour en reproduire la couverture.
On remarquera certainement l’analogie de l’ornementation de cette pièce et de la précédente, toutes deux de la même époque. La marguerite domine dans les feuillages et les rinceaux qui décorent l’une et l’autre ; et il est à noter que cette fleur est répandue aussi sur la partie qui figure un gazon dans la Salière de Vienne. Le sujet représentant la naissance d’Ève a été composé presque identiquement sur les deux missels. On ne reconnaît cependant pas la même main dans l’exécution des figures, qui semblent ici incliner vers le caractère germanique. Il est vrai que dans l'atelier du petit Nesle (1) plusieurs ouvriers allemands travaillaient sur les dessins de Benvenuto.
Cassette Farnèse. — (Pl. XLV.)
Musée National, à Naples.
Un certain nombre de coffrets et d’écrins ont été attribués à Benvenuto. Dans aucun des écrits du maître on ne trouve d’indications sur des travaux de ce genre, auxquels il a dû cependant se livrer comme les orfèvres ses contemporains. Vasari parle d’un superbe coffret de cristal de roche, œuvre de Valerio Belli, sur lequel étaient représentés des sujets tirés de la Passion. Clément VII, qui le paya deux mille écus d'or, en fit présent à François I", lors de l’entrevue qu’il eut à Nice et à Marseille avec ce prince, à l’occasion du mariage de sa nièce Catherine de Médicis, qui allait épouser le Dauphin de France. Cette magnifique pièce se trouve aujourd'hui dans le Cabinet des Gemmes, à Florence (2). Commenta-t-elle fait retour à l’Italie? Le baron de Reumont pense qu’elle fut donnée par Catherine de Médicis à sa parente Christine de Lorraine, lorsqu’elle épousa le grand-duc de Toscane, Ferdinand I". Elle peut aussi avoir été volée au Louvre, sous le règne de Charles IX, durant les guerres civiles (3); car lorsque plus tard Henri IV fit remettre en ordre les collections de la couronne, nombre d’objets, et entre autres la plupart des pierres gravées, avaient disparu. Emportée en Italie, la cassette aurait été acquise quelque jour par lun des Souverains de Toscane.
Un des plus beaux ouvrages de cette nature, dont Vasari fait aussi mention, est conservé dans l’ancien Museo Borbonico de Naples. Le travail d’orfèvrerie en ayant été attribué pendant assez longtemps à Benvenuto, nous croyons devoir nous occuper ici de cette pièce intéressante, bien que l'erreur ait déjà été démontrée. Le Catalogue du Musée (4), rédigé par le conservateur, M. Domenico Monaco, tient lui-même le visiteur en garde par cette mention : « Faussement attribuée à Benvenuto Cellini. »
Vasari nous apprend que le cardinal Farnèse, désirant avoir une cassette d’argent très-richement travaillée, commanda la gravure des cristaux de roche à Giovanni Ber-
(1) Voir les documents, chapitre IV de la Première Partie, sur les orfèvres italiens et allemands qui « besoignaient » à l'atelier de Cellini, et notamment sur ce « Pierre Baueduc, campaigmn orfeuvre ailemant entretenu par le Roy au dit Hostcl de Nesle », après le départ du maître.
(2) Voir Vasari, t. V, p. 379 et 380 de l’édition annotée par M. Gaetano Milanesi. Florence, 1880.
(3) Voir Mariette, Traite des pierres gravées.
(4) Naples, 1878.
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nardi. Les sujets indiqués par Vasari sont : Mèléagre chassant le sanglier de Calydon, les Bacchantes } une Bataille navale , le Combat d’ Hercule et des Amazones , puis d autres compositions, dont Perino del Vaga et d’autres maîtres avaient exécuté aussi les dessins selon les indications du cardinal.
Dans une lettre de Giovanni, datée du 21 avril 1544 et adressée de Faenza au prélat (1), l’artiste annonce qu’il ira bientôt à Rome lui montrer les quatre grands morceaux destinés à la cassette, c’est-à-dire le Cirque avec les quadriges, le Triomphe de Bacchus et de Silène, une Bataille navale et une Bataille de Tunis (2). Vasari n’avait spécifié que quatre sujets; Giovanni ne parle que des quatre gravures qu’il venait de terminer : deux se rapportent aux indications de Vasari : le Triomphe de Bacchus ou les Bacchantes , et la Bataille navale. Or, les ovales de la cassette de Naples sont au nombre de six; ils représentent : d’un côté, la Chasse de Mcléagre et le Triomphe de Bacchus ou les Bacchantes y de 1 autre, le Combat d' Hercule et des Amazones et celui des Centaures contre les Lapithes. Sur l’une des faces latérales, les Jeux du Cirque; sur l’autre, un Combat naval. On y retrouve donc les quatre sujets mentionnés par Vasari, et trois de ceux indiqués dans la lettre de Giovanni. Le Combat des Centaures contre les Lapithes a remplacé la Bataille de Tunis (3), que le cardinal, avec raison, n’aura pas jugée à sa place dans une série de sujets empruntés à la mythologie grecque. Les cristaux sont signés : « Joannes de Bernardi », et les deux faces principales de la cassette portent l’écusson des Farnèse. Il n'y a donc pas de doute que c’est bien la pièce dont parlent Vasari et Giovanni Bernardi (4).
Nous avons vu que Perino del Vaga et d’autres maîtres, selon Vasari, furent chargés par le cardinal de fournir des modèles très-finis au graveur des intailles. Les lettres de Giovanni, publiées par M. Ronchini, confirment la collaboration de Perino.
Quant au travail d’orfèvrerie, Vasari l’attribue à un artiste nommé Marino. Voici d ailleurs ses expressions : « Volendo poi fare il medesimo cardinal Farnese una cassetta d'argento ricchissima, fattone fare l'opera a Marino (5), orefice fiorentino, che altrove se ne ragionerà, diede a fare a Giovanni tutti i vani dei cristalli, etc. » Vasari annonçant qu’il compte parler ailleurs de cet orfèvre, et le nom de Marino ne se retrouvant nulle autre part dans ses écrits, nous avons supposé d’abord que ce pouvait être une faute d’impression, et qu’il aurait sans doute voulu désigner Manno, l’élève de Cellini, dont il parle en effet en plusieurs endroits. Mais voici que Mariette,
(1) Voir Maestro Giovanni da Castel Bolognese , Meraoria del Cav. Amadio Ronchini. Modena, 1867.
(2) Il s'agit ici de la victoire remportée en 1535 par Charles-Quint sur Barberousse.
(3) Vasari mentionne en effet la Prise de la Colette, et un autre épisode de la guerre de Tunis, parmi les sujets gravés par Giovanni pour le cardinal ; mais il ne les applique pas à la cassette.
(4) M. Ronchini est d’avis qu’elle ne doit pas être confondue avec une autre cassette dont il est question dans une lettre de Claudio Tolomei à Apollonio Filareto, et qui fut exécutée pour le duc Pier Luigi Farnèse, père du cardinal. Michel-Ange ayant pour celle-ci donné deux dessins, Perino del Vaga, tant par respect pour le maître que par crainte d’entrer en comparaison avec lui, se refusait à composer les autres. Faisant allusion à l’un des deux sujets de Michel-Ange, il disait qu’il ne voulait pas commettre la faute de Phaéton. Il n'y a d’ailleurs pas lieu de nous occuper ici de cet ouvrage, les deux sujets dont il est fait mention ne se rapportant pas à ceux que porte la cassette de Naples.
(5) La première édition de Vasari (Florence, 1550} ne contient pas ce fragment. Celle de 1368 le renferme textuellement ainsi. L’édition Lemonnier l’a reproduit de même.
et après lui Giulianelli, appellent cet orfèvre Mariano (1), et que ce nom, qui pouvait être considéré comme une nouvelle erreur de transcription, est confirmé par les lettres de Giovanni du 28 juin et du 12 août 1539 : « Ho scripto pik voltc a M' Mariano. »
« Corne M’ Mariano nostro dirà a bocca. »
Il est vrai, d’autre part, que dans deux lettres de Manno, en date du 7 novembre 155b et du 22 décembre 1558, adressées au même cardinal Farnèse, il est question d’une cassette d’argent que cet artiste désire achever. Dans la seconde de ces deux lettres, il s’exprime ainsi : « Bien des fois j’ai supplié V. 111"" et Rév"' S", lui demandant qu’il Lui plût de me faire finir cette cassette d’argent ; car, ainsi qu’EUe le sait, voilà déjà dix ans que je la tiens à ce point, et cela non sans dommage, préjudice et danger pour moi par le temps qui court, et de nouveau je La prie et supplie
de daigner m’enlever cette inquiétude (2). »
Par les termes de cette lettre, du 22 décembre 1558, et les circonstances de temps, la cassette à laquelle travailla Manno, et qu’il avait amenée à ce point d’avancement (in quel termine) dix ans plus tôt, c’est-à-dire vers 1548, doit être la même dont Giovanni, en l’année 1544, annonçait au même cardinal le prochain achèvement quant aux cristaux. En effet, pour qu’une œuvre d’orfèvrerie de cette importance fût en grande partie exécutée en 1548, ü fallait qu’en 1544 Manno y fût déjà occupé. Dans Te Marino de Vasari et le Mariano des lettres de Giovanni, ne devrions-nous donc pas reconnaître l’orfévre Manno? M. Gaëtano Milanesi paraît s’être rangé à cette opinion, puisque, dans sa nouvelle édition de Vasari, il a substitué au nom de Marino, que portait l’ancien texte, celui de Manno (3). Si nous nous en rapportons à l'avis du savant éditeur, la cassette de Naples touche alors de bien près à notre sujet, non pas seulement pour avoir été attribuée par erreur à Benvenuto, mais comme étant 1 œuvre d un artiste qui fut son élève à Rome et longtemps son assidu collaborateur (4).
Que Michel-Ange ait été consulté pour la composition d’ensemble, on peut le supposer avec toute vraisemblance. Le caractère des figures, leur fière attitude, tout dans cette œuvre excellente porte l’empreinte de son génie. La cassette a la forme d’un temple, aux angles duquel se tiennent quatre figures assises : Minerve, Mars, Vénus et Bacchus. M. Dubois, pour l’une de ses belles statues du tombeau de Lamoricière, s’est presque rencontré avec l’orfévre du seizième siècle, dont on remarquera la statuette de Mars. Des sphinx supportent le socle des figurines. Des groupes en relief sont couchés sur les cadres des ovales, entre lesquels, aux deux faces principales, une cariatide porte l’écusson fleurdelisé des Farnèse, surmonté d’une croix. Sur le
(1) Zabi, dans son Dictionnaire, relève un « Marino, detto anche Mariano, oref. fior. BB., vivente 1520,
m<(2)0«Ipiù volte ho supricato V. 111™ et Rev™ S'“ e pregato che Quella si contentasse di farmi finire quella :assetta d’argento (perché, corne Quella sa, sono già dieci anni che io la tengo m quel termine non sen?a mio danno et interesse e pericolo per i tempi corsi) , e di nuoyo la prego e supneo che Quella s.a contenta di levarmi questo timoré. » Manno orefice Fiorcntino, Memoria del Cav. Amadio Ronchini. i 73-
(4) Vasari Taconte^ qu’au temps du siège de Florence il travailla pendant quatre mois l’orfèvrerie à Pise, avec Manno ; il parle de son compagnon comme d’un artiste de beaucoup de valeur dans son art et comme d’un homme excellent. Manno était chargé de famille. (Voir édition G. Milanesi, t. \ II, pages io et 42.)
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couvercle, deux bas-reliefs représentent, l’un, Hercule étranglant des serpents; l’autre, 1 Apothéose d Hercule sur le mont Œta. Enfin, au sommet de l’édicule, sur un riche piédestal, le demi-dieu est assis; d’une main il tient la massue; de l’autre, les pommes du jardin des Hespérides (1). Il y a tant de force dans cette petite statue, que, toutes proportions gardées, il semble qu’ait passé sur elle un souffle de l’auteur de Motte.
Dans l’intérieur du coffret, et par allusion au nom du cardinal, un bas-relief d’une savante composition montre Alexandre entouré de ses capitaines, au moment où il oïdonne de placer les œuvres d Homère dans un écrin que lui présente un esclave. Le dessous du couvercle lui-même est enrichi d’un bas-relief représentant Hercule enlevant Iole, fille du roi d’Œchalie.