‹ Benvenuto CelliniChapitre 34 sur 75 · LES MONNAIES ET LES MÉDAILLES · texte numérisé non relu

LES MONNAIES ET LES MÉDAILLES

^ous avons étudié dans la seconde partie de notre travail les oeuvres l authentiques de Benvenuto comme graveur de monnaies et de médailles. 5 H nous reste à examiner ici les pièces de cette série qui lui sont attribuées, quelques-unes à tort, croyons-nous, mais quelques autres avec une certaine vraisemblance.

Disons d’abord un mot des attributions qui nous paraissent devoir être écartées tout de suite. On a prétendu, par exemple, que Benvenuto avait gravé les poinçons des monnaies obsidionales de Rome, écu, demi-écu et quart d’écu. L’abbé Ciabatti, après M. Friedlaender, combat cette opinion. « Il est au contraire certain, dit-il, que le Pape Clément, ayant été, par une des clauses de la capitulation, contraint de payer quatre cent mille ducats aux troupes ennemies, fit appeler les artisans de la monnaie pontificale pour battre monnaie au château Saint- Ange, d’où Cellini était déjà sorti; car à peine le siège levé, ainsi que lui -même le raconte, il s’était empressé de partir. »

Nous avons parlé plus haut de la sortie de l’artiste du fort Saint- Ange, et il ne nous paraît pas aussi certain qu’à M. Friedlaender et à l’abbé Ciabatti, que son départ de Rome ait été immédiat (i). Pourtant nous conclurons comme eux au rejet de l’attribution, mais cela par une autre considération qui nous semble plus concluante. Il est positif, en effet, qu’en 1527 Benvenuto n’avait pas gravé de coins, puisqu’en 1529, lorsque le Pape lui propose la charge de la Monnaie et lui demande s’il a jamais fait quelque travail de ce genre, Cellini assure avoir répondu en ces termes :

« Je dis que je me sentais le courage d’entreprendre un tel ouvrage, et que j’avais vu comment on s’y prenait. Que cependant je n’en avais jamais exécuté moi-même. »

Cette assertion de l’artiste est une preuve péremptoire contre l’attribution.

Par un autre récit de Cellini, nous savons qu’il avait été question de le charger de graver les monnaies de François Ier :

« Un jour, dit-il, je me rendis à Fontainebleau pour conférer avec le Roi, qui m’avait écrit qu’il voulait que je fisse tous les coins des monnaies de son royaume. Il avait joint à sa lettre quelques petits dessins pour m’expliquer à peu près ses intentions; pourtant il me laissait libre de faire ce qui me plairait. J’en avais donc préparé de nouveaux suivant mon goût et selon les belles règles de l’art... J’allai chez le Roi, et je discutai fort longtemps avec Sa Majesté de l’affaire des monnaies. Nous ne tombâmes pas trop bien d’accord; car son Conseil, qui était présent.

(1) Voir chapitre II, p. 18.

RENVENUTO CE LL INI.

voulait lui persuader qu'il fallait que les monnaies fussent faites à la manière de France, comme cela avait eu lieu jusqu’alors. A cela je répondis que Sa Majesté m’avait appelé d’Italie pour lui exécuter de beaux ouvrages; que si elle m’ordonnait le contraire, je ne m’en sentais pas le courage. On remit la conférence à un autre jour, et je revins aussitôt à Paris. »

D’après ce texte, il demeure douteux que le Roi ait donné suite à son projet. Déjà l’influence hostile de madame d’Étampes commençait à se manifester. C’était l’époque de cette mémorable discussion entre Cellini et le Primatice, à propos de la grande fontaine de Fontainebleau, commandée au premier, puis accordée à son rival. Cellini eut- il gain de cause contre le Conseil du Roi dans l’affaire des monnaies? Il n’a été produit aucun document de nature à l'établir.

Orsini, dans son Histoire des monnaies des grands-ducs de Toscane (i), attribue à Benvenuto la lira, monnaie de vingt sols, frappée sous Cosme I", à l'époque où le sculpteur travaillait au Persèe. Cette assertion na sans doute rien en soi d invraisemblable, mais nous n’avons découvert aucune preuve à l’appui, et le récit de l’artiste semble même la contredire ;

« Plusieurs fois je dis au duc : « Monseigneur, si Votre Excellence Illustrissime me payait « quelques ouvriers, je vous graverais les coins de votre Monnaie, et je vous ferais des médailles « à votre effigie. Je tenterais de lutter avec les anciens et j'espérerais les surpasser, car depuis « que j’ai exécuté les médailles du Pape Clément, j’ai tant appris, que je réussirais beaucoup « mieux, et je ferais aussi des monnaies supérieures à celles que je fis pour le duc Alexandre,

« qui pourtant sont encore tenues pour belles... » A ces paroles le duc répondit : « Fais, et je « verrai. » Mais jamais il ne me donna ni commodité ni aide en aucune manière. »

Il n’v a donc pas lieu, semble-t-il, de s'arrêter aux monnaies de Cosme. Nous serions moins éloigné d’admettre l’attribution de quelques médailles de divers personnages avec qui l’on sait que l'artiste fut en rapport. Quant à celles de Benedetto Varchi, il a été reconnu quelles ne peuvent pas lui être données.

Médaille d’ Alexandre de Médicis. — (Pl. lxi, fig. i.)

Au droit, le buste d’Alexandre tourné à droite, et l’inscription : « ALEXANDER . MED . FLORENTIÆ . DVX .P. » — Au revers, ces mots, dans une couronne : « SOLATIA . LVC- TVS . EXIGVA. INGENTIS. »

On a cru reconnaître dans cette médaille celle dont Benvenuto modela le droit à Florence en 1536 (2), et dont aucun document n établit quil grava le revers. D après le récit des Mémoires, lorsqu’il quitta Florence en promettant d’achever son travail à Rome, il eut à lutter contre l'insistance d’Alexandre, qui voulait le garder à son service. Le favori du prince, le traître Lorenzino de Médicis, était seul présent, et regardait d’un œil étrange ;

„ Ayant serré la médaille dans une petite boîte, raconte Cellini, je dis au duc : - Monseigneur, » ne soyez pas mécontent, car je vous ferai une médaille beaucoup plus belle que celle du Pape

(1) Storia delle rnonetc dci Granducln di Toscana.

(2) Voir plus haut, p. 201.

RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS

« Clément; celle-ci étant la première que j'ai faite, la raison veut que je réussisse mieux main- « tenant. Et messer Lorenzo, en personne docte et d’un esprit ingénieux, m’indiquera quelque « revers fort beau. » Ce à quoi ledit Lorenzo repartit incontinent : « Je ne pensais pas à autre « chose qu’à te donner un revers qui fut digne de Son Excellence. » Le duc sourit, et dit en le regardant : « Lorenzo, vous lui donnerez le revers, et il le fera ici, et il ne partira pas. » Lorenzo répondit aussitôt : « Je le ferai le plus vite que je pourrai, et j’espère que ce sera chose pour « émerveiller le monde. » Le duc, qui le tenait pour un peu fou et pour aussi paresseux, se retourna dans son lit en riant de ses paroles. Je me retirai sans prendre autrement mon congé, et je les laissai seuls ensemble. Le duc, qui ne croyait pas que je partirais, ne me dit rien de plus; quand il sut que je m’étais mis en route, il envoya derrière moi un de ses serviteurs, qui me rejoignit à Sienne et me remit cinquante ducats d’or de la part de Son Excellence, en me disant de me tenir en joie pour l’amour d’Elle, et de revenir le plus promptement que je le pourrais : « Et de la part de messer Lorenzo, ajouta-t-il, j’ai à te dire qu’il s’occupe à te pré- « parer un revers surprenant pour la médaille que tu dois faire. »

De Rome, Cellini, qui avait achevé de graver la face, fit encore demander le sujet du revers. Lorenzo répondit qu’il ne pensait qu’à cela jour et nuit; et en effet, intendant des débauches de son maître, ce traître le conduisit la nuit dans sa chambre à coucher pour y rencontrer une daine, sa parente, dont Alexandre s’était épris, et il le poignarda de sa propre main. Les exilés de Florence vinrent alors dire au graveur : « Voilà sans doute le revers que t’avait promis Lorenzino (1). »

On sait donc par les Mémoires que le coin de la face avait été gravé à Rome. La famille de Cellini ayant toujours été attachée au parti des Médicis, il n’y a rien d’improbable à ce que Benvenuto ait songé à utiliser le portrait d’Alexandre, en donnant un bien facile complément à son œuvre par la composition de ce revers, qui porte une simple couronne avec l’inscription : « Solatia lvctvs exigva ingentis », c’est-à-dire,

« Faible, consolation d’un deuil si grand! » Ce serait probablement alors en l’année I537 que cet ouvrage aurait été ainsi terminé pour Cosme, qui s'appliquait à honorer la mémoire dun prince de sa maison. La pièce se trouve au Cabinet de Florence. Nous lavons gravée d’après un exemplaire en bronze doré du British Muséum.

Giulianelli, dans ses Memorie degli intagliatori moderni , est plutôt disposé à attribuer cette médaille à Francesco dal Prato : « Lavoro creduto del Cellini, 0 piuttosto di Francesco dal Prato »; mais il ne donne pas de raisons à l’appui de cette opinion, et la question que soulève la médaille Solatia liictus ne nous semble pas définitivement jugée contre Cellini. Non-seulement l’artiste, ainsi que nous venons de l’exposer, a pu, tout aussitôt après le meurtre d’Alexandre, compléter la médaille dont il avait gravé la face, en inscrivant cette légende au revers, mais il y a lieu de se demander si ce n’est pas lui qui, au commencement du règne de Cosme, aurait aussi gravé un portrait du second duc de Florence, jeune et imberbe, figure que l'on trouve accolée au même portrait d’Alexandre dans un exemplaire de la collection de M. G. Dreyfus (2). Le buste de Cosme est accompagné de la légende : « cosmvs . med . florentiæ . dvx . 11. »

(1) Ce crime fut inutile au point de vue politique, si l’on veut y voir l’intention de rendre Florence à la liberté républicaine, puisque Cosme, fils de Jean des Bandes noires, fut proclamé duc, tandis que Lorenzino, éperdu, s’enfuyait à Venise, où il devait être plus tard tué à son tour par deux soldats, dont l’un avait été au service d’Alexandre.

(2) Voir Armand, Médailleur s italiens } 2e édit., p. 150.

Si l'on admet que la médaille So/atia Indus puisse être avec quelque raison attribuée à Cellini, l’analogie de caractère entre le portrait d’Alexandre qui figure sur cette pièce, et les portraits de ce personnage que l’on voit sur les médailles du maître au signe de Mars (1), nous conduit à parler aussi des trois pièces suivantes :

1" Médaille d'Alexandre de Médias. Au droit, le buste d’Alexandre drapé à l’antique. Légende : « ALEX . MED . FLORENTIAE . DVX . PRIMVS. » — Au revers, la Paix, assise sur une cuirasse, met avec une torche le feu à un faisceau d’armes et tient une corne d’abondance. Légende : « FVNDATOR . QVIETIS . MDXXXIIII. » (Diamètre, 38 millimètres.)

2" Autre médaille d'Alexandre. Dans celle-ci , le prince porte une cuirasse. — Même revers, mêmes légendes et même module que pour la pièce précédente.

3. Autre médaille d’Alexandre. Droit : le buste drapé à l’antique, et la légende : « ALEXAN¬ DER . MED . DVX . FLORENTIAE .1. » — Revers : variante en sens inverse de celui des deux pièces précédentes. Même légende. (Diamètre, q3 millimètres.)

Au Cabinet de Florence, ces trois médailles sont attribuées à Benvenuto.

Médaille du cardinal Bembo. — (Pi. LXl,fig. 2.)

Sur la face, la tête du cardinal portant une longue barbe; buste tourné adroite, avec l’inscription : « PETRI . BEMBI . CAR. - Au revers, le cheval Pégase.

Cette pièce est-elle la médaille dont Benvenuto parle dans ses Mémoires (2)? Évidemment non. En effet, la barbe ici a toute sa longueur, tandis que sur le modèle de stuc exécuté à Padoue, elle était courte et taillée à la vénitienne. Ensuite le Pégase du revers n’est pas entouré de la couronne de myrte. Enfin, 1 inscription porte le titre de cardinal, et l’on sait que Bembo ne fut élevé à cette dignité ecclésiastique quen l’année 1538, c'est-à-dire un an après le passage de l’artiste à Padoue, qui eut lieu en 1537, lorsqu'il partit de Rome pour tenter une première fois fortune à la cour de France.

Cependant M. Friedlaender, tout en notant ces divergences, n’hésite pas à donner à Cellini cette belle pièce, dont on connaît quelques exemplaires. M. Joseph Arneth ne croit pas devoir se ranger à cette opinion : il serait plutôt porté à l’attribuer à Valerio Belli. L’abbé Guido Ciabatti reproduit les mêmes observations et les mêmes doutes que M. Arneth. Enfin, M. Armand catalogue parmi les ouvrages de Cellini la médaille discutée.

Par des correspondances contemporaines, on sait que trois artistes au moins ont gravé des médailles de Bembo. Ce sont Valerio Belli, Leone Leoni, Benvenuto Cellini. La réputation de tels maîtres et la notoriété du modèle rendent intéressante la recherche d'un problème où leurs noms sont attachés (3).

(1) Ainsi figuré : cf .

(2) Voir plus haut, page 201.

(3) M. Armand a eu la bonne grâce de nous communiquer une note manuscrite où il avait résumé ses recherches sur cette question , note qui nous a été d’une grande utilité pour compléter et coordonnei les renseignements que nous avions recueillis de notre côté.

RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS

Le premier en date est Valerio Belli, dit Valerio Vicentino, graveur en pierres fines et médailleur, qui travailla dans la seconde moitié du quinzième et la première moitié du seizième siècle. Les documents relatifs à ses rapports avec Bembo et à sa médaille sont les suivants :

i° Une lettre de Bembo à Valerio, datée de Padoue, 11 janvier 1525 (1). Dès cette époque, Bembo employait Valerio à la recherche des médailles antiques, dont il faisait collection.

20 Une lettre de Bembo à Valerio, datée de Venise, 28 février 1532 (2). Cellini avait demandé si la figure du revers de sa médaille devait être drapée ou nue. Bembo répondit qu’il s’en rapportait à l’artiste ; que cependant il serait préférable que la figure 11e fût pas complètement nue. Il attend avec impatience l’empreinte en plomb.

3° Lettre de Bembo à Valerio, de Venise, 12 mars 1532. Bembo a reçu l’empreinte en plâtre du revers ; il est satisfait de la figure qu’elle représente ; pourtant il critique le rameau quelle tient à la main. Il demande une empreinte de la face, parle de la légende qui doit y être gravée, et dit qu’il fera tenir l’argent nécessaire pour l’exécution de quatre ou de six médailles (3).

Par les deux dernières lettres, on sait donc que dès 1532 Valerio achevait de graver les coins de sa médaille de Bembo, qui fut frappée et non coulée. Cette pièce, qui n’est pas parvenue jusqu’à nous, avait par conséquent, au droit, la tête de Bembo, qui ne portait pas encore de barbe, et au revers, une figure nue ou presque nue tenant un rameau (4).

La médaille de Leone Leoni est mentionnée dans une lettre adressée de Venise à cet artiste par l’Arétin, à la date du 25 mai 1537.

Leone Leoni avait appris de quelles faveurs Benvenuto venait d’être l’objet. Son humeur ombrageuse, facilement excitée, l’avait sans doute porté à se plaindre à l’Arétin, son protecteur, qu’une simple ébauche d’un rival détesté eût pu être libéralement payée, tandis qu’il n’en était pas encore ainsi de la médaille dont lui-même achevait les coins. Quelle dut être la vivacité de la plainte de cet artiste jaloux, on le devine, au ton de cette réponse de l’Arétin :

« Pierre l’Arétin à M. Leone Leoni, sculpteur.

« Vous, mon fils, vous ne seriez ni d’Arezzo, ni valeureux, si vous n’aviez pas l’esprit bizarre. Il faut voir la fin des choses et ensuite les louer ou les blâmer, selon qu’elles le méritent. S’il est vrai que Monseigneur ait rémunéré si largement, on peut le dire, l’ébauche de son portrait, vous devez vous en réjouir, parce que, comme il est la bonté même, et personne d’excellent jugement, il payera pareillement votre coin. Sa Seigneurie a voulu constater par la libéralité que vous dites, et l’opinion qu’elle a de Benvenuto, et les deux années que celui-ci a différé à

(1) Lettere pittoriche , édit. Ticozzi. — (2) Même source. — (3) Même source.

(4) Francesco Tassi, dans une note à son édition de la Vita (t. I, p. 417), dit : « Valerio de’ Belli, dit le Vicentino, avait déjà fait à Bembo, en 1 532 > une médaille qui se trouve dans le Museo Mazzuchelliano (t. I, tav. lvii, p. 257) , qui a le portrait sans barbe, et au revers un homme assis auprès d’une fontaine, c’est-à-dire un fleuve, comme l’explique Varchi. » Valerio Vicentino aurait-il fait un second revers à sa médaille pour remplacer celui dont la palme n’avait pas plu?

venir le trouver de Rome à Padoue, et l’amour qu’elle lui porte. Il me semble que vous devriez lui montrer l’acier où vous avez gravé la tête, et aussi une empreinte, et attendre ce qu’il en dira. Ici se trouvent Titien et le Sansovino avec une pléiade d’hommes savants à en être émerveillé; et ceux-ci donneront leur avis sur vos travaux. Je ne pourrai jamais croire que le Bembo manque à son honneur, et qu’il n’ait pas trop de lumière pour que son affection invétérée pour d’autres puisse, ainsi qu’il arrive à tant de gens, lui obscurcir la vue et l’empêcher de discerner très-parfaitement. D’ailleurs, votre œuvre n'a pas à s’en reposer sur sa seule conscience, encore qu’il s’y connaisse beaucoup. Montrez-la-lui donc et montrez-la à quiconque voudra la voir, et gardez la colère pour quand il en sera besoin. C’est tout ce que j’avais à vous dire maintenant quant au conseil que vous m’avez demandé.

« De Venise, le 25 de mai i53y (i). »

Le tour heureux de cette lettre nous a engagé à la traduire tout entière. Bien quelle ne contienne pas d’indications directes sur la composition de la médaille, elle fournit pourtant d’utiles renseignements. Elle prouve, en effet, que tandis que Cellini commençait son modèle à Padoue en 1537, Leone Leoni terminait déjà ses coins; que le modèle de Leone Leoni, qui pouvait avoir été exécuté un an auparavant, était en tout cas antérieur à l’époque à laquelle Bembo commençait à laisser pousser sa barbe, époque déterminée par une lettre adressée, en septembre 1536, par Cellini à Varchi, et que nous allons produire ci-après. Le rapprochement des dates nous permet donc de conclure avec certitude que la médaille de Leoni, d’ailleurs inconnue aujourd'hui, devait représenter Bembo sans barbe ; et la lettre de l’Arétin nous prouve quelle était frappée et non fondue.

Présentons maintenant les documents relatifs à la médaille de Cellini :

1" Lettre de Bembo à Varchi, datée de Padoue, 15 juillet 1535- Bembo a reçu les plombs de sept monnaies de Cellini. Il charge Varchi de remercier l’artiste de l’empressement avec lequel il s’est déclaré prêt à le servir (2).

2‘ Lettre de Bembo à Benvenuto Cellini, de Padoue, 17 juillet 1535 (3). Bembo remercie directement Cellini, et ne veut pas que 1 artiste, qui était alors à Rome, se dérange pour venir exprès à Padoue faire le modèle de sa médaille :

J’ai répondu à messer Benedetto Varchi que je ne voulais pas que vous prissiez une telle peine que de venir jusqu’ici à cause de ma médaille, parce que je ne me reconnaissais pas de tant d’importance. Maintenant que messer Lorenzo Lenzi m’a donné votre lettre par laquelle vous me promettez de venir avec toute la courtoisie du monde, je vous réponds que je m’en tiens pour votre obligé tout autant que si vous fussiez venu et m’eussiez livré l’œuvre selon tout mon désir. Et jamais je ne cesserai de le déclarer hautement! Néanmoins, je vous prie de ne pas entreprendre dans ce but un si long et si fatigant voyage. Il peut survenir qu il me soit donné un jour d’aller à Florence, où vous pourriez plus commodément vous porter, et avec moins de dommage pour les œuvres que vous avez sans cesse en main. Sur ce point, il ne me reste plus rien à vous dire, si ce n’est que je suis plus vôtre que vous ne le supposez peut-être, voyant que vous êtes plus mien non-seulement que je ne l’ai mérité, mais encore que je n ai pu le mériter, quoiqu’il me semble qu’avec l’àme tout affectionnée à vos si grands mérites, j aie pénétré dans leur intimité plus avant que ne le comporte un temps aussi court que celui de notie connaissance. »

(1) Lcttcre pittoriche.

(2) Même source. — (3) Même source.

RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS

3" Lettre de Bembo à Varchi, de Padoue, 28 novembre 1535 (1). Bembo est heureux d'apprendre que Cellini est guéri de la grave maladie dont il avait été atteint à Rome, et à l’occasion de laquelle le bruit de sa mort s’était répandu à Florence :

" . ^es nouvelles de la guérison de messer Benvenuto et de son arrivée à Florence me sont

toutes deux très-chères et très-douces. Je rends grâces à Notre-Seigneur Dieu qui n’a pas permis que nous perdions un homme si rare. Réjouissez-vous avec lui en mon nom en le saluant et en 1 embrassant. Quant a votre projet de venir tous deux ici à ce carnaval, j’en suis très-content, et je vous attendrai avec plaisir; car bien que je ne sache pas mériter autant de votre part, je ne veux pourtant pas retarder le cours de votre courtoisie à mon égard. »

4" Lettre de Varchi à Bembo, de Florence, 3 juillet 1536 (2). Varchi transmet une lettre de Cellini. L’artiste propose de composer d’avance le revers de la médaille de Bembo; il demande avis sur le sujet de ce revers et sur la légende. Varchi sait que Bembo désire le même sujet que celui de l'autre médaille (3), mais il n'aimerait pas avoir à donner cette réponse. Varchi connaissait bien l’humeur indépendante de Cellini. Lui dire de s inspirer du travail dun autre artiste, c'était une commission dont il devait être, en effet, peu soucieux de se charger.

« Je serais très-heureux , dit-il , que Votre Seigneurie m’avisât le plus tôt possible de ses intentions au sujet de la composition que Benvenuto me demande pour le revers, et au sujet de la légende, car, pour tout au monde, je ne voudrais pas mettre la main à une telle chose. Je ne croirais jamais trouver quoi que ce soit qui ne fût de beaucoup trop au-dessous des mérites de \ otre Seigneurie et de mes intentions; non-seulement un fleuve, comme dans l’autre médaille, mais l’Océan tout entier me paraîtrait peu. Que Votre Seigneurie daigne me faire savoir son avis, et j’écrirai tout de suite à maître Benvenuto, au nom de Votre Seigneurie, ou au mien, comme il lui plaira. Je ne voudrais pourtant pas qu’EUe me répondît vouloir s'en tenir à celui de 1 autre médaille, parce qu’alors je me verrais dans l'embarras pour satisfaire maître Benvenuto. »

51 * * 4 Lettre d Ugolino Martelli à Bembo, de Florence, 9 septembre 1536 (4). Bembo a récemment adressé une médaille à Varchi; celui-ci a chargé Ugolino de l’envoyer à Cellini, qui est encore à Rome. Depuis, Ugolino a vu une lettre adressée par Cellini à un ami commun, dans laquelle l’artiste déclare n’avoir d’autre désir que de contenter Bembo ; cependant il demande un autre revers à son idée.

6 Lettre de Benvenuto Cellini à Benedetto Varchi, de Rome, 9 septembre 1536 (5). Tout en marquant son intention de composer une œuvre personnelle, Cellini désire toujours se mettre au service de Bembo, et il l’exprime en ces termes :

“ Pai i otre très-gracieuse lettre , je vois qu’il vous serait plus commode, et pour cette raison plus agréable, que nous nous rencontrions à Venise. Or, je vous assure que tout ce qui vous est agréable 11e 1 est pas moins à moi-même; et à l’époque que nous fixerons, j’irai à Venise et en tous lieux qu'il vous plaira. Mais je regrette bien que notre cher Luca (6) ne puisse s’y rendre.

(1) letterc pittoriche. — (2) Même source.

(!) Celui delà médaille de Valerio Belli mentionné plus haut, et montrant un personnage couché auprès

une source. v

(4) Lettere pittoriche. — (5) Même source.

(6) Probablement Luca Martini.

d'après ce qu'il m’écrit. 11 reste à cause de son procès. De grâce, voyez si, sans s’incommoder, il peut venir à la fin de cette année, car cela m’arrangerait tout à fait aussi d’attendre jusque-là, parce qu’ alors Albertaccio del Bene, mon très-cher ami , doit aller étudier à Padoue. Ainsi, à la fin de cette année, nous monterions à cheval et nous passerions ensemble par Lorette, et si nous ne le rencontrons pas, nous laisserons un message pour qu’il le trouve à son retour.

« Vous me dites, mon cher messer Benedetto, que notre messer Pietro Bembo se laisse pousser la barbe. Voilà certes qui me plaît infiniment, car nous ferons ainsi une œuvre de beaucoup plus belle tournure. Or, pour vous dire la chose comme elle est, puisqu’il a cette fantaisie de se laisser croître la barbe, je vous fais remarquer que dans deux mois elle ne sera pas assez longue pour être bien. Elle n’aura guère que deux doigts et sera imparfaite, de sorte qu en reproduisant ainsi la tête en médaille, quand la barbe aura atteint la longueur naturelle, ma médaille ne sera plus ressemblante. Et s’il vient à la couper, ma médaille, faite lorsqu'il avait la barbe courte, ressemblera encore moins. Pour moi, il me paraît donc que si nous voulons faire quelque chose de bien, nous devons laisser venir la barbe à sa complète croissance; ce qui ne sera qu’au Carême. Mais alors ce que nous ferons sera plus digne d’éloges. Ce que je dis ici, n allez pas croire que ce soit pour gagner du temps. Je vous jure qu à quelque heure que ce soit que tous m’en aviserez par le plus petit mot, tout aussitôt je monterai à cheval avec autant de plaisir que chose que j’aie jamais faite, et je vous en donne ma parole. S’il vous semble que cela est bien arrangé ainsi et qu’il est à propos d’en écrire à Sa Seigneurie, et s’il vous paraissait que je dusse moi-même, et aussi mal que je puisse le faire, lui écrire un mot de mon opinion, avisez-m en, et je le ferai. Surtout n'aycz pas de doute que je viendrai, et que je suis tout à vos ordres.

„ Mon bon vieux Piloto (i) doit être mort à cette heure, d’après ce que m’écrit mon Luca. Certes, cela m’a fait une grande peine. Il faut s’y résigner. Je n’ajouterai rien; je suis tout à vous. Portez-vous bien , et que Dieu vous garde.

« Votre Ben’vexcto Celi.ini, orfèvre. »

Ainsi, dès le mois de septembre 1536, Cellini, songeant à graver cette médaille, est déjà préoccupé du désir que son modèle porte la barbe longue, comme on le voit représenté sur la médaille contestée ; et il est bon de noter combien il insiste à ce sujet.

Lorsqu’il se rendit à Padoue, où son ami Albertaccio del Bene l’avait précédé, messer Pietro Bembo avait bien donné suite à cette fantaisie de se laisser croître la barbe, mais cette barbe était encore courte, et taillée à la vénitienne.

Voici, en effet, quelques passages du texte des Mémoires relatif à cet incident :

<1 Étant parti de Rome, je me rendis à Florence, de Florence à Bologne, de Bologne à Venise, et de Venise à Padoue, où mon cher ami Albertaccio del Bene vint m’enlever de l’auberge. Le jour suivant, j’allai baiser les mains à messer Pietro Bembo, qui n’était pas encore cardinal. Il me fit des caresses sans fin, autant qu’on en peut faire à un homme au monde. Puis, se retournant vers Albertaccio, il lui dit : « Je veux que Benvenuto reste ici avec tout son monde, a quand il aurait avec lui cent personnes. Il faut donc vous résoudre à rester avec moi, si vous « voulez aussi jouir de Benvenuto; car autrement je ne veux pas vous le rendre. » Ainsi je demeurai très-agréablement chez cet éminent seigneur. Il m’avait fait préparer une chambre qui eut été trop honorable pour un cardinal, et il voulait toujours que je fusse, à table, placé à côte de lui. Ensuite, il me fit entendre par des propos pleins de réserve qu’il avait désir que je lui fisse son portrait. Pour moi, qui ne désirais rien tant au monde, je préparai des stucs tresblancs dans une petite boîte, et je me mis tout aussitôt à l'œuvre. Le premier jour, je travaillai deux heures de suite, et j'ébauchai cette belle tète avec tant de grâce que Sa Seigneurie en lut émerveillée . Enfin, je me résolus à la terminer le mieux que je pouvais, et en prenant tout

(1) Cet orfèvre, ami de Michel-Ange, qui l’employa quand il travaillait à la coupole de San Lorenzo (Vasaki), mourut à Florence, tué par un jeune homme qu’il avait irrité par ses railleries.

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le temps qu’exigeait une telle œuvre. Comme il portait la barbe courte, à la vénitienne, j’eus beaucoup de mal à faire une tête qui me contentât. Je l’achevai cependant, et je crus avoir exécuté la plus belle œuvre que j'eusse jamais faite, et autant que mon art le permettait. A ce sujet, je le vis s’étonner fort, parce qu’il pensait que je pouvais l’exécuter en deux heures en cire et en dix heures en acier. Et quand il vit que je n’avais pu en deux cents heures la terminer en cire, et que je lui demandais mon congé pour me rendre en France, il s’en chagrina beaucoup, et me demanda de lui faire au moins un revers pour cette médaille; ce fut un cheval Pégase au milieu d’une couronne de myrte. Je le fis en trois heures, et lui donnai très-bonne grâce. Il en fut satisfait et me dit : « Ce cheval me paraît un travail dix fois plus difficile que cette petite tête qui vous « a donné tant de peine. Je ne me rends pas compte de cette difficulté. » Il me priait et insistait pour que je gravasse l'acier : « De grâce, disait-il, faites-le-moi. Vous aurez vite achevé si vous « le voulez. » Je lui donnai l'assurance que là je ne le pouvais pas, mais que, où je me fixerais pour travailler, je le lui ferais, et que je n’y manquerais pas. Tandis que nous en étions à échanger ces propos, j'allai marchander trois chevaux pour me rendre en France. Mais il se faisait rendre compte de mes démarches, et comme il avait grand crédit à Padoue, quand je voulus payer les chevaux, que j’avais achetés cinquante ducats, le propriétaire me répondit : « Galant « homme, je vous fais présent de ces trois chevaux. » Je répondis : « Ce n’est pas toi qui me les <> offres; et de celui qui me les donne je ne puis les accepter, parce que je n’ai pu lui offrir aucun « produit de mon travail. » Le brave homme me dit que si je ne prenais pas ces chevaux, je n’en trouverais pas d’autres dans Padoue, et que je serais dans la nécessité de m’en aller à pied. J’allai donc trouver le magnifique messer Pietro, qui feignit tout ignorer, et me fit mille caresses en m’engageant encore à rester. Et moi, qui ne le voulais pas et étais résolu à partir de toute manière, je fus bien obligé d’accepter les trois chevaux, et c’est avec eux que je me mis en route. »

De ce fragment des Mémoires, rapproché de la lettre à Varchi, on peut conclure que Cellini avait des raisons de désirer tenir sa promesse envers Bembo, tant par reconnaissance des bienveillants procédés de ce personnage, que pour le plaisir que trouve un artiste à reproduire un beau modèle.

Mais abordons maintenant la solution du problème. Tous les documents ci-dessus groupés démontrent que la pièce dont nous recherchons l’auteur ne peut pas être la médaille de Leone Leoni, ni celle de Valerio Belli, par la raison que toutes deux ont dû représenter Bembo sans barbe. M. Joseph Arneth, lorsqu’il était porté à la donner à Valerio, n’avait sans doute pas eu occasion de rapprocher cette série de lettres. La circonstance de la barbe et la révélation du revers du Vicentino, une figure nue ou presque nue, eussent détourné le savant numismate de cette hypothèse. D’autre part, la pièce en litige est une médaille fondue, tandis que les médailles de Valerio et de Leoni étaient frappées, puisque ces artistes en avaient gravé les coins. Enfin, l’inscription « pétri, bembi. car. » n’est admissible ni pour l’œuvre de Belli (1532) ni pour celle de Leoni (1536), Bembo n’ayant été créé cardinal qu’en 1538, lorsque, le 18 décembre, Paul III donna en même temps la pourpre à un certain nombre de prélats.

Ajoutons que les mêmes objections sont à faire s’il s’agit d’identifier cette médaille avec celle-là même dont Benvenuto fit le modèle en 1537. Mais tout ce que l’artiste a écrit à ce sujet montre avec quelle insistance (nous l’avons déjà fait remarquer) sa pensée s’était fixée sur cette condition de la barbe longue du modèle comme devant être la plus favorable à la beauté de l’œuvre. Or, la médaille à classer montre précisément Bembo dans les données artistiques que souhaitait Cellini. N’en peut-on conclure que lorsque ce personnage, créé cardinal, eut repris « cette fantaisie de se laisser croître la

barbe », le graveur, persuadé que son ouvrage serait « plus louable » ainsi, ait alors songé à donner satisfaction à celui dont il avait été l’obligé et envers lequel il avait engagé sa parole? Rien n’empêche d’admettre que Benvenuto, après sa sortie de prison (i), ait eu occasion de rencontrer Bembo le peu de temps qui lui était nécessaire pour prendre sur nature un nouveau modèle selon son gré, et que, pour tenir plus facilement sa promesse, il se soit décidé à employer le procédé plus expéditif de la fonte, comme il l’avait fait pour l’effigie de François Ier (2). Bembo, ami et correspondant de Varchi, dut être au nombre de ceux qui intercédèrent en faveur du prisonnier (3). Si l’on accepte cette hypothèse, la pièce en litige aurait été jetée en 1539, ainsi que l’âge de la figure paraît l’indiquer : Bembo, né en 1470, avait alors soixante-neuf ans. Quant au revers, l’artiste se serait borné à supprimer la couronne de myrte, ce qui donne au Pégase plus d’espace dans le champ. M. Friedlaender a fait remarquer l’analogie de ce Pégase avec le cheval que l’on voit au revers de la médaille du Roi de France.

Sans insister davantage, ni prétendre trancher définitivement la question, nous croyons toutes ces raisons suffisamment concluantes pour adopter, au moins provisoirement, la classification de M. Friedlaender et de M. Armand. Des gravures de cette pièce ont été données par M. Friedlaender et par l’abbé Ciabatti. Nous la reproduisons d’après un exemplaire de la Collection de M. Armand.

Médaille d' H ippolyte d'Este , cardinal de Ferrare.

Au droit, le buste du cardinal tourné à droite, et l'inscription : « HIPPOLYTVS . II . CARD . ESTENSIS. » — Au revers, une figure de Y Abondance, debout entre deux enfants, et la légende : « PIETATI . PONTIFICIE. »

Il est assez naturel d’attribuer cet ouvrage à Benvenuto, qui devait au cardinal sa sortie du fort Saint-Ange. L’artiste, nous l’avons vu, demeura longtemps au service du prélat; il exécuta pour lui, entre autres travaux, le sceau dont nous avons parléf"et fit une médaille pour le duc Hercule, son frère. L’objection qu’il n’a pas mentionné celle-ci dans ses écrits tombe devant cette certitude qu’il est bien l’auteur de la médaille de François I,r, dont il ne parle nulle part. D’ailleurs, dans son Traité de l’ Orfèvrerie , nous l’avons déjà fait remarquer, il ne relève que des médailles gravées et frappées, tandis que celle du cardinal de Ferrare, comme celle de François I r, devait être jetée en bronze. Son diamètre est de quarante-neuf millimètres. Un document produit par M. le marquis Campori, et que nous avons eu déjà occasion de citer plusieurs fois, établit qu’il modela un buste de ce même personnage au temps de son séjour à Ferrare (4), et cette circonstance donne une nouvelle vraisemblance à l’attribution de la médaille.

(1) Incarcéré depuis le mois d’octobre 1538, Benvenuto était au fort Saint- Ange lorsque Bembo fut créé cardinal , le 1 8 décembre de la même année.

(2) Voir la remarque que nous avons faite plus haut à propos de cette médaille.

(3) Se reporter à la lettre de Luigi Alamanni à Varchi, page 48.

(4) Voir plus haut, page 207.

RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS

Autre Médaille du cardinal de Ferrare.

Celle-ci porte au droit le même buste et la même inscription que la précédente. Au revers, qui na pas de légende, se trouvent, près de la circonférence, trois rosaces et un globe surmonté dune croix, ce dernier placé au bas. Au milieu, une boule. Le British Muséum possède une médaille hybride ayant ce revers, et au droit la tête du cardinal, par Bonzagna (i), signée : FED.(erigo) PARM.(ense).

Les deux médailles du cardinal attribuées à Benvenuto ont été indiquées par Litta comme se trouvant à Milan; malgré de persévérantes recherches, nous n’avons pu les trouver, ni dans cette ville ni ailleurs, et nous devons nous borner à les reproduire d’après la planche de Litta.

Médaille du cardinal Jean de Lorraine. — (Pi. lxi, fig. 3.)

Au droit, le buste tourné à droite, et l'inscription : « 10 . CAR . LOTHORINGIAE. »

Au revers, la Vérité tenant d’une main un miroir, de l’autre un compas, et s’avançant vers la droite. Autour de cette figure, la légende : « SIC . ITVR . AD . ASTRA. »

Le cardinal Jean de Lorraine, fils de René II, duc de Lorraine et Roi titulaire de Naples et de Jérusalem, vivait à la cour de France, où il fut un des protecteurs de Cellini. Cest à lui que 1 artiste, rebuté par madame d’Étampes, alla offrir le petit vase d’argent doré qu’il avait ciselé pour la favorite.

La médaille est fondue ; elle a cinquante et un millimètres de diamètre. M. Fried-

(i) Voir l’œuvre de cet artiste dans le livre de M. Armand : Les Mëdailleurs italiens.

laender en a donné une gravure et la considère comme pouvant être attribuée à Cellini. M. Armand la classe de même. L'analogie entre la figure du revers et celle de la Paix dans la première médaille de Clément VII est à noter. Cependant, la tête du droit ne nous paraît pas répondre au caractère artistique des œuvres de Benvenuto, beaucoup plus vives et ressenties dans leur allure et leur expression.

Nous reproduisons cette médaille d’après un exemplaire appartenant à M. Armand.

Médaille de Bindo Altoviti. — (Pi. lxi, fig. 4.)

A la face, le buste tourné à droite, et l’inscription : « BIND . ALTOV. >. — Au revers, une figure de femme drapée, debout et tenant une colonne.

Le Florentin Bindo Altoviti, né en 1491, mort en 1557, eut de nombreux rapports avec Benvenuto, qui jeta son buste en bronze (1). Il est question de lui dans la Vita, ainsi que dans un grand nombre de lettres et de notes laissées par l'artiste. Ces circonstances sembleraient donc désigner Cellini de préférence à tout autre médailleur contemporain du personnage, et elles ont décidé M. Armand à classer la pièce parmi celles qui peuvent lui être attribuées avec quelque vraisemblance. La même médaille a pourtant été donnée à Michel-Ange, et, pour soutenir cette hypothèse, le chanoine Domenico Moreni a publié une brochure intitulée : « Illustrazione storico-cntica di una rarissima medaglia rappresentante Bindo Altoviti, opéra di Michel-Angiolo Buonarroti (2). » Si l’on adoptait l’opinion de Moreni, l’heureux banquier Altoviti aurait eu toutes les bonnes fortunes artistiques : il aurait possédé à la fois son buste par Benvenuto, son portrait par Raphaël (3), et sa médaille par Michel-Ange.

D’autres numismates donneraient plutôt cette médaille à Leone Leom. Nous la reproduisons d’après un exemplaire de la Collection de M. Armand.

Les deux médailles de Bcnedetto Varchi ne sont pas l œuvre de Cellini.

On connaît deux médailles de Varchi. Sur le revers de l’une se trouve un phénix; sur l’autre, un homme couché au pied d'un arbre, avec la légende : « cosi . quaggiu . si . gode. » — « C’est ainsi qu’on est heureux ici-bas. »

Est-ce dans un sentiment philosophique marqué d’une pointe d’ironie, ou par un mouvement de lassitude, que Varchi, l’un des écrivains les plus féconds de son époque, a commandé une telle légende pour sa médaille?

Benedetto Varchi était né à Florence en 1502. Attaché à la famille des Strozzi, il combattit les Médicis, et, après l’avénement de Cosme, il vécut en exil, tantôt à Venise, tantôt à Bologne ou à Padoue. Mais Cosme, qui avait compris que, pour sa gloire, il devait s’entourer des littérateurs et des artistes, honneur de la Toscane, le rappela plus tard à Florence, et se montra d’humeur assez libérale pour l'encourager

(1) Voir aux ouvrages de sculpture, pages 221 à 223.

(2) In-8°. Margheri. Firenze, 1824.

(3) Voir Raphaël, etc., par M. Muntz.

RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS

à écrire en toute indépendance l’histoire des derniers temps de la république florentine et de l’origine de la puissance des Médicis.

On doit à Varchi de nombreux travaux littéraires, des poésies, des œuvres d’histoire et de philosophie. Il contribua beaucoup à la fondation de l’Académie florentine, qu’il présida pendant une année. La générosité de son caractère, son humeur égale dans la bonne comme dans la mauvaise fortune, ses procédés serviables, lui avaient concilié beaucoup de sympathies, et pourtant il faillit un jour être victime d’un assassinat dont la cause est demeurée un mystère. Une réelle affection l’unissait à Cellini. On se souvient du sonnet qu’il écrivit lorsque le bruit courut à Florence que l’artiste était mort à Rome. Il fut son correspondant assidu, son intermédiaire dans mainte circonstance ; et quand Benvenuto lui communiqua ses Mémoires, Varchi, en homme de goût, appréciant leur saveur prime -sautière sous l’incorrection du style, se garda bien de les mettre d’accord avec la grammaire.

Bien que Varchi fût en rapport avec la plupart des artistes florentins de son temps, ces circonstances désignaient assez naturellement Benvenuto comme l’auteur de ses médailles. Cette attribution néanmoins était donnée légèrement, car en regardant avec attention leur droit, qui est le même pour les deux pièces, on remarque sur la tranche de l’épaule les lettres D. P., monogramme de Domenico Poggini (i), artiste florentin, orfèvre, sculpteur et médailleur, qui travailla dans la seconde moitié du seizième siècle à la cour de Cosme I"r, et dont Cellini parle à plusieurs reprises.

(i) M. Armand, dans sa seconde édition des Médailleurs italiens, a classé définitivement les deux médailles de Varchi dans l’œuvre de Domenico Poggini.

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