LES DESSINS
i^S-ENVENUTO, qui avait dessiné avec ardeur à Florence d après les cartons "de Michel-Ange et les fresques de Masaccio; qui, à Rome, avait copié avec tant de zèle Raphaël à la Farnésine, Buonarroti à la Sixtine et les
.... | I antiques partout, montra toujours la plus vive répugnance, même dès ses
débuts à exécuter des travaux d’orfèvrerie d’après les compositions d'un autre artiste. Il était tout jeune encore lorsqu’un prélat lui fit faire une salière sur le modèle d’un sarcophage antique, et lorsque l'évêque de Salamanque lui commanda une aiguière dont le Fattore lui fournissait le dessin. Au cours de son travail, il ne put s’empêcher d’ajouter à ces deux pièces nombre d’ornements au gré de sa propre fantaisie. Un jour, on lui apporta un croquis de Michel-Ange comme première idée d’un bijou; et, malgré son culte pour le maître, il y substitua une autre composition de son choix. Le Buonarroti et Jules Romain se rendaient compte sans doute de cette humeur indépendante, lorsque, consultés, l'un par Federico Gironi, l’autre par le marquis de Mantoue, ils répondaient tous deux : « Cellini est un artiste qui n’a pas besoin des dessins des autres. »
Soit pour soumettre un premier projet de ses compositions avant de les mettre en œuvre, soit pour donner des modèles précis aux nombreux ouvriers qui travaillaient sous ses ordres, Benvenuto dut exécuter beaucoup de dessins. Lorsque, au mois de septembre 1540, il attendait à Ferrare l'ordre de se rendre à la cour de France, il en céda trois cents d'un coup au cardinal de Ravenne pour la somme de cent écus. Quatre ans après, quand il abandonna le petit Nesle, il y laissa, dit-il, toute la fleur de ses études (1), trésor intime de l’artiste, accumulé pendant vingt années passées a Rome. Plus tard,’ on le voit à Florence fournir des dessins aux orfèvres de Cosme; il en compose encore pour le cardinal de Ravenne, pour le banquier de Lyon Piero Salviati, et
vraisemblablement pour beaucoup d’autres personnes.
Que sont devenues tant de productions de cette imagination féconde? Nous n avons pu' nulle part en découvrir un filon certain. Dans le très-riche Cabinet de 1 archiduc Albert à Vienne, on avait jadis placé sous le nom de Benvenuto un crayon représentant un Jeune Satyre, et un dessin à la plume où se trouve une figure fantastique a tete de bouc. Les deux pièces sont aujourd’hui considérées comme allemandes. Mariette pos-
dl « E maaeiormente vi lasciai tutto il flore dei miei studi di venti anni fatti in Roma. » Trattato delV Orcficent édition G. Milanesi, p. 87. Tandis qu'il abandonnait ses
portait de Paris à Florence quatre fragments des cartons de Miche -Ange qu Antorno M.n. avait, que q temps auparavant, transportés en France. (Vasaki, édition G. Milanesi, t. VII, p. -03.)
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
sédait un dessin du calice de Clément VII et un autre dessin d’un bâton cardinalice, ce dernier exécuté pour le cardinal Campeggi (i).
Benvenuto parle d’un dessin qu’il fit en concurrence avec Tobia pour la monture d’une corne de licorne. L’inventaire dressé après le décès de l’artiste mentionnait, nous l’avons vu, un Dante , à la plume, sur panneau, et un Jugement dernier d’après Michel- Ange, petite copie sur papier. Tout cela n’existe probablement plus, et, sauf le croquis du blason des Cellini (2), on ne connaît aucun dessin de Benvenuto dont l’authenticité puisse s'appuyer sur un document certain.
Dans la galerie des Uffizi, au Cabinet de Munich, au Louvre (dans la Collection His de La Salle), à l’Exposition de l’Ecole des Beaux-Arts à Paris en 1879, à l’Exposition de la Société Donatello à Florence en 1880, à celle des Arts décoratifs aux Champs-Elysées, on a cependant donné quelques dessins à Cellini. L’attribution est vraisemblable pour quelques-uns, elle ne l’est pas pour d’autres. Nous allons en parler ci-après. Sauf un croquis du Persée, aucun ne se rapporte aux ouvrages connus de l’artiste, à ceux qu’il a décrits (3), ni à ceux dont il est question dans les documents.
Dessin du Buste d’un Farnèse. — (Pi. lxxvi.)
Collection de M. le marquis de Chennevières.
Le personnage est vu de face; il est revêtu d’une cuirasse, sur laquelle est jeté un manteau (4). Les fleurs de lys des Farnèse, posées trois, deux et un, sont dessinées sur le pied du buste. La niche monumentale dans laquelle il est placé porte aussi une fleur de lys à chacun des chapiteaux, et les consoles se terminent par une patte de lion, le lion étant un des emblèmes des Farnèse. Le dessin original mesure o"‘,4i sur o'n,27.
Le masque dessiné au milieu de la cuirasse, celui qui forme l’agrafe du manteau, l’élégante figure de femme et les autres ornements qu’on remarque sur la lanière qui pend de l'épaule droite, tous les détails rappellent à la fois et le buste de Cosme et la base du Persée. Le caractère artistique répond à l’attribution, et ce qui pourrait lui ajouter encore quelque créance, c’est l’inscription placée à droite, en bas du dessin. L’analogie de l’écriture avec celle du maître est au moins à noter (5). On lit : « Lo voto del nichio dove a stare la testa sia lungo palmi cinque, alto palmi nove », c’est-à-dire,
(1) Voir Tassi, t. Ier, p. 252, note 2, et Bottari, vol. IX, p. 109. A la dernière Exposition des arts déco¬
ratifs, un dessin d’une masse de chevau-léger était attribué à Benvenuto; il nous a paru d’une époque postérieure. — (2) Voir page 2.
(3) Francesco Tassi, écrivant en 1829, a parlé d’un dessin à la plume représentant le Zodiaque, et qu’il supposait pouvoir être une étude de Benvenuto pour la médaille de Y Atlas. Ce dessin faisait partie du Cabinet du prince de Ligne et avait été relevé par Bartsch, à la page 41 du Catalogue raisonné de cette collection.
(4) U1 * 3 4 * * * * * * 11 buste d’Adrien qu’on voit au Musée de Naples, où il est sans doute arrivé autrefois comme bien
des Farnèse, semble avoir inspiré l’artiste, auteur du dessin que nous produisons ici.
(?) Que l'on compare cette écriture avec le fac-similé des deux premières pages autographes du manuscrit
original de la Vit a (planche VII). L'/et VA majuscules sont identiques; on remarquera la longueur carac¬
téristique de la première branche de VA ; la jonction des lettres st ; 1’/' final formé comme un j. Tous les
détails se rapportent, sauf la lettre r dont le crochet est à droite dans le texte du manuscrit des Mémoires,
tandis qu’il est à gauche dans le mot stare de l’inscription que porte le dessin ; mais cette dernière forme de
la lettre r n’est pas une objection contre l’identification acceptable, à notre sens, des deux écritures, car elle
« Le vide de la niche où doit se tenir la tête, doit être long de cinq palmes, haut de neuf palmes. »
Au temps où Cellini venait d’exécuter le buste de Cosme et le Perscc, qui firent grand bruit dans le monde des arts et décidèrent de sa réputation comme sculpteur, il est naturel qu’il ait été consulté plus d'une fois, soit par des prélats, soit par les princes des petites cours voisines.
Fier Luigi Farnèse avait été poignardé en 1547. Octave Farnèse, succédant à son père comme duc de Parme et de Plaisance, montra bientôt, à l'inverse de celui-ci, toutes les qualités qui font chérir un prince de ses sujets. Benvenuto avait cruellement souffert des persécutions de Paul III et de Pier Luigi Farnèse; mais Octave Farnèse, et surtout Marguerite d’Autriche, sa femme (1), avaient intercédé en sa faveur à l’époque de son évasion du fort Saint-Ange. Il n’est donc pas impossible que pour complaire à l'un ou à l'autre de ces deux personnages, il ait composé le projet d un monument en l’honneur de quelque prince de leur maison, comme il avait, quelques années plus tôt, fourni des modèles et des dessins au cardinal de Ravenne.
Nous devons ajouter néanmoins que les circonstances historiques pourraient désigner quelque autre sculpteur que Benvenuto comme auteur du dessin reproduit sur notre planche. Guglielmo délia Porta fut chargé de composer, sous l’inspiration de Michel- Ange, le tombeau de Paul III; il travailla longtemps pour les Farnèse, et il exécuta notamment pour eux un certain nombre de bustes (2). Giovanni Boscoli da Montepulciano fut pensionné aussi par le duc de Parme (3). Enfin le célèbre architecte Jacopo Barrozzi da Vignola fit toute une série de travaux analogues pour le cardinal Alexandre Farnèse, frère d'Octave, lorsqu’il construisit le palais de Caprarola (4).
Apollon. — (PL LXXVII.)
Galerie Royale de Munich.
Ce dessin a déjà été reproduit dans l’ouvrage intitulé : Suite d'œuvres lithographiques , ou Recueil de sujets tires du Cabinet de dessins de la Galerie Royale de Munich, par Strixner
se retrouve simultanément avec la première dans plusieurs manuscrits de Benvenuto. Nous en donnerons un exemple en reproduisant ci-dessous trois lignes d'un manuscrit de la Biblwtcca Riccuvdiana :
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(1) Voir page 23, note.
(2) Vasari, édition G. Milanesi, t. VII, p. 548, notes. — (3) Vasari, t. \ II, p. 423.
(4) Paul III n’était encore que cardinal Farnèse lorsqu’il obtint de Léon X que la terre de Caprarola fût donnée à Pier Luigi et à Ranuce. Alexandre Farnèse (fils de Pier Luigi et frère d Octave), créé cardinal pai Paul III, fit jeter des ponts, travailler les terres et construire le palais, chef-d’œuvre de l’architecte Jacopo Barrozzi da Vignola. Ce somptueux édifice, commencé en 1547, achevé en 1559, est situé à quelque distance de Rome et non loin de Viterbe. Une description en a été donnée à Rome' par M. Giovanni Jannoni, avec soixante planches de M. Enrico Maccari.
3yi
et Pilotti (i). Le dieu tient son arc de la main gauche. A ses pieds est étendu un lion.
Bien que la composition ne se rapporte pas à celle du groupe de marbre décrit par Benvenuto, et dans lequel Apollon était représenté ayant Hyacinthe à ses pieds, il nous semble que l'attribution peut raisonnablement se défendre par le caractère artistique du dessin, dont l’auteur appartient à l’école de Michel-Ange. Le mouvement du manteau dans lequel s’engouffre le vent rappelle le jet des draperies dans le bas-relief du Pcrsée.
Page de Croquis. — (Pi. LXXVIII.)
Collection His de La Salle, au Louvre.
L artiste a jeté sur la même feuille une série de croquis, un masque, des sujets fantastiques et diverses figures, dont quelques-unes sont probablement des études faites en vue de pièces d’orfèvrerie et de bijoux. M. His de La Salle a cru reconnaître dans le mascaron, dans la figure d’homme appuyé sur un cadavre au-dessus duquel se dresse un oiseau monstrueux, le goût d’ornementation de Benvenuto; il a mis le dessin sous le nom du maître, et 1 attribution du célèbre collectionneur a été généralement acceptée, bien que quelques autres amateurs d’expérience croient, avec plus de raison, il nous semble, retrouver dans ce dessin la main de Penno del Vaga. Nous donnons un facsimilé de la pièce, en supprimant néanmoins, comme l’a fait autrefois la Gazette des Beaux-Arts (2), un croquis où le dieu Pan se montre dans une attitude licencieuse (3).
Médaillon de l'Ordre de Saint-Michel.
Collection de M. le marquis de Valori.
Ce dessin, exposé au Musée des Arts décoratifs en 18S0, y fut catalogué en ces termes :
« N° 566. Cellini (attribué à Benvenuto), iSoo-iSyi. Projet pour un médaillon de l’Ordre de Saint-Michel, 1 Archange terrassant le dragon. A la plume, lavé d’encre de Chine, rehaussé de blanc sur papier bleu. — H. o“‘,i2o. L. om,o8o. »
D un faite très-arrêté, cette pièce, dans laquelle l’artiste à enchâssé des pierres précieuses, est bien évidemment un modèle de joaillier; mais, faute de posséder aucun document authentique analogue et propre à servir de point de comparaison, il est impossible de se prononcer.
Dessin d une Salière. — (pi. lxxix.)
Galerie des Uffizi , à Florence.
Cette salière a 1 aspect d'une sorte d’édicule hexagonal, à chacun des angles duquel le buste dune sirène ailée forme une anse. Sur les côtés, des vasques surmontées d’un
(i) Munich, 1818, gr. in-fol. — (2) Année 1864, t. XVII.
p) Si Benvenuto est en effet l’auteur de ce croquis, ce serait la seule composition de ce genre qu'011 aurait à lui reprocher. Du moins, on n’en connaît point d’autres; tandis que, dans cet ordre d’idées ses compatriotes furent assez féconds. On sait que Jules Romain exécuta toute une série de dessins pour illustrer les sonnets de l’Arétin, et que Marc Antoine faillit être sévèrement puni pour les avoir gravés.
mascaron sont destinées à contenir le sel et les épices. Un socle orné de dauphins, posé au milieu de la plate-forme du petit monument, supporte deux figures de femmes qui tiennent d'autres vasques. Enfin, la base est ornée de masques fantastiques, de dauphins et de serpents.
Ce dessin, attribué à Cellini, est exposé sous une vitrine dans la longue galerie qui relie le palais des Uffizi au palais Pitti.
Nous avons remarqué à Londres, au South Kensington Muséum, un autre dessin de salière, catalogué avec raison comme pièce italienne du seizième siècle (1), et qui présente tine analogie très-grande avec celui-ci. Dans la composition du South Kensington Muséum, la salière est de forme triangulaire. Des sirènes sont placées comme cariatides aux angles de l’édicule ; des tètes de dauphins et des masques font support à la base. Sur la plate-forme, une femme nue, debout, lève au-dessus de sa tête une grande coquille, et deux autres figures de femmes, assises, présentent chacune une vasque à la première. Sur le socle, on voit des tritons et des néréides s’ébattre au milieu des flots. Ce dessin, comme plusieurs autres de la même série, nous paraît être de la même main que celui des Uffizi, et si l’on donne ce dernier à Benvenuto, il faut aussi lui donner les autres. L'attribution n'aurait d’ailleurs rien d’invraisemblable, les masques et les autres ornements étant assez bien dans le goût du maître.
Modèles de casques.
Galerie des Uffizi , à Florence.
Cette jolie pièce, qui contient dix modèles, a figuré à l’Exposition de l’art antique, à Florence, en 1880.
Le Libellas artificiosus (2) de Heinrich Vogtherren, dont plusieurs éditions ont paru à Strasbourg et à Anvers un peu avant le milieu du seizième siècle, contient quelques dessins de casques germaniques qui paraissent plus anciens que ceux de la pièce reproduite ci-contre. Cependant, on en remarque deux ou trois qui inclinent déjà vers les mêmes formes. Dans le dessin attribué à Benvenuto, les casques paraissent italiens probablement de la fin du seizième siècle. On en retrouve les similaires dans le recueil de planches intitulé : Recherches de plusieurs beaux morceaux d'ornements antiques et modernes comme trophées .frises , masques, , feuillages et autres, dessignés et graves far A, Pierrot (3). Ce maître français travaillait dans la première moitié du dix-septieme
siècle.
Dessin d une Tasse. — (Pi. lxxx.)
Galerie des Uffizi. Collection Santarelli , à Florence.
Ce dessin, terminé avec précision, est évidemment un modèle d’orfévre. Il a figure à YEsposizione di arte antica de la Société Donatello, en 1SS0, où le Catalogue 1 attn-
(1) Il porte le n° 5397.
(2) Bibliothèque nationale (Estampes), volume marqué Hd 148.
(3) Bibliothèque nationale (Estampes) , volume marqué H b 34.
MODÈLES DE CASQUES. / (Dessin de la Galerie des Uffizi , à Florence.)
RECHERCHES SUR LES ATTRIBUTIONS
buait à Cellini. Des masques et des grotesques décorent richement toute la pièce. On remarquera que le dragon est le motif dominant de l'ornementation, et qu'il est placé au sommet du couvercle. Sans doute c’est un motif de décoration très-usité en dehors de toute intention se rattachant aux armoiries. Néanmoins, il présente ici un caractère héraldique assez précis pour qu’on puisse reconnaître le « dragon naissant » des Buoncompagni tel qu'on le voit dans Litta. Le dragon naissant, nous le retrouvons sur le blason d’un prélat de la maison des Médicis, placé au fronton de la porte d’un palais dans un dessin des collections du Louvre, catalogué sous le n" 1592, et attribué à Bernardino Poccetti. Les sept pâlies des Médicis ont pour chef ce dragon, et l’écu est surmonté d'un chapeau de prélat, évêque ou cardinal. Or, un prélat de la maison de Médicis ne peut avoir placé à son chef les armes des Buoncompagni que comme armoiries de patronage, c’est-à-dire comme étant celles du Pape auquel il devait son évêché ou la pourpre (1).
D'autre part, Charles ou Hugues Buoncompagni, Pape sous le nom de Grégoire XIII, ne fut élu qu’en l’année 1572, et c’est lui qui fonda sa maison. Or, en l’année 1574, il donna l’archevêché de Florence à « Alessandro di Ottaviano de' Medici (2) », et le 12 décembre 1583, il accorda le chapeau de cardinal à ce prélat, qui fut depuis le Pape Léon XI. Le dessin du Louvre a donc été fait pour le cardinal Alexandre de Médicis (3), et celui des Ujfizi peut avoir été exécuté soit pour Grégoire XIII, soit pour l'archevêque de Florence, en vue d’un présent à offrir à ce Pape, soit encore pour Philippe Buoncompagni, neveu de Grégoire XIII, créé cardinal en 1572. Benvenuto, mort quatre ans avant qu’Alexandre de Médicis fût créé archevêque, deux ans avant que Hugues Buoncompagni fût élu par le Sacré Collège, serait donc forcément étranger au dessin qui porte le dragon naissant des Buoncompagni.
Vase en forme de nef. — (PI. LXXXI.)
Galerie des ifftsi. Collection Santarelli.
Cette pièce a figuré, en 1880, à l’Exposition de la Société Donatello, à Florence.
La nef, décorée de rinceaux, de têtes de chérubins et de guirlandes de fruits et de feuillage, est supportée par des dauphins qui en forment le pied. Grâce à l’obligeance de M. Georges Duplessis, nous avons pu retrouver l’auteur de ce dessin. En effet, au département des estampes de la Bibliothèque nationale, dans un volume des anonymes et des gravures à monogrammes (marqué E a 14 rés.), M. Duplessis nous a signalé une suite de pièces qu’on sait aujourd’hui appartenir à un dessinateur-orfèvre, nommé Hans Hirtz, de Wurzbourg, qui travaillait à Nuremberg dans la seconde moitié du seizième siècle. Or, sur une gravure où ce maître a représenté un pot à bière, on remarque un
(1) L’usage pour les cardinaux de placer au chef de leur blason les armes du Pape auquel ils devaient la pourpre s’est prolongé jusqu’au commencement de notre siècle.
(2) Alfred de Reumont, Tavole cronologiche.
(3) Des recherches faites pour nous dans les archives de la Curie épiscopale de Florence ont amené la découverte de quelques empreintes d’un sceau de ce prélat, où l’on voit en effet le dragon naissant au chef de ses armes de famille.
chérubin bouffi, vu de face, qui semblerait avoir été calqué sur celui qu’on voit au milieu de la composition attribuée par erreur à Cellini. Puis, sur une seconde planche de Hans Hirtz, un cartouche, on reconnaît la même tête d'enfant vue de profil et telle quelle est répétée quatre fois dans les ornements de la nef. Il n’v a pas à s’v tromper : le nez retroussé, la lèvre mousue, le front bombé, la chevelure épaisse, d’où se détache en avant une grosse touffe frisée, font de cette figure un type bien caractérisé. C’est sans doute un de ses enfants que l’artiste avait l’habitude de reproduire ainsi. La manière de dessiner les ailes des chérubins est identique, et les autres motifs d’ornements sont aussi de la même main. On peut donc, sans hésitation aucune, donner cette pièce à l’orfévre allemand.
Hercule et Antée.
Bibliothèque de l'École des Beaux-Arts, à Paris.
Ce dessin à la sanguine provient d’une collection de M. J. Gigoux. Il mesure quarante centimètres de hauteur sur vingt-sept. Peut-être a-t-on cru reconnaître dans les tiaits d’Hercule et d’ Antée ceux de Benvenuto et de Baccio Bandinelli, et cette circonstance a-t-elle motivé l’attribution, qui ne nous semble pas avoir été généralement acceptée.
Comme la plupart des sculpteurs ses contemporains, le maître avait traité le sujet d 'Hercule et Alitée, ainsi que le témoigne le n" 328 de 1 inventaire dressé après son décès : « Modello d'Ercolc che scoppia Antco. »
Croquis du Persée. — (Pi. LXXXll.)
Appartient à M. Alessandro Castellani, à Rome.
Ce dessin a été exposé à l’École des Beaux-Arts, à Paris, en 1879, et il y était catalogué sous le n' 23 (1). On l'a produit comme une première pensée du Pcrsce de bronze de la Loggia dei Lanzi. C’est en effet la même idée, quoique avec plus de mouvement. La tête et le corps de Méduse ayant à peine été indiqués, 1 artiste a tracé sur la même feuille un second croquis de la tête et du corps, à droite et à gauche de son esquisse. Nous devons ajouter que ce dessin, en tant que premier jet du groupe de Benvenuto, ne paraît pas avoir convaincu les amateurs (2).
(1) Voir Catalogue descriptif des dessins de maitres anciens exposés à l'École des Beaux-Arts, maijuin 1879. Paris, Chamerot.
(2) Voir , dans la Gazette des Beaux-Arts, l’étude publiée à cette époque sur 1 Exposition des dessins de maîtres anciens, par le marquis DE Chenneviéres , travail réimprimé en un volume.
APPENDICES
Inventaire de tous les objets qui furent trouvés che £ Benvenuto et dans sa boutique, le 2j octobre 1538.
M. Bertolotti a découvert cet inventaire et l’a publié pour la première fois dans l'Archivio storico di Roma en 1875. La Galette dus Beaux-Arts l'a reproduit et traduit en 1876. Depuis, M. Bertolotti, après avoir revu et corrigé sa copie, a réimprimé le document dans son ouvrage intitulé Artisti Lombardi a Roma nei secoli XV, XVI e XVII (Milan, 1881). Néanmoins, l’intérêt de cette pièce nous a décidé à lui réserver encore une place dans nos Appendices. Elle fait connaître l’installation de Benvenuto à l’époque la plus brillante de son séjour à Rome, et il était naturel quelle précédât un second inventaire, celui-là dressé trente-deux ans plus tard, après le décès de l’artiste, et que nous allons produire pour la première fois in extenso.
Inuentanum rcrum et bonorum domini Benuenuti Johajus Cellini Jlorentini aurificis factum per me nçtanum, etc., de munduto T). Gubcvnatoris pvesentibus Luca Ccimpscrio et D. Pctro Tcignctii et Anthonio de Gauignano ac Anthonio Bapt. Bicci florentino factore dicti Benuenuti et primo.
IN APOTHECA.
Una capsetta con una medaglia de uno Marte de oro- Una testa de Re de Francia de piombo. — Tre smalti d’argento. — Una figurina de piombo. — Uno anello senza preda d’oro. — Uno specchio d’a-
ciaro. — Certi scatulini con medaglie dentro de cera et piombo et certe altre frascharie. — Certe scripture.
— Dui libri de conti.
Una capsetta con varij ferramenti da lauorare ad uso de aurefice. — Due prede da ollio. — Un altra capsetta con simili ferramenti. — Due altre capsette quale sono con certi ferramenti como dicemo appartenere ali guerzoni de boutecha.
Un paro di mantici da aurefice. — Due pare di molle a la fucina. — Martelli tra piccoli et grandi 20.
— Enchudine grande da diuerse sorte 6. — Una quantité di altri ferri da aurefice. — Un paro de bilance grande. — Uno cassone con moite tatare dentro.
— Un sacho de grano e due sachi de farina. — Due banche. — Uno soffieto. — Uno tornitore de panni listati. — -Un armarieto intarsiato chiauato con moite figure sopra. — Una sedia con bancheti da sedere in numéro sei et diuerse altre tatere de uarie sorte.
IN SALLA.
Una tauola. — Una capsa da fare panne. — Un bancho et certe altre tatere.