MEDAILLES ET MONNAIES DE CLÉMENT VII
Jean d’Udine s’inspira si heureusement dans les Loges du Vatican. Ce sont là les éléments et les principes essentiels des décorateurs italiens de la Renaissance : nous les retrouverons dans l’œuvre de Cellini, aux flancs des vases, sur la surface des boucliers et des pièces d’armures, courant autour des socles, mêlés à ces coquilles et à ces rocailles qui font déjà prévoir le goût berninesque, enchaînant dans leurs gracieux méandres le tumulte passionné des batailles, des mylhologies et des allégories.
La vie s’écoule ainsi, partagée entre les réjouissances et le labeur, traversée par l’écho des fêtes masquées, des banquets, des farces du Bacchiacca et de Jules Romain, par l’amour de Pantasilea, la belle courtisane, — animée bientôt par des événements d’un caractère plus grave.
L’Italie était en pleine anarchie. Pour défendre Rome contre le coup de main d’un parti, Clément VII avait fait appel aux bandes de Jean de Médicis : elles commirent de telles exactions que le gouvernement pontifical dut les écarter. Le connétable de Bourbon tenait alors la campagne, avec des lansquenets allemands, des Espagnols et des Lombards. Dès qu’il sut Rome dépourvue de défenseurs, il vint mettre le siège devant la ville (1527),
Alors dans l’âme de Cellini un génie nouveau s’éveille. L’ardeur qu’il mettait à réclamer son gain à Francesco Cabrera y Bobadilla, à ferrailler contre des soldats ivres, à châtier Pantasilea, sa fièvre d’agir, son humeur de bataille trouvent leur compte dans la misère des temps et dans la rudesse des circonstances. Elles deviennent une vertu
BENVENUTO CELLINl.
militaire, elle narrateur d’une vie romanesque se fait tout à coup historien. Ge n’est plus le lieu ni le temps des paresseux banquets en l’honneur d’un bel enfant déguisé, où, derrière les femmes, monte un espalier de jasmins en fleur. Avec Alexandro del Bene et Cecchino délia Casa, Cellini se rend à l’escarmouche, bientôt bataille, et des plus rudes. Avant de se retirer, il braque une arquebuse sur un groupe confus et vise un personnage qui dominait les autres : le coup part et tue le connétable de Bourbon. Puis l’on court s’enfermer dans le château Saint-Ange, dernier refuge des papes. Jours terribles, où la faiblesse et l'impéritie de Clément VII soulèvent chez tous les défenseurs du fort un flot de haine passionnée, où, dans les casemates, court et se noue l’intrigue des cardinaux et des gens de guerre. Les comptes de la trésorerie pontificale, étudiés par Bertolotti, confirment la véracité de Cellini dans le récit qu’il a fait du siège : à cette exactitude d’historien et de témoin s’ajoute une vérité d'atmosphère qui ne pouvait être rendue que par un artiste. Au cours de ces heures arides et brûlantes, traversées par la brusque lueur des canonnades, Cellini — merveilleux pointeur d’artillerie — blesse le prince d’Orange qui visitait les tranchées. Ce rare et surprenant bombardier s’attire la haine des cardinaux (il a failli tuer l’un d’entre eux par la chute d’un gabion rempli de pierres) et l’affection de Clément VII, qui le charge de fondre les tiares et les bijoux de son trésor : ainsi disparaît, entre autres richesses, la tiare d’Eugène IV, ciselée par Ghiberti.