LÉDA, CAMÉE EN OR ÉMAILLÉ ATTRIBUÉ A CELLINI
(Musée de Vienne.)
BENVENUTO GELLINI.
prétexte d’émulation. Lautizio excelle dans la gravure des sceaux de cardinaux : Cellini se livre donc à l’étude de cet art et ne se laisse rebuter par aucun obstacle. Les médailles ciselées de Caradosso excitent une admiration universelle : a Aussi étais-je jaloux de lui plus que de tout autre. » A Rome se trouvaient quelques graveurs de coins en acier: il se met à leur école, les prend pour guides et modèles. Enfin il s’applique à la pratique de l’émail, — rude apprentissage, auquel il prend tant de plaisir que les difficultés elles-mêmes, nous dit-il, lui semblent des délassements. Déjà les différentes branches de l’art de l’orfèvre semblent s’être fortement spécialisées à cette époque. 11 n’en néglige aucune. Il veut, comme ses maîtres du quattrocento, être un artiste complet.
Mais ces grands efforts dans le sens de la technique ne l’empêchent pas de s’attacher aux éléments généraux de son éducation d’artiste, à l’étude des maîtres et de la tradition. Tout à l’heure, nous le voyions copier Michel- Ange à la Sixtine et Raphaël chez Agostino Ghigi. Il fait connaissance avec les chercheurs d’antiques : ceux-ci épiaient les paysans lombards qui chaque année venaient à Rome pour travailler les vignes. En remuant la terre, ils ne manquaient pas de trouver des médailles, des agates, des cornalines, des camées, parfois des pierres précieuses. En même temps, il observe les curiosités de la nature, se passionne pour tout ce qu’elle produit d’étrange et de peu commun. Sur le rivage d’Ostie, lorsqu’il est assailli par des pirates descendus d’une fuste moresque, il est en train de ramasser
des cailloux et des coquillages aussi rares que beaux. Ainsi s’accumulent en lui peu à peu, par l’expérience pratique, par l’étude des maîtres, de l’antique et de la nature, tous les éléments de ses grandes œuvres futures. Les damasquinures de certains petits poignards turcs, dont la poignée, la lame et la gaine étaient en acier, ornés de beaux feuillages orientaux gravés au burin et incrustés d’or, — colocase et corona solis, — lui inspirent Ja plus vive curiosité de cet art. 11 renouvelle la technique de la damasquinure par la maîtrise de son burin, surtout en la faisant bénéficier de la grâce et de l’harmonie décoratives d’une llore nouvelle, ou plutôt retrouvée.
La page que Cellini a écrite à ce sujet n’intéresse pas seulement la damasquinure. Elle nous renseigne très explicitement sur les éléments de la décoration tout entière à cette époque. Les Lombards ont choisi le lierre et la couleuvrée, qui s’enroule avec une heureuse élégance. Les Florentins, après les Romains, ont marqué une prédilection pour la branche ursine, ou feuille d’acanthe, si belle avec ses festons découpés, si harmonieusement décorative, et qu’ils entremêlent d’oiseaux et d’animaux. Ils eurent aussi recours aux plantes sauvages, notamment à celle que Cellini dénomme mufle-de-lion. 11 insiste longuement sur les grotesques, sur les beaux et capricieux ornements de l’époque impériale, que nous connaissons surtout par Pompéi, que les artistes du xvie siècle pouvaient apprécier déjà sur mainte paroi conservée, sous l’écroulement des villas et des thermes, et dont