PERSÉE, STATUE EA BRONZE PAR CELLINI
(Florence, Loggia dei Lanzi.)
cule » lui dit des choses lamentables. L’outrage de cette compassion le remet sur pied. Mais le métal est coagulé ; pour le liquéfier, Cellini allume un feu infernal qui ranime l’incendie de son atelier (1).
De ce drame sort tout brûlant encore du feu qui le créa le héros de bronze vainqueur de Méduse, debout au seuil de la loggia dei Lanzi. Regardons une fois de plus sa stature courte, ses membres robustes se profiler sur la pierre admirable du palais de la Seigneurie. Essayons un instant d’oublier ce socle chargé d’ornements,, encombré de statuettes et d’attributs, cette Méduse étrangement repliée sur l’exiguïté de la base. Laissons de côté tout ce qui
(I) « J’eus bientôt remédié à tous ces accidents. De ma plus grosse voix, je criais à mes hommes : « Apportez-moi ceci, ôtez-moi cela ; » — et toute cette brigadé, voyant qùe le gâteau commençait à se liquéfier, m’obéissait de si bon cœur que chaque ouvrier faisait la besogne de trois... Quand je vis que, contre l’attente de tous ces ignorants, j’avais ressuscité un mort, je repris tant de force qu’il me semblait n'avoir plus ni fièvre, ni crainte de la mort. Tout à coup une détonation frappa nos oreilles, et une flamme semblable à une éclair brilla à nos yeux. Une indicible frayeur s’empara de chacun, et de moi. Dès que ce fracas fut passé et cette clarté éteinte, nous nous regardâmes les uns les autres. Bientôt nous nous aperçûmes que le couvercle delà fournaise avait éclaté et que le bronze débordait.... Ayant remarqué que le métal ne courait pas avec la rapidité qui lui est habituelle, je pensai qu’il fallait peut-être attribuer sa lenteur, à ce que la violence du feu auquel je l’avais soumis avait consumé l’alliage. Je fis alors prendre tous mes- plats, mes écuelles et mes assiettes d’étain qui étaient au nombre d’environ deux cents ; j’en mis une partie dans mes canaux et je jetai l’autre dans le fourneau. Mes ouvriers, voyant que le bronze était devenu parfaitement liquide et que le moule s’emplissait, m’aidaient et m’obéissaient avec autant de joie que de courage. Tout en leur demandant tantôt une chose, tantôt une autre, je disais : « Béni sois-tu, ô mon Dieu, qui par ta toute-puissance ressuscitas entre les morts et montas glorieusement au ciel ! » A l’instant mon moule s’emplit. Je tombai à genoux et remerciai le Seigneur de toute mon âme. »