LE PHÉNIX
Jadis, en des climats lointains, .
Viv9.it, sur de fertiles plages.
Une république de sages, Heureux des plus obscurs destins.
Le phénix vint sur Tautre rive.
Vite à- sa cour il les fît appeler.
Son héraut criait : Qu'on me suive I Dépêchez- vous ; l!oiseau peut s'envoler.
Partout Tesclave galonné
Va disant : Mon maître a des ailes
A couver Vingt peuples Mêles; Venez voir Toiseau couronné.
Pas n'est besoin de vous l'apprendre, Àu.bien de tous il aime à s'immoler.
S'il meiirt, il renaît de sa cendre.
Dépêchez- vous ; l'oiseau peut s'envoler.
Nul ne bouge. Il-ajoute encor :
Ne pas le voir serait dommage, ■ Rien d'aussi beau que son plumage, Son bec de perle et ses pieds d'or. .
Vrai soleil, sa riche couronne, Sur vos moissons daignant étinceler, Les mûrirait, Dieu-me pardonne I Dépêchez-vous ; l'oiseau peut s'enN^oler.
Un vieillard enfin lui répond:
Cesse, ami, tes vaines fanfares ; .
Nous préférons, nous, vrais barbares, A ton oiseau poule qui pond.
Pourtant il nous plaît fort entendre Chanter linots, colombes roucouler.
Le chant du phénix est moins tendre ;
C'est chant royal ; l'oiseau peut s'envoler. -
Sache qu'en son bûcher fumant Nos pères l'ont osé surprendre.
Qu'ont-ils découvert dans sa cendre ?
Hélas ! un cœur de diamant.
Tout être unique en son espèce D'aucun amour n*a pouvoir de brûler.
Plaignez les rois, dit.la Sagesse ; Nous les plaignons ; l'oiseau peut s'envoler.
Chansons philosophiqnes.
Les œuvres posthumes contiennent plusieurs chansons philosophiques, et ces chansons sMnspirent des mêmes idées et des mêmes sentiments que les chansons anciennes : c'est ainsi que le ^ poète y vaiîte les charmes des goûts simples et modestes et y exprime cette pensée, plusieurs fois émise dans les chansons anciennes, que le bonheur n'est souvent pas aussi éloigné de nous que nous le pourrions croire, et que la plupart du temps c'est notre faute si nous ne savons pas le découvrir : témoin ce pauvre rimeur qui va mourir dans un hospice et qui accuse le des • tin de ne lui avoir pas accordé, durant toute sa vie, un seul jour heureux. Le Bonheur lui apparaît en rêve et lui répond : Que de fois ne s'est-il pas présenté à lui, tantôt sous la figure de cette Suzette qui l'aimait tant, mais dont la « jupe de laine » lui paraissait médiocre en comparaison des « falbalas i> d'une châtelaine dont il était le favori, tantôt sous la forme de cette bonne vieille tante qui, s'il avait voulu apprendre un métier, lui eût légué
comme à son fils Négoce, labeurs et profits.
CEUVRE3 POSTHUMES 223
tantôt enfin sous les traits de ce vieillard aimable qui, alors que se faisait sentir pour lui l'indigence, lui offrit à la fois et sa fille et son champ. Et le Bonheur ajoute ;
Devant tes pas fuyait la gloire.
Moi, sans bruit, tapi dans un coin, Souvent encor, tu peux m'en croire, Je Tai fait des signes de loin.
Mais à tes erreurs plus de trêve ; El, sans m'accorder un coup d'ceil, Tu coure au galop de ton rêve, t Qui te jette au bord du cercueil (1).
Quelle leçon pour ceux que dévore une folle ambition et qui s'imaginent que le bonheur est inséparable des honneurs et de la gloire !
A ceux qui, intempérants dans leurs désirs, ne sont jamais satisfaits et accusent sans cesse la Providence, il donne également une leçon qui n'est pas moins saisissante que la première. Le poète se met en scène lui-même et se montre à nous au moment où il va quitter la magnifique et délicieuse habitation de la Grenadière pour une demeure plus modeste et plus simple. Il dit adieu à ce fleuve dont il a si souvent foulé les
(1) Voir la chanson intitulée : Avis.
• . \. . jï.'V' 2-
BKRANGER
rives verdoyantes et fleuries, à ces arbustes qu'il a plantés, à ces oiseaux dont les chants ont si souvent charmé sa solitude ; il ne peut se défendre d'un sehtiment de regret, peut-être même de désespoir, quand un de ses plus fidèles amis, un oiseau, le console dans ces vers charmants :
« Ami, pourquoi t'afïliger tant?
Sur/nous l'orage vient-il fondre ?
Un abri partout nous attend.
Quand Thiver, qui tout décolore,
Dépouille jardins et forêts,
Il reste eacor quelques cyprès
D'où nos voix réveillent l'aurore. »
Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, En vous créant TEternel a souri.
« La pauvreté, sombre nuage, Bientôt, dis-tu, fondra sur toi.
Jeune, tu bravais son passage ; Au soleil n'as- tu donc plus foi?
Crois-nous, quelques routes nouvelles Que ton vol prenne en son essor, .
Si le nuage crève encor, Un rayon séchera tes ailes. »
Oiseaux, adieu, etc..
« Tu nous as chanté, sous ces treilles.
L'aigle expirant, captif des mers.
Apprends d'infortunes pareilles A subir de communs revers.
CEUVRES POSTHUMES . 225
Va gaîemçnt où le sort te poiissë, A la ville ou dans un chalet.
. Pour ton nid, panVre roitelet, " •.
Que te faut-il ? un peu de moussa. >v Oiseaux, adieu, etc..
.et ^.a fin de tout, nul ne l'ignore..
D'avance tu sauras quitter
Ces rosiers qui sont près d'éclore,
Ces arbres qu'on t'a vu planter.
Lorsqu'à partir tu te disposics.
Un corbeau te- crie à l'écart :
Pour parer les tombeaux, vieillard,
Dieu partout a semé les roses. »
Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, En vous créant, TEternel a souri.
Ces paroles si sa^es font impression sur- le vieillard : toute pensée de regret disparaît de son cœur. Il quitte sans se plaindre un endroit où il avait souhaité couler ses deriiiers jours, et il se contente de demander à la troupe d'oiseaux dont il a sr souvent entendu les chants harmonieux de venir, s'ils le peuvent, charmer son nouveau gîte :
Oiseaux, merci ! Rome fut sage De vous consulter autrefois.
Je vais au plus prochain rivage Vivre en un coin sous d'humbles toits.
Ici, vous qui du vieil ermite
Picoriez en paix les raisins,
S'il a des arbres pour voisins,
Venez charmer son nouveau gîle.
Oiseaux, adieu. Peuple heureux et chéri, En vous créant TEternel a souri (1).
L'éloge du plaisir qui a fourni la matière d'un si grand nombre de chansons anciennes trouve sa place dans les chansons posthumes. L'âge ne permet plus au poète de se mêler conime autrefois à la troupe joyeuse d'aimables convives ; mais il se rappelle avec émotion les beaux jours du temps passé, et ce souvenir délicieux Taide à supporter le poids des ans et les tristesses de la vieillesse.
Souvenir cher à mes pensées I Grâce à la fraîcheur qu'il leur rend, Je souris aux heures passées, Je m'arrange du jour mourant.
Pur de haine et d'hypocrisie, Rêvant le bien, cherchant le beau, Je sème un peu de poésie Sur les marches de mon tombeau (2).
Chercher le beau, rêver le bien, ajoutons — ce que le poète ne dit pas — faire le bien, ce fut
(1) Les Oiseaux de la Grenadière.
(2) JiIo7i Carnaval, A Antier,
là, durant toute son existence, la constante pré* occupation de Déranger ; ce fut pour lui, avec le plaisir ou le souvenir du plaisir, le remède souverain contre tous les maux et toutes les amertumes de la vie. Le Chapeletdubonhomme, qui est une des dernières chansons de Déranger, est un éloquent et poétique éloge de la Charité. Amertumes et maux sont, aux yeux du poète, comme les grains d'un a noir chapelet » : toute bonne action fait tomber un grain du chapelet. — Tu pleures, bonhomme, la mort de ton ami: vois làbas cette chaumière ; cours en chasser la famine, et tu seras consolé. — Ton père vient d'expirer ; cours vers ce bois où un crime se prépare, arrache aux brigands leur victime, et ta blessure sera guérie. — Tu pleures encore, vieillard^ ,tu pleures celle qui partagea si longtemps avec toi les joies et les tristesses de la vie : vois le feu prendre au village, cours l'éteindre, et ta peine sera moins cuisante. — Mais bientôt chagrin nouveau, nouvelle douleur. Une fille restait au vieillard, douce et suprême consolation, et voilà que cette fille lui est enlevée ; et, comme Je vieillard se désole, il entend la voix qui lui dit: Cours au fleuve, un enfant s'y noie. Le vieillard n'hésile pas, il s'élance dans le fleuve,
228 BÉBANGER
« sauve la joie » d*unemère éplorée, et du même
coup il chasse la tristesse qui obsédait ^on cœur. Mais il n'est pas au bout de ses maux : la vieillesse fait de plus en plus sentir son action ; la mort approche ^ il ne lui reste plus qu'à pleurer. Et la voix se fait encore entendre : Va, ditelle, va réchauffer une mésange qui meurt de froid devant ta grange. Et le bonhomme sourit enfin, et Toracle se fait connaître :
Heureux qui m'a pour conducteurl Je suis range consolateur.
C'est la Charité qu'on me nomme. ' Va donc prêcher ma loi, bonhoriime, Pour qu'il ne reste plus un grain Au noir chapelet du chagrin (i).
Le goût des conditions simples et modestes, l'art de savoir se contenter de peu et de jouir des plaisirs permis, lé culte et la pratique de la charité, ce sont là, on le voit, choses chères à Déranger, et qu'on retrouve dans les "œuvres posthumes aussi bien que dans les oeuvres anciennes. Les dernières chansons contiennent de même, comme les premières, une profession de foi très nettement spiritualiste, et c'est même dans une des dernières chansons, Ascension, que le spiritualisme du poète trouve son expression
(1) Le Chapelet du bonhomme.
la plus poétique et la plus élevée. — Cette chanson, nous croyons devoir la reproduire ci-après intégralement, et c'est par elle que nous terminerons, cette étude sur les Chansons de Béran' ger.\
ASGBNSION
Géant ailé, géant immense, En rêve aux astres m'éievant, Des soleils j'y vois la semence, Et ce que Dieu cache au savant.
Dieu donne aux anges qu'il préfère Un instrument harmonieux, Qui, résonnant sur chaque sphère, La dirige à travers les cieux.
Notre soleil garde sa lyre, Sirius marche au son du cor, Sur JupitjBr l'orgue soupire ; A Saturne la harpe d'or.
Devant ces corps, masse infinie, J'ai crié : Gloire au Créateur !
Plus ému de leur harmonie Qu'effrayé de leur pesanteur.
Dans mon vol, sous mes pieds; qu'entends-je?
• C'est le son triste d'un pipeau,
Qui mène au gré d'un tout jeune ange ,
L'un des corps nains du grand troupeau.
Petit globe, objet de risée !
On dirait, à le voir courir,
Du savon la bulle irisée,
Qu'un souffle fait naître et périr.
230 BÉRA.NGER
Je demande à l'enfant céleste Si c'est son jouet dans les cieux.
Enorme géant, sois modeste, Dit-il, regarde, et juge mieux.
Je me penche alors sur la boule.
Prêt à la prendre dans ma main.
Dieu I j'y vois s'agiter la foule Que nous nommons le genre humain.
Ma confusion est profonde.
Est-ce donc là notre séjour ?
— Oui, dit l'ange, voilà ce monde
Dont peu d'entre vous font le tour.
Ton œil y distingue sans doute
Ces monts qui sont géants pour vous,
Et votre océan, cette goutte
Qui suffit à vous noyer tous.
Quoi! Notre gloire impérissable, Nous la bâtissons là-dessus I Mais qu'importe ce peu de sable Où s'entassent nos vœux déçus?
Qu'importe en quelle étroite bière Nos os tombent de sommeil ; Aux mains de Dieu, grain de poussière, L'homme pèse plus qu'un soleil.
Espère enfin, mon âme, espère; Du doute brise le réseau.
Non, ce globe n'est pas ton père ; Le nid n'a pas créé l'oiseau I J'en juge à l'effort de ton aile, Qui s'en va les cieux dépassant.
t^our t'engendrer, noble immortelle, Il n'est que Dieu d'assez puissant.
Soudain je rentre imperceptible Au lit fangeux du ûeuve humain.
Mais, quand d'un accent indicible L'ange me dit : Frère, à demain !
La Comète, horrible merveille, De ce globe accroche l'essieu ; Du choc il tombe ; je m'éveille.
Le jour brille, et je bénis Dieu.
CONCLUSION
Dans la très incomplète étude que nous ve-
nons de faire de Tœuvrede Déranger, nous avons . essayé de montrer la part que le poète a prise aux événements politiques de son temps; nous Tavons, d'après les témoignages mêmes de ses contemporains, dépeint tel qu'il était, au physique et au moral, et nous avons trouyédans ses chansons, dans ses Mémoires et dans ses lettres, Timage fidèle et la vivante expression de ses sentiments et, de ses pensées, de son esprit et de son caractère. " •^
Or, il semble que tout ce qu'a dit, écrit et fait Déranger se ramène à un principe unique et comme aune inspiration commune qui, se retrouvant, à des degrés divers sans doute, dans tous les actes de sa vie et dans toutes ses oeuvres, est comme la marque particulière dé son talent, disons mieux, de sa personnalité.
Ce principe, cette inspiration, c'est le plaisir d'obliger ses semblables, c'est la charité. .
CONCLUSION
N'est-ce pas, en effet, parce qu'il est naturellement bon, qu'il a des goûts si simples et montre dans ses désirs une si grande modération, estimant toujours qu'il a plus que sa part, et que
tout ce qui lui arrive d'heureux est autant de
pris à des gens qui en sont plus dignes que . lui? .
La timidité explique sans doute, en grande partie, son embarras au milieu des riches et des grands. Mais siauxpalais et ayx châteaux il préfère les plus modestes demeures, et si la société des pauvres et des humbles a pour lui tant d'attraits, n^est-ce pas un peu parce qu'il aime à partager leur sort et à compatir à leurs maux?
Enfin, n'est-ce pas dans sa bonté native et dans le plaisir ou plutôt dans le besoin qu'il éprouve de faire le bien qu'il faut . chercher la cause de tant, et parfois si pénibles démarches . auxquelles il se soumet, lui si réservé et si timide, en faveur de pauvres gens, connus ou inconnus ?
L*ambur du prochain, la charité, c'est encore là lavraie source où il puise, et souvent retrempé et fortifie ses convictions politiques.
Les grands principes de la Révolution font
534 BÉHANGER
sur son esprit et son imagination d'enfant une impression profonde et, malgré son père, il s'en déclare le partisan convaincu, parce qu'il voit dans l'application de ces principes la suppression des classes privilégiées et Témancipation des classes les plus nombreuses, et, jusque-là, les plus déshéritées delà fortune.
Admirateur de Bonaparte, dont la rare et prompte énergie a délivré la France des désordres et des folies du Directoire, il proteste en- ' suite contre un despotisme qui dépouille le pays de ses libertés, et contre une ambition qui impose à la patrie les plus douloureux sacrifices.
Avec Louis XVIII qui, si on l'en croit, lui était personnellement indifférent (1), il espère voir et la fin de guerres interminables qui épuisent la nation et la « renaissance des libertés nationales (2) ». Il ne demande rien de plus, et. salue par la chanson du Don Français le retour dos Bourbons. Mais Louis XVIII inaugure son règne par une série de décisions et de mesures qui sont la négation môme des principes contenus dans la Charte constitutionnelle ; surtout il
(1) Pré/ace de 1833.
(2) IbuL
CONCLUSION 235
laisse commettre, sans les empêcher ni les réprimer, des actes d'une violence et d'une cruauté inouïes, et aussitôt Déranger, oubliant les vers qu'il vient d'écrire, s'éloigne d'un gouvernement qui, à 'la place des libertés promises, apporte à la France la plus dure servitude> et qui, aiilieu de panser les plaies de la patrie, provaque et excite partout la guerre civile. Et non seulement
il rompt brusquement avec un gouvernement qui oublie si vite ses promesses, mais il l'attaque avec énergie, et ne s'arrête que lorsqu'il est à terre.
La monarchie de Juillet ne réalise pas précisément les vues politiques de Déranger ; mais, persuadé que a: les monarchies représentatives ne sont qu'une formé transitoire, » et que « les trônes constitutionnels ne semblent être que des ponts jetés sur un fleuve que nous ne pouvons passer à la nage, encore moins franchir d'un saut (1), s> il favorise, autant qu'il le peut, la proclamation du duc d'Orléans comme lieutenant général du royaume d'abord, comme roi des Français ensuite, et il accorde d'autant plus volontiers ses sympathies à ce prince qu'il
(1) Lettre à M. de Chateaubriand, 4 octobre 1831 Correspondance^ II, p. 69.
le sait animé de sentiments libéraux, et qu'il espère que son règne, en même temps qu'il permettra à la nation de se ressaisir et de mieux juger l'œuvre accomplie, préparera et facilitera la marche en avant vers un autre régime qui„ précisément parce qu'ilest plus libéral encore et plus, démocratique, a toutes ses préférences et toutes ses tendresses, vers la République.
Le gouvernement de Louis-Philippe ne justifie pas la confiance du poète : on avait bien revisé, dans un sens plus libéral, la Charte de 1814 et aboli la censure ; on avait bien aussi abaissé le cens électoral et ajouté aux électeurs censitaires les capacités ; niais qu'avait-on fait pour cesclasses inférieures qui avaient tant contribué à la chute de la royauté, légitime, et dont les. besoins devenaient de jour en jour plus, pressants ? La paix qui régnait depuis 1815 et les progrès de l'industrie et du commerce avaient aggloméré dans les villes un nombre considérable d'ouvriers ; qu'arriverait-il si, par suite d'un accident imprévu: mauvaise récolte, guerre ou révolution, ces ouvriers venaient, à se trouver sans pain ? Ce grave problème préoccupait plusieurs esprits généreux;mais le gouvernement en prenait-il souci? Mécontent de
conclusion; 23T
députés qui, nommés par un petit nombre d'électeurs privilégiés, ne représentent pas l'opinion publique, de ministres plus . préoccupés de se maintenir au pouvoir que d'accom plir les réformes que le peuple réclame ; mécontent d'un roi, c roi de liberté bourgeoise, » qui, oubliant ceux qui l'ont le plus aidé à monter sur le trône, n'a rien fait pour les classes, nombreùsps, pen, si ce n'est qu'il leur a donné tour à tour M^. Thîers ou M. Guizot, M. Gui^ot ou M. Thiers (1), il se sépare d'un gouvernement dont il'Semble que le peuple ne doit rien obte-
nir, se rapproche des jeunes gens dont les fiers sentiments et les idées généreuses s'accordent mieux avec la disposition de son esprit et de son cœur, et il salue par avance le jour béni où la Providence, qui veille. sur la France « en dépit des rois,, des ministres, des intrigants et des bavards (2), »^ la réveillera enfin de son long sommeil,, et assurera le triomphe définitif des principes qu'il a servis durant toute sa vie.
(1) « Le roi de liberté bourgeoise, disait en riant Béranger, quVt-il . f ait pour les classes les plus nombreuses? Rien', M. Thiers ou M. Guizot, M. Guizot ou M. Thiers. » Savinien Lapointe, p. 64,
(2) .Lettre à M. Gilhard. Passy, 30 août 1832. Correspondance, II, p. 102.