‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 107 sur 119 · MONTESQUIEU · texte numérisé non relu

MONTESQUIEU

d'Henri IV... Après les guerres religieuses, les partis fatigués désarment dans l'indifférence du Béarnais, et dans le scepticisme du Périgourdin. M. de Lamennais disait de Montaigne : « Il a mis son pyrrhonisme dans la bouche d'un oiseau de basse-cour, oiseau hybride qui, pour la doctrine, n'est qu'une oie, mais qui par son langage ondoyant et divers, comme le cœur de l'homme, est incontestablement un cygne. Mais ce cygne, aux pieds noirs comme sa bourbe natale, au plumage candide et au bec d'or, babille et chante sur un marais, sur un gouffre dormant, l'abîme du doute, et son langage est un chant de léthargie et de mort. Montaigne est la sirène mortelle, dont la cantilène accomplit l'assoupissement moral du seizième siècle. Mais, sur le tombeau de Louis XIV, Montesquieu salue le réveil du dix-huitième siècle, et sa voix est le cri de l'aigle. Il aie vol court, haut et rapide, l'élan saccadé, impétueux de l'oiseau de proie, et sa prunelle, qui n'est pas trouble et louche comme celle de Montaigne, est radieuse et fulgurante au soleil. » M. de Lamennais n'aimait pas le style haché, heurté de Montesquieu. « V Esprit des Lois, disait-il, est un panthéon colossal, intérieurement divisé en petits compartiments semblables à des cellules d'abeille, où les principes immortels reposent dans des chapitres d'un style sculpté, comme les images des héros dans leurs édicules de granit. Montesquieu a prédit que ses descendants rougiraient de lui; et ses descendants ont réalisé cette prophétie. Mais les vrais descendants de Montesquieu, ce sont les peuples nouveaux,c'estle genre humain libéral. » J'ai vu, avec respect, à la bibliothèque de Bordeaux, son buste qui

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