ADIEUX AUX BOIS
l'Eglise réformée de Paris venait^ dans cette intention, d'appeler dans la chaire de l'Oratoire un homme extrêmement éloquent, M, Adolphe Monod. C'est ce pasteur fameux qui s'est montré l'orateur le plus grave, le plus véhément, le plus biblique de notre temps, et qui, précocement détruit par les batailles de la chaire, a glorieusement terminé son éloquente vie par une plus éloquente mort.
Je revins attendre à Bordeaux la décision du consistoire. J'étais personnellement inconnu de ses ministres; je n'avais d'autre recommandation que mon livre : mes Pasteurs sollicitèrent pour leur historien une humble Eglise du désert.
Dès que j'eus connaissance de ma nomination, je me mis en mesure de quitter sans retour cette élégante et douce Gironde. Mon patron m'avait fait présent d'un petit ameublement pour mon ermitage de Florac. J'en donnai une partie aux serviteurs de la maison, et j'ordonnai qu'on vendît le reste au profit des pauvres. En entrant au service de Celui dont le déni^iment enviait le nid des oiseaux, je ne voulais posséder comme lui que mon vêtement; je n'avais d'autre salaire que les débris de mes divers naufrages, et le pain que j'allais manger, pétri dans mes malheurs, avait la saveur fortifiante des larmes du cœur et des eaux de la mer. Je m'arrachai à mes excellents hôtes et à ces magnifiques lieux où j'avais pris racine, comme ces plantes vives dont parlent les poètes qui, sous le tranchant du fer, répandaient des larmes et des plaintes. Mes adieux à l'homme furent courts; ils furent longs aux bois, aux grottes, aux fontaines. Je dois ajouter, en terminant, que Dieu,