‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 50 sur 119 · Ï ENCOURAGEMENTS · texte numérisé non relu

Ï ENCOURAGEMENTS

« Passons à un autre point de votre lettre où je crois remarquer du découragement. On a refusé vos articles au journal. Cela ne me surprend pas, et même je vous en félicite. Je vous l'ai toujours dit : vous n'êtes point né pour le travail des journaux. Vous ne devez même pas le tenter. Il gâterait votre bonne nature et détruirait ce qu'il y a d'original dans votre esprit. Faites des livres; voilà votre vocation. Les grandes et larges idées, les sentiments intimes, la profondeur du jugement ne peuvent convenir à des feuilles éphémères écrites pour des lecteurs qui les parcourent en courant ou qui les épèlent avec peine. Ce que vous disiez dans votre article n'eût pas été lu ni compris dans un journal : il le sera dans vos Camisards. Quelle que soit la pensée qui nous domine en faisant un ouvrage, il ne tient qu'à nous de le faire rechercher, si nous avons besoin de lui donner la forme qui convient le mieux au public. Et nous le devons, car dans l'intérêt de cette pensée qui doit nous être chère, comme dans celui de ce mêuie public à qui nous voulons la faire adopter, il ne peut nous coûter d'adopter les formes qui doivent lui servir de passe-port.

« A présent, dites-moi si je me trompe : d'après quelques mots au sujet de votre digne père, vous semblez un peu las du joug que vous portez. Seriez-vous moins bien chez M- X.? Cela m'étonnerait, mais enfin cela peut être. J'en serais affligé, car avec votre caractère, vous trouveriez difficilement une position plus favorable aux travaux que vous projetez. Dans tous les cas, ouvrez-vous à moi sur cela, et nous y réfléchirons chacun de notre côté. Vous savez, au reste, que vous avez

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