JE SUIS SON CONSEIL
ici un gîte et le couvert, sans avoir à craindre de ni'étre à charge. (14 juillet 1836.) »
Béranger, assurément, avait raison; il me donnait des conseils excellents, mais il se trompait entièrement sur le motif qui me faisait éviter la compagnie des hommes célèbres. Ce n'était pas amour-propre blessé, jnais uniquement instinct contemplatif, penchant solitaire. Je suivis le conseil de Béranger et j'assistai à ce festin. Le plus illustre des convives était M. de Lamennais, naguère impérieux théocrate, et maintenant fervent démagogue et néanmoins un peu dépaysé parmi les philosophes et les libéraux. Après lui, venait M. Mignet que je connaissais déjà, pour qui Béranger avait la plus grande estime, homme candide et grave, dont la simplicité relève encore la haute intelligence, et dont les facultés supérieures s'alliaient alors à une tête d'Apollon Gynthien. Il y avait encore MM. Ampère, Mauguin, Charles Didier. Tous étaient bienveillants pour moi, et j'ajouterai que je n'ai jamais eu qu'à me louer de mes rapports avec les hommes célèbres que j'ai connus. Un seul, bien longtemps après, fut à mon égard, de ton encore plus que de langage, rogue et hautain. Béranger, chez qui nous dinions, n'eut pas de repos, après le départ de son âpre convive, qu'il n'eût excusé, justifié de cent façons ses hauteurs pédantesques.
En septembre j'allai voir une seconde fois Béranger à Fontainebleau. Il demeurait rue des Petits-Champs, 21, non loin de la forêt. Sa popularité le suivait dans la solitude. Il me fit voir avec une intime satisfaction ces