C IL QUITTE FONTAINEBLEAU
vers qu'un ouvrier avait charbonnés à l'angle de sa rue et de l'allée du Bois :
Honneur^, honneur à Déranger, Il n'a rien à sa boutonnière.
Nous nous promenâmes deux jours dans cette forêt superbe. Il m'en montrait avec orgueil les vieux chênes, les roches escarpées, les vastes déserts. Et pourtant il se disposait à quitter sa Thébaïde : soit qu'il s'y trouvât encore trop relancé par les importuns, soit qu'il craignît de passer un second hiver dans un site glacial, soit plutôt inconstance de poëte, qui change perpétuellement de lieu et de climat comme l'oiseau. Un mois et demi après, il m'annonçait sa nouvelle migration :
« Je suis revenu depuis huit jours de la Touraine, mon cher ami, et j'ai loué aux portes de Tours une bicoque dont Balzac a donné la description exacte sous le titre de la Grenadière. Il serait possible que je fusse là dans un mois, car le pays me convient assez, quoique bien au-dessous de sa réputation. Ce que vous me dites en vous accusant d'être du nombre de ceux qui me font fuir au bout du monde, ne peut entrer dans votre croyance. Vous savez que vous êtes un de ceux qu'il m'est le plus agréable de voir; et si j'ai un reproche à vous faire, c'est de n'être venu ici que pour un moment, et encore de n'avoir pas pris votre gîte à la maison. Je compte bien que je serai plus heureux en Touraine, et que vous viendrez faire connaissance avec les bords de la Loire, qui, bien que trop vantés, n'en méritent pas moins d'être vus. Ce serait bien le
POUR LA TOIRAINE. 97
diable si vous n'aviez pas une quinzaine ou un mois à me donner sur vos vacances.
« Dites bien du mal du pape, si cela vous amuse, il ne vous en cuira pas autant qu'à ce bon Lamennais, qui vient de rompre définitivement avec la cour de Rome, du moins on m'assure que c'est ce que je verrai dans le volume qu'il vient de m'envoyer {les Affaires de lîome).
« II y a des choses bien remarquables dans le
volume de Lamennais que je viens de lire avec un grand plaisir. Qu'en pensez-vous. Monsieur le protestant? (16 nov. 1836). »
Dix jours après, Déranger était établi à Tours.
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M. de Lamennais au château de Frescu^ près Sésanne. — Il écrit le Livre du peuple. — Sa manière de vivre et de travailler à la campagne. — Ses jugements sur les contemporains.
(Juillet (835 - Août 1857.)
Nous demeurions rue d'Alger: M. de Lamennais vint habiter dans notre voisinage au coin de la rue du Vingt- Neuf- Juillet et de la rue de Rivoli. Son logement était sous le toit, et de son balcon aérien il avait la vue magnifique du Jardin des Tuileries, et, vers le couchant, de Thorizon lointain des bois de Meudon et de Saint- Cloud. Mes patrons nouèrent, je ne sais plus comment, des relations avec cet homme célèbre, à la fois familier et farouche; il ne tarda pas de venir dîner chez eux; comme je l'ai raconté, j'étais fort curieux de voir ce géant qui avait tant de fois défié les phalanges d'Israël. Je jugeais de son air et de sa taille par son .style de