‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 62 sur 119 · LE CHATEAU DE FRESCU · texte numérisé non relu

LE CHATEAU DE FRESCU

un parfum de respect, rare dans la bouche et sous la plume de Béranger. L'hommage que le poëte épicurien rendait habituellement aux femmes, était plutôt empreint de raison philosophique, avec une pointe de volupté graveleuse, que de délicatesse chevaleresque. Une honnête femme n'était guère à ses yeux qu'un honnête homme, selon le monde. Béranger devait prochainement se rendre auprès de sa vieille tante paternelle à Péronne. Il effectua ce voyage vers la mi-août, où je le vis à Paris comme je partais moi-même pour les Cévennes. Nous Tavions engagé à prendre par la Champagne et à s'arrêter quelques heures à Sans -Souci. Quelle réunion charmante eût produit dans ce lieu agreste la rencontre de Béranger et de M. de Lamennais. Le château de Frescu, ou de Sans-Souci, dominait, du haut d'une colline crayeuse, le bassin verdoyant de Sézanne et les plaines blanchâtres qui l'entourent, arides à la fois et marécageuses, mais revêtues par espaces, et principalement dans les fonds, de landes et de bois. Bien que ce paysage champenois offrît peu d'attraits, M. de Lamennais aimait à se promener; tous les jours, après le déjeuner, il faisait un tour dans le parc. Avec sa toque noire et sa longue robe brune chamarrée de rouge, on eût pris ce petit vieillard décharné pour un magicien, un descendant de Merlin, l'enchanteur breton, ou l'époux de quelque fée armoricaine. Toute sorte d'habit lui allait mal; la taille manquait à la dignité du costume comme à la majesté de la gloire. Il était encore, à cinquante-cinq ans, d'une extrême vivacité ; il allait dans sa marche comme dans sa logique, tête baissée devant lui ; c'était comme une course au clocher.

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