CONTEMPORAINS
gogues de France. Il était alors de mode de glorifier outre mesure les poëmes mystagogiques de Ballanche. « C'est un fade breuvage, disait M. de Lamennais, un mélange du miel de Fénelon et du laitage de Florian. » Et Béranger ajoutait : « Son style est comme sa figure ; il a un air de sphinx. » Depuis que M. de Lamennais donnait dans la démagogie, M. Sainte-Beuve, par une évolution contraire, se retournait vers le pouvoir. Le tribun breton fut très sensible à l'abandon du critique normand, dont les premières hostilités éclatèrent, je crois, contre les Affaires de Rome. « Je l'ai rencontré depuis, disait-il, dans le quartier de l'Odéon ; il a d'abord balbutié je ne sais quoi, puis, tout interloqué, il a baissé la tète. Sa critique n'est que du marivaudage. » M. Villemain avait quelque peu méconnu le génie de M. de Lamennais. Le trait était resté dans son cœur. Il disait à propos de Grégoire VII : « C'est une épopée que la vie de ce pape. Villemain nous promet son histoire. Il ne l'achèvera pas, je l'en défie. » Quand les Voix intérieures de M. Victor Hugo parurent, j'en présentai le volume à M. de Lamennais, et nous lûmes ensemble l'élégie sur la mort de Charles X. A ces vers : Sombres canons! à cette touchante exclamation : Dormez, sire! Repose, fils de France! il se récria d'admiration. « Voilà, disait-il, de superbes mouvements lyriques, » et le républicain breton ajouta un mot d'éloge funèbre sur ce dernier des Capétiens. La critique de M. de Lamennais était instinctivement admirative et portait sur les pensées; celle de Béranger était négative et portait sur les mots. A la mort du roi de Rome, je lui montrai à Passy l'ode de M. V. Hugo, imprimée dans un journal. Le chansonnier