PAYSAN CHAMPENOIS
éplucha brin à brin le poëme^ et quand i! en fut à ces
vers :
Seul être qui [jouvait distraire sa pensée Du trône du monde perdu,
il s'écria : « C'est par' trop fort! Troisvv dans un petit vers ! » Au surplus Déranger et M. de Lamennais n'avaient qu'une voix sur le génie poétique d'Hugo, qui n'iîvait à leurs yeux que le tort grave de brutaliser systématiquement le délicat et magnifique organisme delà langue française.
Chez M. de Lamennais le théocrate survivait encore dans le démagogue. Grégoire VII était son héros sacerdotal. Il faisait dériver maintenant la liberté, comme autrefois le despotisme, de la papauté du moyen âge. Un jour que nous nous promenions dans les bois de Sézanne, je le priai de m'expliquer sa tiièse étonnante, car pour moi le démiurge du monde moderne c'était Luther. Il prit les ailes de Platon et s'élança dans les nuées. Pendant que ce Phaéton roulait sur son char, à travers les constellations, en incendiant le ciel, nous arrivâmes au bord d'un ruisseau. Un paysan d'un village voisin, courbé sous un fagot de bois mort, s'y reposait sur un pont, adossé au parapet. Nous lui demandâmes le nom de ce village situé à une lieue environ de Sans- Souci, du côté du levant. Ce paysan bavard se mit aussitôt à nous raconter, avec son accent champenois, l'histoire des querelles de l'empire et du sacerdoce dans sa commune : la femuie du maire et la servante du curé se prenaient journellement aux cheveux; elles se tuaient réciproquement leurs poules dans le potager, et mutuellement se ravageaient leurs poireaux et leurs lai-