‹ Béranger et Lamennais, correspondance, entretiens et souvenirsChapitre 97 sur 119 · BORDEAUX · texte numérisé non relu

BORDEAUX

navires allaient dans l'Inde chercher de l'or^ des perles et des paons. Il avait un hôtel en ville^ une villa d'été sur la colline de Florac^ un château d'automne dans les vignobles du Médoc. C'est en juin 1815 que je me rendis, comme précepteur de son plus jeune fils, à sa résidence de Florac, promontoire escarpé d'ombrages et de fleurs, dominant la plaine, le fleuve, la rade, et, dans le lointain, la grande cité dont les coupoles et les tours se confondent au regard avec les mâts de navires venus de tous les points de l'univers. Je n'avais point consulté Béranger : il m'eût dit : « Où voulez-vous aller? Etes-vous fait pour vivre dans les salons? Oserezvous hanter les riches et les puissants? Pauvre sauvage, restez dans votre désert. » Je partis, et il se trouva que les salons de Bordeaux ne me parurent pas plus effrayants que les bercails des Pyrénées.

Pendant que je m'installais à Bordeaux, mes Prophètes parurent à Paris et à Valence. Mais Marc Aurèle se contenta de vendre l'ouvrage obscurément; il ne fit rien pour sa renommée. Il ne l'envoya pas aux journaux ; et mes amis ne le reçurent que trois mois après. Le livre parut donc sans patronage littéraire. M. de Lamennais ne m'en accusa seulement pas réception; Béranger m'écrivit une lettre de promesses aussi vagues que superflues. M. Sainte-Beuve m^adressa le billet suivant que je relis avec bonheur :

« Ce 3 décembre 1S42.

« Monsieur,

« C'est avec bien du plaisir que j'ai reçu de vous un souvenir, et surtout un souvenir de cette espèce, qui

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