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Béranger et Lamennais

Permettez -moi d'inscrire en tête de cet opuscule, comme un témoignage de gratitude et de sympathie, vos noms fraternels. C'est un épisode littéraire du règne de Louis-Philippe, l'odyssée d'un adolescent obscur, jeté par un coup de vent dans les voies de deux illustres vieillard-. Ses infortunes sont le fonds ténébreux d'où rassortent, sous un jour plus doux et plus intime, leurs figures glorieuses. Quelqu'un peut-être, touché de *><■> revers, s'enqnerrade leur jeune et triste compagnon. Son nom t'est évanoui de ce récit: soit que la vérité ail M pudeur; soit (pie le mystère convienne mieux a la réalité, dans un solitaire qui vit habituellement su désertj el Be dérobe volontiers bous le nuage; soil enfin que. par instinct autant que pat respect, il ait voulu garderaprès leur mort l'attitude qu'il avait de leur

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vivant, et figurer inaperçu et dans son obscurité native, auprès de leurs images éclatantes. Ce mystère est encore de l'exactitude historique. Au surplus, qu'importe l'auteur : l'essentiel, c'est le livre. Or, lui-même nous en apprend l'origine dans son préambule. Souvenir longtemps muet, éclos accidentellement en récit, puis condensé en légende domestique, il quitte aujourd'hui l'abri du toit paternel. Mais pourquoi cette chronique du foyer, destinée à perpétuer, dans un cercle intime et voilé, le souvenir d'humbles douleurs mêlées à des noms célèbres, s'aventure-t-elle subitement dans le vaste, vaste inonde? On méconnaît de grands citoyens. On flétrit de nobles renommées. Chacun doit, selon son pouvoir, veiller au trésor commun des gloires de la France. Ce livre a sa raison dans ce pieux devoir, et sa publication trouvera peut-être son excuse dans la gravité de son témoignage et l'utilité de ses leçons. La France, mère toujours féconde, mais au cœur inconstant, connaîtra mieux deux de ses illustres fils. Les jeunes gens honnêtes et laborieux apprendront, dans les âpres luttes de la destinée, à ne jamais désespérer de Dieu. Enfin, quelques enfants sauront un jour dans quelles épreuves s'est formé le cœur solide et profond où ils se recueillirent frissonnants comme les petits oiseaux blancs de la mer, amoureusement couvés dans le creux du rocher battu des tlots.

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L'automne dernier, un vieil ami vint nie voir dans l'ermitage que j'habite non loin de Paris, sur la lisière des forêts.

— Béranger n'est plus, mo dit-il en m'abordant; il vient de rejoindre Lamennais dans la tombe. Comment loi a\</-vous connus? Comment vous, protestant, avez-vous rencontré le théocrate breton et le chantre populaire de la France? Me raeonterez-vous entin cela?

— Très volontiers, répondis-je. .le songeais à ces amis disparus. L'automne est la saison mélancolique dei Bouvenirs. .le me suis tu de leur rivant ; je puis parler après leur mort; les hommes doivent être révélée

sur leur tombeau. Lu tourbillon de la destinée et le souille du siècle, (jui mêlent toutrs choses, me jetèrent.

y,,, PRÉAMBULE.

presque enfant encore, sur le chemin de ces deux vieillards célèbres. Mais pour n'être point troublés dans ce pieux entretien, retirons-nous à l'écart sur une falaise infréquentée de la forêt.

Je pris mon portefeuille et nous nous mîmes en route à travers les bois. C'était une après-midi de cet été furtif qui touche à l'hiver, comme une félicité tardive qui précède la vieillesse et la mort. Un doux et pale soleil brillait à travers l'immense garenne à demi dépouillée où l'on n'entendait que la chute de quelque rameau flétri, le vol subit d'un oiseau qui partait sans doute pour son exil lointain, et un vague soupir de rougegorge, ce chantre de l'arrière-saison, qui semble en avoir les frissons dans sa voix toute grelottante de mélodieux sanglots.

— L'heure est venue, repris-je, de nous entretenir de nos amis. A la mort des hommes fameux il s'opère dans leur réputation comme un temps d'arrêt. Le public semble se recueillir pour mieux comprendre leur gloire. Ce silence est un passage de la popularité bruyante à leur tranquille renommée : une initiation à leur véritable immortalité.

— Mais est-il vrai, dit mon compagnon, que la gloire de Héranger est une de ces étoiles filantes?..*

— Si elle tombait, répondis-je, du ciel de la poésie, elle s'arrêterait, non moins brillante, dans le firmament

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