‹ Béranger et LamennaisChapitre 14 sur 76 · G HORACE ET VIRGILE · texte numérisé non relu

G HORACE ET VIRGILE

Devint myrte, papillon,

Oisillon, Cigale, rose et colombe!

Maintenant il tient encor Son luth d'or,

Chantre du vin et des roses !

0 lyre, et toi, Colibri Favori,

Gardez-le des ans moroses !

Ces derniers vers font allusion à la charmante chanson intitulée le Colibri, inédite encore, mais qu'il m'avait récitée à Passy, l'un des meilleurs poëmes de son arrière-saison, où il avait eu le bonheur de réunir la grâce d'Anacréon, la philosophie d'Horace, et la fantaisie orientale de Sadi. Béranger se sentait toujours très flatté qu'on le comparât au vieillard de Théos. Il préférait pourtant le poëte de Tibur. Il disait qu'Horace n'était qu'un Grec qui parlait latin. Romain né dans la Grande-Grèce, il chante effectivement avec le génie grec, les rhythmes, les mythes grecs, mais dans une langue plus sourde, et sur une lyre qui, quoique merveilleuse encore , est comparativement barbare. Béranger mettait Horace au-dessus de Virgile, en quoi nous n'étions pas d'accord, car avec sa petite sagesse épicuro-stoïque le poëte de Vénuse est loin de la doctrine profonde, du sentiment divin de l'idéal, et de cette grande mélancolie de cygne sauvage qui révèlent dans le chantre mantouan un homme du Nord, un barde gaulois, un initié des druides et des sibylles, qui, le front couronné de chêne, et tenant le rameau du gui consacré, chante à un monde vieilli les mystères de

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l'univers naissant, la triple transformation du genre humain, l'âge pastoral, l'époque agricole, le siècle héroïque.

De Dogny, je venais voir souvent Béranger. A cette époque, il vivait encore en vieux garçon, déjeunant chez lui, mais dînant en ville presque tous les soirs. Il avait une ménagère d'environ trente ans, grande et forte femme blonde aux yeux bleus dont la figure respirait la douceur et la bonté. Désirée, c'était son nom, gouvernait la maison du chansonnier; elle ordonnait jusqu'au choix des habits, et, le plus souvent, sans consulter son maître, appelait le tailleur, M. Robert. «Qui vous a fait venir? disait le poëte à demi lâché. — Cèst Mademoiselle Désirée. — Mais je n'ai aucun besoin d'habits. — Pardon, disait la bonne, il vous faut tel et tel vêtement, n Béranger, de guerre lasse, acceptait enfin, demi-riant, demi-grommelant. Puis venait un second débat sut lYtoile. la tonne, la couleur de l'habit. Désirée finissait presque toujours par l'emporter; c'était drs v( ;.I1(.S comiques et charmantes. Malgré cette négligence de vieux garçon, Béranger portail dans son costume la décence et la régularité qu'il mettait dans toutes ses affaires : avec sa canne et son chapeau à larges borda qui lui servait de parapluie, il avait l'air d'un marchand retiré, d'un bon bourgeois de la rue

Saint-Denis. Certes on n'eût pas deviné le plus éléganl asprH et h- plus illustre poète de la France.

I n matin, je le trouvai seul, triste et les launes aux

jeux. "\<»u> ne ami pas! me dit-il. Désir asphyxiée cette mut. Elle avait un ami : cet homme lui soutirait son argent; pour satisfaire les exigences elle

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