‹ Béranger et LamennaisChapitre 3 sur 76 · DETRESSE · texte numérisé non relu

DETRESSE

les tristesses de mon aventure personnelle. Je n'avais de fortune que ma jeunesse et mes espérances. L'été s'écoula dans les déceptions, mes songes tombèrent avec les feuilles aux premiers souflles de l'automne, et je ne tardai pas d'entrevoir, à travers leur voile déchiré, toute l'horreur de mon avenir. Je résolus de le conjurer en me cherchant un patron illustre dans les lettres. M. de Chateaubriand, mon voisin, me parut comme un Sinaï inabordable et orageux. M. de Lamartine, plus sympathique, était probablement absent de Paris. Ces deux poètes étaient d'ailleurs catholiques et bourbonniens. Il me fallait une renommée accessible, une gloire plébéienne. Ma pensée, après bien des hésitations, s'arrêta sur Béranger. Béranger se trouvait à la fois le plus influent et le plus populaire. Béranger était une puissance, car le nouveau gouvernement avait été fondé encore plus par ses chansons que par les balles de Juillet. Pour mieux toucher le poëte, je crus devoir lui parler dans sa langue poétique et dans le rhythme des plus nobles de ses poëmes. C'était comme un premier hommage que je rendais à son génie. Une nuit donc, pendant l'angoisse et l'insomnie, je composai tout d'une haleine cette élégie dont les strophes n'étaient que les sanglots de mon cœur désolé :

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