M. DE LAMENNAIS
Titan. A mon grand étonnement, je vis un très petit homme, au nez aquilin, la face décharnée et ravagée par la passion, le front vaste, abrupte et vertical, une tête proportionnellement forte, ombragée de cheveux encore noirs, ronde et aplatie au sommet, comme un dolmen; et son œil faible qui craignait le jour, mais qui lançait des flammes, symbole de son génie, avait la teinte grise et verdâtre de l'Océan. Sa noble physionomie que traversaient brusquement des nuages de tristesse ou des éclairs de gaieté, exprimait habituellement un mélange de gravité mélancolique et de rêveuse mysticité. Ses lèvres s'agitaient dans le silence comme sous les impatiences du verbe intérieur. Mais ce verbe était loin de jaillir comme un oracle; sa voix était faible, mal articulée, avec un certain accent breton; et sa parole hésitante, confuse, vulgaire, n'avait rien de la beauté que sa plume, telle qu'un ciseau d'acier, transmettait à son style lapidaire et sculptural. Son esprit sacerdotal plutôt que théologique, était à l'étroit dans la politique du jour. Soit sang celtique, soit instinct clérical, soit grandeur de génie, il paraissait isolé parmi les hommes de son temps. Il était dépaysé dans la liberté, dans la foule, dans le siècle. Son nom (men, menai) signifie la pierre druidique, et il faisait l'effet d'une de ces roches antiques taillées par le temps et la foudre, et qui, après avoir servi aux cultes farouches du passé et tout entourées encore de souvenirs mystérieux, ne peuvent entrer dans la structure du temple nouveau, trop colossales ou trop divines pour exister ailleurs qu'au désert.
C'est ainsi que je jugeais M. de Lamennais en ren-
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dant compte à Bérangerda repas où le poète m'avait infligé l'honneur d'assister. Je le revis beaucoup, pendant tout cet été et l'hiver .suivant, mais jamais chez loi. Il était alors presque toujours accompagné de .h. Didier, qui semblait être l'écuyer du guerrier breton. Il fréquentait aussi Listi, qui lui empruntait impétuositi iadame Sand , qui lui dérobait des
tons heurtes et éclatants. Il tondait, avec leurs concours, le journal le Monde. Je retrouve ces souvenirs dans cette lettre de Béranger :
• Vous ne me donnez pas souvent de VOS nouvelles, mon cher enfant; celles-ci ne sont pas toutes bonnes. .le crains que votre protégé ne vous lasse perdre patience et ne vous oblige a quitter la place... A; tout, mon cher N., s'il vous convient de déguerpir, »i vous hésitez a vivre seulj m le besoin «l'économie se fuirait trop sentir, malgré vos immet . accou-
res .1 la Grenadière. Il \ aura toujours un abri pour vous, ou \. rei tur de taire grand plaisir, d'être complètement libre et de ne pas gêner. On \it à bon
marche i ci, et ou il y a pOUI deux il y a pour trois, -le nous en prie! ne VOUS faites pas repeter ci tte invitation.
.le vous dirai que je bai adressée aussi a Lamennais, que
|e voudrais bien retirer du bourbier ou d'autres sem-
blent vouloif l'enfoncer. N'en dites mot; il veut
mettre a la tête d'un journal, et je crains d'arriver trop
tard pour lui éviter cette folie. Il m'a compris rel itivement àseérap] a ListzeiG. Sand. Mais je crains
bien que l'acil et bon comme il est , H i 8 de
Charybde en Scylla. Ces! la meilleure j .. petit