BERANGER CHIITE LA GRENADIERE
pui^se-t-il avoir trouvé une mer sans orage et sans écueils.
M. de Lamennais ne venant pas avec nous, mes hôtes résolurent d'aller passer Tété suivant, non plus dans la Touraine, comme ils en avaient d'abord eu le désir, mais dans la Charente, climat plus méridional et plus propice aux poitrines délicates; aussi bien leurs affaires exigeaient-elles cette retraite dans une de leurs terres.
Pendant qu'ils faisaient leurs adieux dans le Nord, je m'acheminai seul en avant vers le Sud. Je m'arrêtai huit jours auprès de Béranger; cette fois, je logeai à la Grenadière. Béranger me présenta au docteur Bretonneau3 l'Esculape de la Touraine, homme illustre et excellent, moderne par la science, antique par la simplicité, insoucieux de la fortune et de la renommée qui sont venus le relancer dans sa solitude, et l'arracher à la douce société des fleurs et des abeilles. Le médecin et le poëte avaient été mis en rapport par les fièvres et les roses de la Loire. Mais Béranger allait quitter la Grenadière. Ses amis avaient tant vanté la gracieuse villa, qu'il craignit qu'on ne le prît pour un châtelain. Un nouvel échec de fortune vint à point, et sur ce malheur, réel ou fictif, il arrêta une petite vilaine maison dans un vilain quartier de Tours. A mon passage, on s'apprêtait h abandonner le charmant ermitage de la Loire. Mademoiselle Judith en était désolée; tout en était triste, le chat, les oiseaux, les bosquets qui déjà reverdissaient.
Ipsre te, Tytiro, pinus Ipâl té toutes^ ipsa ha)c nrbusta vôcabant.
IL >*Kr U'.LIl i 1-4 i
i. | ttendit pas ce tendre appel des fleurs^
rM',m\ et de l'amitié. Le mugissement de la popu-
iirite eloull'a leur d0UC6 eloqueilee. Lui-même .'tait noio-e cl honteux, et le ie:ie de IOB Q09U1 Bfl mêlait
tu sentiment de sa secrète infirmité. Moi-même d'ailleurs
ouffrantj je partageais la tristesse conmiune de voii
m h uite raisofi sacnfiei son modeste et légitime
>ien-ètre a la crainte illusoire d'un vain murnuiiv populaire. Mais il fut inflexible, et quelque temps après aon départ, il quitta ses bosquets pour s'installer dans i uits, (i boues et dans les Bévues de 'louis.
1 me marqua son déménagement dans ceLe lettre, lont le sourire est jaune et s mer
a Votre lettre, mon cher X., nous a en effet tirés
l'inquiétude sus les suites de votre indisposition que «• voyagi pouvait Caire renaître. Depuis vems, lialame X. .t Baaaéj fneis n'a pas eu malheureux meut l'idée de me venir trouver, .le lui aurais certainement fourni les moyens de séjourner soi! à la Grenadière,
lOÎI .i i 0 \otie élève eût peut-être e\ite |i
vre qui «...t clou,: la meie et oitiera.
-, voilà emménages ne- Chanomean, sans tour Mini, niais au milieu des promenades. Ce ooté de Tours (Sud) convient bien mieux aux courses journalières qi iiiit-i'.\r; aussi me promenai-je déjà beaucoup plus. Judith i >le un peu ea
nt .m i | nt ;
mu que le » isi de la Lorse in- i a .i ai pas bon. Je ne p u de m on
prétend qui je me trouve bii de t.m
IVj. lettre de békanger.
pourtant que je ne crois pas me faire illusion en disant que je suis logé tout à fait à ma guise. J'ai un arbre magnifique sous ma fenêtre, de l'air, du soleil, le chant des oiseaux logés dans un épais bocage dépendant de la maison où je plonge la vue, avec permission même de m'y promener, ce dont je n'abuserai pas, car je n'aime pas à mettre le pied chez les autres pour mon seul plaisir. Nos chats se sont trouvés beaucoup moins bien que nous, et le pauvre Criquet, la meilleure des bêtes, a disparu : grand chagrin pour toute la maison.
« Je vous remercie des offres que vous me faites de nouveau. J'accepterais votre avoir, si j'en avais besoin, mais j'ai quelques économies; et puis, le débiteur que j'avais forcé de suspendre le payement des intérêts qu'il rne doit, a exigé que je lui laissasse- reprendre ce payement, car à vrai dire je ne compte pas que tout cela puisse durer. Mais nous allons établir nos dépenses dans cette prévision, c'est-à-dire, à peu près sur le pied de 2,000 francs. ïl y en a tant qui nous valent et qui ont moins.
« D'après ce que m'écrit Madame X., vous devez être dans une habitation fort convenable à vos rêveries poétiques. Vous entendez aussi chanter le rossignol, cela nous vaudra quelques vers en dépit de la prose que vous avez à parfaire. Le pauvre vieux Chateaubriand est aussi forcé, lui, de quitter ses arbres et ses oiseaux. L'âge, m'écrit-il, donne de la prudence; et par prudence il abandonne la maison qu'il avait décorée, le jardin qu'il avait planté rue d'Enfer, pour qu'une banqueroute frauduleuse de libraire ne le trouve pas sans quelques économies. Cela ne l'a pas empêché
LE CHAT ClUnlT.r. 1 '♦•">
de faire comme voua et de m'oftrir une part d< son pour me tirer d'embarras. Malgré mes refus, il insista. Comme je voudrais que 100,000 francs de rente m'airrivassenl '. J'accepterais bien vite ses offres pour me donner 1*' droH d'arrang
« Votre Mas d'Azil esl un endroit séduisant, mais je doute que mes jambes me conduisent jamais si loin, surtout pour y rester, Si j'ai encore quelques années à vivre, el qu'on veuille bien m'oublie* tout à l'ait, je retournerai mourir à Paria, la ville de la liberté, de l'égalité, de la tolérance. Mais pour cela, il faut que je n'aie plus à y vivre qu'avec me> amis, à y mourir
comme bon me sembla ra, et a y être enterré .'-ans bruit
0S fonle. Encore un peu de temps et j'en serai là. Adieu, mon dur ami; recevez les amitiés de Judith. A VOUS de cœur. (7 juin 1838.)
« Vous voyez que j'ai le moyen de payer 1« port de
Ainsi Béranger, après un séjour de quinze ni' quitta aa charmante solitude, et les arbres qu'il avait plantes pour ombrager sa vieilli I aux rameaux
desquels, sa p omme une liane, avait suspendu
ses fleurs d'arrière-saison, < n grappes de strophes mélancolique-. Son chat Criquet s'en «tait retournée la Grenadièrej mais ne voyant pas revenir son maître dans l'élégante > illa, il avait repris tristement le chemin de la rue Chanoineau aussi vulgaire que ^<ai nom. Le plus philosophe cette fois , -,. n'était pas le < hansonnier, c'était évidemment le chat. 1 1 < rôyanl réduit s 1,0< 0
francs de revenu, je lui a\.u- otlei t m< oini< - i '
HG HEGAHDS VEHS l'AIVIS.
indiqué une maisonnette rustique, sur les eollines du .Mas d'Azil où il eût pu vivre largement dans une idylle de bois, de vignobles et de rochers, où circule, à travers un paysage fantastique, un torrent qui s'échappe en écumant d'une grotte, comme de son urne sauvage. Mais le sansonnet d'Epicure n'était pas fait pour nicher dans l'aire héroïque des aigles d'Israël. Cette ruine à laquelle M. de Chateaubriand avait été pris comme moi, n'était qu'un artifice de popularité. A ce calcul de gloire, il faut ajouter peut-être l'inconstance naturelle du poëte, un goût perpétuel de changement, car il ne demeurait pas longtemps dans les mêmes lieux, et pendant qu'il quittait la Grenadière, pour s'installer à Tours, il tournait déjà ses regards vers Paris.
' pvr à Tour-. — i !it<-[i)['< i
— Criti'j lire.
liirii.'iiiuiit, dont Bérangei dm rappelait !«■ site pit* ■ i j 1 1 1 if tr. i favorable ii mes rêveries poéti- :it un château féodal, reconstruit tousLouisXlK, » > ii même Richelieu avait, disait-on, couché lorsque ta beliiqueoi cardinal marchait contre La Rochelle, i.< vieux manoir consistait en un vaate corps de I Banque de deux larges tours
(l'ardoiM . in - i\. i i mi des h i de
chênes, sur la l d'un i«>i rent qui, par det
travers des ft .•t tout . i h. \. Uea <li bordes de à Heurs d'or, venait lentement
liS RICHEMONT.
écumer et mugir à l'écluse d'un moulin perdu dans des touffes d'aulnes, de saules et de frênes. Le moulin mêlait son bruit rustique au murmure des eaux et des bois : une multitude d'oiseaux, les merles, les fauvettes, les rouges-gorges formaient tout le jour un concert au-dessus duquel perçait le fifre aigu du roitelet. Le soir, dans un taillis de chênes, une grive articulait son cantique saccadé et éclatant, jusqu'à ce que Tétoile du soir vînt donner le signal au rossignol, qui s'emparait en maître du silence universel pour exécuter ses symphonies, et toute la nuit appartenait sans partage à ce mélodieux ménestrel de la lune et du désert.
Le château était habitable quoique en ruine, et son délabrement était même une harmonie de plus avec l'abandon de son site agreste. Nous nous établîmes dans la tour du sud : mon élève et moi, nous nous installâmes au premier étage avec nos livres : nous reprîmes nos études, et l'aspect pastoral du pays nous ramena vers Théocrite. C'était un tableau digne du grand bucolique de Syracuse : une chapelle déserte, et un hameau dérobé dans une ride du coteau; des chaumières cachées dans des bouquets de bois d'où la fumée montait dans l'air; des grottes druidiques maintenant habitées par des essaims qui les remplissaient de leur bourdonnement; enfin, un cimetière frais, ombragé, silencieux, jeté sur un escarpement et comme échoué sur un écueil de la vie; charmante idylle dont ce gracieux champ de sommeil, brouté par les chevreaux et les abeilles, était la pensée grave et mélancolique. J'envoyai à Béranger ce croquis de Richemont;
l'wFMR S'ASSOMBRIT. 1*9
il aimait à connaître les lieux que bous habitions, nos
etudrs, et jusqu'à DOS jeux. Il reçut tOUJOUTB volontiers
mes élèves, et les caressait quoiqu'il aimât peu lea enfante, et moins encore lea écoliers. On Bera bien aise aussi, je pense, de connaître !•■ site où la pensée du poète vouait errer avec nous dans la Charente.
L'avenir l'assombrissait de nouveau; cependant, malgré quelques tristes pressentiments, je me croyais encore en sécurité. Déranger s'en alarmait aussi :
« jV suis bien aise de ce que vous m'apprenez, mon cher ami ;je n'étais pas sans quelque crainte... Puisque vous êtes complètement rassuré, je puis bien me rassurer aussi... Je ne suis pas fâché qne le temps vrais ait manqué pour l'impression de vos Ca misca v/>-. Vous aurez celui qu'il faut pour revoir et corrige r. D'ailleurs rotre impression «le province ae me souriait guère. Voua iiati./ de l'ordre dans vos po . c'est bien t'ait ; mai-, par Dieu, en arrangeant t. ait <•< la. redre l.^ boiteux, faites \ < » i r !<•> aveog] risses lea p
lytiijiifs. pou que lea bien portants n*aient pas à souffrir d'un entourage <l<i maléficieux. Puisque \<ais preiit aux anciens qui valent la peine qu'on !<■> étudie, laites comme eui qui faisaient -i bien es qu'ils faisaient : c'est «lu moins ce que j«' me figure à leui plus grande gloire.
« Que ua- parlez-vous de mansarde 1 C'est a la Gre-
nadière que {'avais une mansarde. i< i j'ai un.' joli.'
chambre ave antichambre, !•• tout fort gai, quoique
nu peu bruyant, surtout lea jours de marché. Judith
rasai beaucoup mieux i"~. ••. et j« vk as de m'aper-
j.") LETTRE DE BERANGER.
cevoir que cela a complètement dissipé le chagrin que notre déménagement lui avait causé. La rue Chanoinessi est au bout opposé de celle où vous étiez descendu la première fois que vous êtes venu ici (à l'hôtel du Cygne) en se dirigeant vers le couchant. Jamais je ne me suis autant promené. Toutes les promenades de Tours sont de ce côté et presque toujours solitaires. Ne soyez donc pas surpris si je me trouve bien. J'ai eu plusieurs visites, entre autres Manuel, qui a voulu s'assurer par lui-même que je ne mourrai ni d'ennui ni de faim. Je bénis bien le petit accident qui m'est survenu, car il m'a valu tant de témoignages d'attachement que j'ai été à me demander comment j'avais pu faire pour mériter des amitiés si vraies et si constantes. Oh ! mon cher N., les hommes valent mieux qu'on ne suppose. Quant à moi, je serais sans excuse si je devenais misanthrope. Au reste, je ne suis pas enclin à ce vilain défaut, qui n'est presque toujours que le fruit d'un orgueil concentré.
« Puisque nous voilà sur la médecine, nous
pouvons revenir à Rabelais dont vous parlez d'une façon que je n'aurais pas attendu de vous. Il me semblait que ce grand railleur ne pouvait vous convenir malgré tout ce qu'il a de raison, de science et d'audacieuse philosophie. C'est Chateaubriand qui prétend que les écrivains de chaque nation descendent d'un seul père, et que si les Grecs descendent littérairement d'Homère, les Italiens de Dante, nous, Français, nous proc dons tous de maître François. Il faut convenir pourtant que plusieurs de nos grands écrivains feraient douter de cette paternité commune. Ce n'est pas Voltaire,
iqu'il lil commencé pas mnl parier «le rrt aïeul,
ii a ii lin il repenti. C'est sans <l<>titc n qua-
^^t-TitiIli« -- iiiiii** parvenu (fui t'avait fait mentir a
I niant à moi, cl ['admire H ;Im lais, mais
quelques restrictions qui portent moins sut
que sur son époque, *-t roui savei que je ne
su i - p \i fou «lu moyen Ige ni de la ren se.
\ lii'ii, mon cher N.. Judith vonsreniercle de votre