‹ Béranger et LamennaisChapitre 60 sur 76 · CENDRES DE NAPOLEON · texte numérisé non relu

CENDRES DE NAPOLEON

gine et à son principe, incarcérait un illustre républicain, et rappelait de l'exil les restes d'un despote glorieux. Déranger, esprit souverainement circonspect, condamnait comme imprudents l'un et l'autre de ces deux actes; et quant au retour de l'empereur, il en donnait une raison politique et une raison poétique. La raison politique, c'est que le tombeau d'un César est un mauvais piédestal pour la statue de la liberté. La raison poétique, c'est que l'hôtel des Invalides est un pauvre sépulcre pour le grand blessé de Waterloo; et que cette poussière impériale était mieux placée dans le cratère éteint d'un volcan perdu au sein de l'Océan indien.

Je m'occupais cependant avec une opiniâtreté tout ibérienne de la publication de mes Prophètes, Quelques années auparavant MM* Marc-Aurel frères, libraires de Valence, mais qui avaient une maison à Paris, étaient venus m'offrir d'en être les éditeurs. Béranger me manquant, j'envoyai mon manuscrit à M. Edouard Marc Aurel, qui n'eut rien de plus pressé que de le soumettre au plus littéraire des pasteurs de Paris. Le libraire me le renvoya avec le jugement du ministre, ajoutant qu'il ne voulait pas se charger d'un livre écrit dans un style aussi pauvre que le style lamennaisien. Quelle apparence qu'ayant à raconter le martyrologe de nos pères, j'eusse emprunté la langue du plus hautain des hérauts du Vatican ! Un seul modèle convenait à cette histoire biblique, la Bible. Béranger lui-même va tout à l'heure me justifier; car, bien que je ne le consultasse plus sur mes affairés, je le consultais toujours sur mes ouvrages, et je lui fis part de ma nouvelle

LETTRE DE BÉRàHGER. 199

nture. Il me répondit cette lettre pleine «l'intéli i iuj< ta k - plus dit/en et les plus élev< s:

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. surtout en ce qui concerne Madame de Maintenoi et B

\ s me difc - que je suis trinitaii 1 1.

J'aurais voulu que Lamennais dam ion livre d ainsi «li\i-<- Dieu : ! dans le fond d<

• il y a peu de joui . Quant

aux noms de Père, de Fils et d'Esprit, il avoue qu'il a hésité, mais que faute d'expressions meilleures il a maintenu celles-là, j'en suis fâché.

« Quant à la préférence que vous donnez à Y Indifférence, pour le style, selon moi, vous faites l'erreur que vous devez faire avec votre goût et vos habitudes d'écrire. C'est uniquement le fond des choses dans Y Essai qui vous fait voir là un style supérieur à celui de Y Esquisse. Mais examinez avec soin les difficultés de diction que la matière métaphysique et les explications scientifiques doivent multiplier surtout dans le premier volume, et dites-moi s'il y a rien de plus difficile à rendre clairement, simplement, brièvement, dans cette œuvre. L'examen même montrera beaucoup de passages où, à travers les formes dogmatiques le poëte se fait voir d'une façon merveilleuse. Et ne savez-vous pas le mérite qu'a cette admirable plume de n'avoir presque jamais recouru, pour expliquer sa doctrine, aux termes obscurs que la nouvelle philosophie a inventés, et qui ont si souvent tenu lieu d'idées à nos idéologues. Voilà, moi, ce qui m'a confondu. Aussi, lui disais-je que je crois que Rousseau et Buffon, appelés à traiter semblable matière, ne s'en seraient pas tirés aussi bien que lui. Quant à toute la partie de l'art, les difficultés étaient moins grandes, ce qui fait que les beautés qu'elle renferme m'ont moins étonné, sinon toutefois par la variété des tons qu'il n'avait pas encore eu occasion de montrer aussi bien.

« Ce que vous dites des titres d'ouvrages de Lamennais est une observation extrêmement judicieuse. Il faut, je crois, chercher la raison de cela dans l'opposi-

I I I IHK N l'.Hl.W.n;. '20\

tion «lu caractère et de l'esprit, l'un modeste, l'autre hardi.

.[" l'ai trouvé un peu faible, un peu jauni; mais la prison produit toujours cet effet «l.ui^ le premier n. puis nu >\ habitue. Sa chambre est assez commodi il l'a choisie. M Js j'aurais préféré pour lui une chambre à grandes crois omme il y en a dan >rps de logis. Il aura été - « ■ < luit par l'avantage de n'avoir personne au-d lui : il a crut quatre marché monter. .le lui voudrais voir ion piano. Il ne parait p is voir trop de visites, et il les craint av< >n. Il va travailler, mais il serait bon qu'il ne travaillai pas trop.

« A. ma grande 8urprise,j'ai appris de lui qu'en comptant les quatre cents exemplaires envoyés en Allemagne, il < n a ri.' vendu deux mille, ce qui est prodigieux pour un td ouvrage, dans notre pays et a » cite époque. I..- pauvre Leroux n'a pas vendu du sien plus de quatre cent cinquante exemplair*

<( Lamennais a été mal défendu ; on ne peut pas plus mal. Il ne se louciail pas <!«• Mauguin, et 1 a de !< de le prendre. Mauguin ne savait rien de- ouvrages m de l.i vie désintéressée de Lamennais, il n'avi d pas In la lu.K hure incriminée, Et puis il \.i parler des affaires diplomatiques.

«( Dam votre avant-dernière lettre, il y avait un I ime ( \ . dont je ne Bais si je vous ai i ment. Il est bien poétiquement rendu. Je viens de lire laBible toute entière. Que de belles ch : qued'hor-

Je < onnais enfin bien ee peuple-la. Il ne méritait pas un cbel aussi grand que Moïse. Quel homme !

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