‹ Béranger et LamennaisChapitre 73 sur 76 · PRESSENTIMENTS DE REVOLUTION · texte numérisé non relu

PRESSENTIMENTS DE REVOLUTION

M. de Lamennais s'apaisait en vieillissant; l'âge, au contraire, semblait aigrir Béranger. Ils s'éloignaient l'un de l'autre tout en conservant les mêmes apparences d'affection. Le prodige était qu'ils se fussent jamais rapprochés, car il existait entre eux la même antipathie instinctive qu'entre Voltaire et Rousseau, entre Erasme et Luther. M. de Lamennais disait de Béranger : « C'est un bourgeois de Paris, » et Béranger, plus intempérant de langage, disait de M. de Lamennais : « C'est un démagogue breton. » Une fois il ajouta : « C'est un fou, et il est incroyable, continua-t-il, que les pédagogues populaires soient des insensés tels que Rousseau et Lamennais. — Ces fous inspirés parlent trop parfois, lui répondis-je, mais aussi les sages trop prudents ne parlent pas assez. » Béranger garda le silence, et je trouvais en effet que les vrais amis de la monarchie de Juillet ne l'avertissaient pas suffisamment, et, contents de se tenir à l'écart, regardaient du rivage, avec une incompréhensible sécurité, le vaisseau s'en aller aveuglément aux écueils.

M. de Lamennais et Béranger pressentaient également la révolution. « Louis-Philippe, disait le poëte avec une secrète inquiétude, est trop vieux pour gouverner; c'est un malheur qu'il ait perdu le duc d'Orléans! j> Au surplus, il semble que Béranger ait toujours peu compté sur la stabilité du trône de Juillet, incessamment battu par le double flot de la légitimité et de la démagogie. En 1832 déjà, il me disait tenir en réserve une certaine somme d'argent dans le cas où il serait contraint de s'exiler, «car, ajoutait-il, si les Bour bons. à la faveur d'une révolution, rentraient en France

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drait qu'ils vinssent ne la couper en Bui n'a pas été d ins la triste nécessite de quitter so patriote, il , par loue les gouyernements.

La République le nomma représentant du peuple; l'empire lui a t'ait d< magnifiques funérailles. Tous ont honoré le grand chantre national, il était pourtant de coamr orléaniste. Louis-Philippe était, d <• roi qui convenait le mieux a la France. Il était le principal fondateur «lu trône de Juillet. Il avait . prêcher de l'avoir attaqué; maintenant il avait le tort d.- ut- jus le défendre assea vivement. Le ! était

ballotté ent popularité et Bon patriotisme. Peut-

être était-il dana sa nature épicurienne de n'aimer rien fortement^ excepté sa gloire. Quoi qu'il <-n soit, il voyait tristement, mais immobile si en silence, i baneeler ce trône qu'il avait fondé dana une autre espérance, el dont la chute imminente faisait tressaillir d'avance d'une aveugle et frénétiq le tribun breton.

If. <l<- Lamennais n'était pourtant pas sans appréhension : il était revenu de ion enthousiasme catholique pour les Italiens, lea Espagnols, les Polonais, les IrUuv dais, ses peuples favoris. Il n'était pu même sût que

i incais fussent mûrs pour la République. Il se plaignait de l'absence d< de l'oubli <l«-^

grands principes et «In chaos de doctrines où roulait,

in»- dana nn marais, !«* tourbillon des esprits. le siècle, disait-il, <!»•> emes boh< I

le panthéisme de cette lamentabla atonie ra< dont je cl - la théocratû il i onvenait <|u<- la

théocratie \ profondément énervé l< néo-latines.

20V ELEUTflKflfA.

Pour ces races encore à demi païennes, la liberté, c'est. le culte de Liber, la licence bachique, le tumulte orgiaque. C'est l'antique Eleuthéria, le déchaînement des f/êtes. La liberté moderne est une science, une éducation et une foi; elle est nécessairement chrétienne ; elle n'est praticable qu'aux peuples bibliques. Le libérateur, c'est le Christ. M. de Lamennais en convenait; mais un moment après, ressaisi par ses passions, sa nature bretonne, l'esprit du siècle, il respirait l'air des révolutions et laissait échapper, sur leur accomplissement prochain, des mots, des cris véritablement prophétiques. On eût dit un vieil oiseau de mer, quelque cormoran fatidique dont le chant insensé, du haut d'un sombre écueil, salue les tempêtes invisibles qui déjà vaguement remuent dans les gouffres de l'Océan.

Théocrate ou démagogue, M. de Lamennais n'avait pas changé. Il attendait le salut du monde d'un signe, d'un miracle extérieur. Catholique, il demandait un mot du pape; démocrate, il attendait un cri du peuple. C'est l'erreur de tous les chefs populaires de notre temps et la cause de l'avortement de nos révolutions. < >n ne fait pas des républiques avec des brigands : le fondateur de Rome n'est pasRomulus, la Force; mais Xnnia, la Loi, et la Loi religieuse. Il faut changer le cour, il faut transformer l'homme : c'est le secret du Christ. Bérangerle voyait bien; il essaya un catéchisme populaire ; il sentait ce qui manquait à sa poésie. Vers cette époque, il reçut la visite de M. F. Delessert, membre éminent du consistoire de Paris. Le poëte et le député s'entretinrent de la nécessité d'améliorer moralement les classes laborieuses. M. Delessert lui dit que

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I glise réformée de Paris venait, dans cette intention, d'appeler dans la cti lire de l'Oratoire an homme extrêmement éloquent, M. Adolphe Monod. C'est ce pasteur fameux qui s'est montré l'orateur !<• ; lus grave, le plus véhément, le plus biblique de notre temps, et qui, préiiniit détruit par les batailles «le la chaire, i glorieusemenl t» rminé son éloquente \ le par une plus éloquente mort.

.i«- refins attendre a Bordeaux la décision «lu consistoire.J'étais j" rsonnellement inconnu de ses ministres; je n'avais d'autre recommandation que mon liw» : mes Pa$i llicitèrent pour leur historien une humble

Eglise du <l<--'-r'.

-, que j'eus connaissance de ma nomination, j»- me en m» sure <1<- quitter Bans retour cette élégante ••! (louer Gironde. Mon patron m'avait tait présent d'un petit ameublement pour mon ermitage de Plorac. J'en donnai une partie aux. serviteurs de la maison, et j'ordonnai qu on vendu le reste au profil des pauvres, lai rntrant au service de Celui dont le dénùmenl enviait !«• nid des oiseaux, je ne \<>ulai- posséder < omme lui <pi< u mu vétem< m : je n'avais d'autre salaire que les débris de mes divers naul et h painqui j'allais manger,

péti i dans mes malheurs, avait la sav< or fortifiante des larmes du < a ur el iux de la mer. •!•■ m'arrachai .1

mes excellents li"t» sel à ces magnifiques lieux «m j'avais pris 1 omme ces plantes vives dont p. nient les 1 • le tranchant «lu fer, répandaient des larmes plaintes. Iles adieux! l'homme furent courts : «ut longs aux bois, aux grotl

J< dois ajouter, en t« rminant . que Dieu .

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