LE RETOUR DANS LA PATRIE
Dieu I qu'un exilé doit souffrir I
Non cependant d'être loin de son pays, mais de n'y pouvoir rentrer; car combien de gens vivent à l'étranger, y vieillissent, y meurent et sans songer au retour, qui fût devenu pour eux l'idée fixe, unique, si on le leur avait interdit. Les Lapons voyagent peu , les Nègres ne voyageraient guère, n'était la traite, inventée pour leur bien : la raison, c'est que le chez soi des uns et des autres ne ressemble en rien à celui de tant de peuples. Mais entre les nations soi-disant civilisées^ Anglais, Russes, Américains, où serait en effet la différence à cet égard ? Un Picard peut se croire chez lui en Gascogne, un Breton en Alsace : et que faudrait-il pour qu'il en fût ainsi d'un bout à l'autre de l'Europe, même du monde? Qu'en se disant chrétien, on tâchât de l'être un peu en effet. Les chemins de fer au reste, il le faut espérer, aideront à l'Évangile en rapprochant bientôt Vienne de Londres, et Naples, d'Amsterdam, plus que ne l'était, il y a trente ans, Paris de la Bretagne. La patrie deviendrait fort grande alors, et le patriotisme pourrait prendre congé. Plaise à Dieu!