ROSETTE
Comme dans la chanson de Lisette , c'est encore la grisette préférée aux grandes dames. Seulement Lisette n'a que deux personnages , Rosette trois et de plus ce joli mot :
Mais elle avait pour me charmer Ma jeunesse que je regrette.
L'une rappelle Tautre et toutes deux se valent. II est impossible de refuser avec plus d'esprit et de grâce , et de faire comprendre plus galamment à une femme qu'on en préfère de beaucoup une autre. A qui s'en prendre , sinon au bel âge qui s'enfuit? L'idée de Lisette est plus piquante , son expression plus vive ; mais dans Rosette il y a plus de délicatesse , et le thème est encore plus original peut-être.
Quinault a, sur le même sujet, un couplet qu'on reconnaîtrait vite , s'il se glissait parmi ceux de Déranger.
Angélique est reine : elle est belle ; Mais ses grandeurs ni ses appas Ne me rendraient pas infidèle !
Je ne quitterais pas
Ma bergère pour elle.
Horace aussi , vers la quarantaine , donna une espèce de démission, d'un ton même plus décidé, non si gracieux de beaucoup que celui de Rosette. On sent
le dépit sous cette inspiration courte et pourtant traînante, et qui, manquant de netteté, parce qu'elle manque de franchise, est foncé d'en appeler à de froides métaphores et à des rapprochements plus ou moins cherchés. Le second couplet offre un renseignement curieux sur la façon dont s'y prenaient les amoureux de la vieille Rome; c'était un peu comme certains détrousseurs de nos jours :
Belle Vénus , plus je ne veux
De ce métier tant hasardeux!
Donc je mets en ton reliquaire
Tout mon attirail d'amoureux.
En voici le bref inventaire :
Trois crochets, deux cordes à nœuds,
Des pinces, outil merveilleux,
Qui , d'un seul coup , forcent au mieux,
Lorsque le galant est habile ,
Des belles les huis et les cœurs,
Et qu'un jour Paris , la grand' ville ,
Appellera des Monseigneurs.