Lamotte, dans Issc
m BÉRANGER
Nos amours ont duré Toute une semaine.
Ce qui donne au moins le temps d'en sentir le prix :
Amour, adieu , mon bel âge est passé , etc.
Ces vers sont jolis, sans valoir ceux de Marot plus gais et plus vrais :
Mon beau printemps et mon été Ont fait le saut par la fenêtre.
Amour, tu as été mon mattre ; Je t'ai servi sous tous les dieux.
Ahl si je pouvais deux fois renaître.
Combien je te servirais mieux 1
Horace aussi jette les hauts cris vers la cinquantaine : « Vénus! grâce, grâce! » Vénus, sans doute, n'y prit garde, sachant qu'à cet âge le feu ne peut faire grand dégât, et qu'il s'agit tout bonnement alors d'un plaisir comme il en est d'autres. De même aurait-il pu, son Esculape le réduisant à l'eau pure, s'écrier : « Bacchus, Bacchus !... » Car s'abstenir de Faleme est bien cruel aussi. Et puis on voit assez, par la fin de sa chanson, que Lydie et les donzelles d'alors le laissant là, il savait se procurer des consolations et compensations telles quelles :
Ai -je passé le temps d'aimer?
demande La Fontaine. « Bon! dit à cela Béranger,
quand la question se fait, il n'est besoin d'y répondre ! »
Toutes ces galanteries ne valent pas, pour le tour
délicat et le sentiment, celles de nos vieux poètes.
Leur recette semble perdue bien avant Louis XIV, et tenait en partie, peut-être, au caractère encore indécis de la langue, et en même temps à sa naïveté et à sa verdeur. On s'étonne, en lisant les chansonniers des XIV* et XV* siècles, du ton si piquant et si vif, de la richesse d'expression, de la finesse, de la grâce, de la légèreté, qualités devenues si rares ensuite, hormis dans La Fontaine et dans Voltaire peut-être. Et encore, le premier, si merveilleux imitateur de ses devanciers, laisse-t-il trop voir parfois Fintention et la recherche.
Les comtes de Champagne, de Soissons, Charles d'Orléans, Villon, François I*% malgré soit affSlerie, Marie de France, Marie Stuart, Marot surtout, ont laissé des vers qu'on relirait cent fois :
Hal belle blonde,
Au corps si gent,
Perle du monde,
Que j'aime tant I D'une chose ai bien grand désir ; C'est un doux baiser vous tollir.
Oui, belle blonde.
Au corps si gent,
Perle du monde ,
Que j'aime tant 1
Si par fortune.
Courrouceriez ,
Cent fois pour une , Le vous rendrais volontiers.
tu BÉRANGER
UÂNNIVERSÀiRE.
Couplets meilleurs que les précédents, et remarquables surtout, parce quMls sont assez peu dans la manière de Béranger. Sauf le vers :
Voici des fleurs que Ton vous donne ,
et, plus loin, les mille causes, tout y est gracieux et plein d'élégance et de fraîcheur. Ils étaient adressés à une fille d'Arnault, le fabuliste, et morte fort jeune. Oui , si l'on veut , le secret ou l'un des secrets du bonheur serait d'avoir un hochet pour chaque âge ; resterait à le bien choisir ! Aux enfants, il en faut de brillants : sous ce rapport, les enfants deviennent-ils jamais hommes? Jean-Jacques, dans Y Emile, beau livre qui l'obligea à beaucoup parler de ce qu'il avait observé trop peu, assure que les hochets de cristal et d'or sont les pires : Sans doute. Dieu merci ! Et, cependant, à tout âge on les préfère.