‹ Béranger et ses chansons: d'après des documents fournis par lui-même et avec sa collaborationChapitre 171 sur 241 · L'IN-OCTAVO ET L'IN-TRENTE-DEUX · texte numérisé non relu

L'IN-OCTAVO ET L'IN-TRENTE-DEUX

On fait grand bruit des poëmes épiques , Mais on lit mes distiques ,

disait Martial. Horace, La Fontaine, Béranger, eux aussi, ont eu le bon esprit de comprendre que de trop longs chefs-d'œuvre ne sont jamais tout à fait des chefs-d'œuvre, vu le temps pour les lire ou les entendre,

Les ouvrages les plus courts

Sont toujours les meilleurs. Je tiens qu'il faut laisser Dans les plus beaux sujets, quelque chose à penser *.

Homère, lui-même (et Dieu sait s'il y en a eu jamais un) , ne passa d'abord qu'en couplets. Allongez du double la plus belle symphonie, vaudrat-elle autant? et un opéra en cinq actes est-il véritablement chose récréative et se pouvant entendre sans grand ennui et fatigue? Un homme, à qui on coupait la jambe, tranquille d'abord, poussa de grands cris, quand on en vint à scier l'os : « Prenez donc garde ! lui dit l'opérateur, vous ne souffrez pas ! » L'homme prit garde et se tut, car il ne souffrait pas en effet. Si à l'opéra on prenait toujours garde!... non cependant que je préférasse, pour mon compte, une amputation à tel chef-d'œuvre de ce genre , même au plus beau.

Le même Martial dit encore qu'un livre sans variété

i. La Fontaine.

est un méchant livre. Marot, allant plus loin, soutiendrait que ce n'est pas même un livre, peu de gens. quasi personne, ne le lisant.

Béranger préfère rin-32 à l'in-octavo et avec raison. Certains livres doivent entrer dans la poche et se trouver toujours sous la main. N'aurait-on qu'un quart d'heure en allant et venant, c'est assez pour lire une page, laquelle donne ensuite à penser.

Combien s'est-il vendu d'exemplaires de Béranger? on le saurait h peu près pour les éditions authentiques; mais les contrefaçons? Dieu en sait le nombre, tant au dehors qu'en France!

Son besoin de concision lui ferait braver parfois, non l'honnêteté, mais presque Vaugelas et l'Académie. D'obscurs lauriers serait une expression sans justesse, quand il s'agit de sa réputation, et n'en est pas une convenable, suivant la grammaire. Mais, si c'est là une faute (et le doute se comprend) , elle est assez rachetée par ce qui précède et ce qui suit, quoique l(' dernier couplet, plus encore que le précédent, manque de vérité, non certes de style :

Je vois de loin Toubli fondre sur vous.

De tant d'échos dont la voix vous ré|)ète,

L'un meurt, puis l'autre, et puis cent, et puis tous;

Déjà mon front sent glisser sa couronne.

Allons ! de pareil vers sont d'assez bonnes épingles pour retenir la couronne et l'empêcher de glisser de longtemps.

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