LE COMMENCEMENT DU VOYAGE
Chanson f^ite pour la naissance d'une fille de son ami M. Quznescourt.
Rien n'est plus élégant, plus correct, plus rempli de jolis mots et d'images gracieuses; mais le sujet vaut moins qu'il ne semble. Aussi croit-on sentir dans ces couplets un peu d'effort et de recherche. Que dire en effet d'un nouveau-né, sinon qu'on lui souhaite...? Quoi? ... On paraît compter ici sur la figure, et de là d'heureux présages , car on tient pour beaucoup une jolie figure. Or, tout bien se paie, et celui-là surtout. Une femme qui fut belle et le savait , s'étonne qu'on s'applaudisse de l'être : Suivant elle
On a tort de compter la beauté pour un bien ; A l'examiner, il n'est rien Qui cause autant de chagrin qu^elIe.
Voyez, en effet, les héroïnes des contes, accomplies de tout point : il faut qu'elles pâtissent pour la joie du
lecteur. Le malheur des laides devrait le remuer autant; mais il y croirait moins ou n'y croirait pas. Plus au contraire est belle , gracieuse , ravissante la pauvre créature, plus on la peut accabler, sans que la vérité en souffre. Richardson a fait de .Clarisse une telle merveille , qu'il a toute liberté de la torturer à son gré.
Grande joie aux naissances, grand deuil aux funérailles ; et entre les deux c'est à qui médira de la vie! logique !
LA MVS!QVE.
« Quoi donc ! lui disais-je un jour à propos de cette chanson ; en voudriez-vous à la musique et à qui l'aime en effet? — Non pas en vérité, répondit-il ; mais à tant de prétendus connaisseurs et d'amateurs ridicules. » Le nombre en est grand en effet. îlprès avoir suivi pendant cinq ou six ans le Conservatoire ^ on sait de reste que tous les auditeurs n'y sont pas pour écouter.
Béranger y alla une fois , et, à son regret, trouva tout médiocre, même mauvais, sauf la symphonie par laquelle on termina : c'était la Pastorale. Elle lui fit une grande impression.
L'opéra lui plaisait peu; il en disait comme Casti:
Chacun admire et chacun applaudit,
Mais sans savoir ce qu'on chante ou qu'on dit.
Il n'aimait guère que les psaumes des maîtres Italiens
et les chants d'église. Quant aux instruments, il préférait l'orgue et le violoncelle. D'ailleurs se passant assez volontiers de cette sorte de plaisir, moins recherché en général des penseurs et des faiseurs de vers ; et il était l'un et l'autre.