‹ Béranger et ses chansonsChapitre 1 sur 269 · M. BERNARD (DE RENNES · texte numérisé non relu

M. BERNARD (DE RENNES

CONSEIL?, En A I,A COUR DE CASSATION

Mon cher bon ami, j'aurais peut-être tardé à publier ce livre, qui, sans des difficultés impossibles à prévoir, devait paraître, comme tu le sais, immédiatement après les Dernières Chansons; mais tu m'as rappelé la promesse ftiite par toi à Béranger, d'en hâter, autant que tu le pourrais, la publication : dès lors je n'hésite plus.

En dégageant ainsi ta parole et la mienne , je trouve, ce qui ne m'est pas moins doux , à t'offrir la preuve de ma déférence pour tes conseils et celle de mon bien vif attachement.

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Paris, 28 novomlw 1857.

Pendant les quinzaines que Déranger venait, de temps à autre , chaque année, passer chez moi à la Celle-Saint-Cloud, nous causions, une partie du jour, de cent choses et de lui-même et de ses chansons. Sur ce dernier point notre accord laissait parfois à désirer.

En juillet 1846, je crois, un soir que nous admirions le coucher du soleil, inondant de flots de pourpre et d'or l'aqueduc de Marly, je ne sais comment parvinrent à se glisser dans la conversation le Sénateui^ et le Roi d'Yvetot, J'en parlai à ma guise, blâmant parfois , louant bien plus, et discourant au plus dru , comme dirait La Fontaine. «Oh! oli! s'écria Béranger,

VOUS en auriez donc terriblement à dire sur mon œuvre? — Aussi avais- je commencé de bonne heure, répondis -je; car j'ai trouvé dernièrement dans mes papiers les premières pages d'un travail datant de 1815. — Et... — Et qui s'arrêta vite. J'avais alors un peu au delà de vingt anSj et, comme tous les gens de cette époque, je me mis à chanter au lieu de commenter. Depuis... Il y aurait à dire en effet, et le texte fournirait à la glose. Mais il faudrait certains renseignements, certaines explications, d'autres matériaux enfin que mes élucubrations.

— Et si vous aviez tout cela? — Eh! eh ! je pourrais tenter l'aventure. — Sauf à la pousser aussi loin que la première fois ? - — Nenni ! — Prenez garde ! — A quoi ? — A vous avancer trop. — Et le danger? — Serait de vous voir pris au mot. — Par vous? — Pourquoi non?

— Vous me fourniriez tout ce que demande une pareille besogne? — Et, de votre côté, dans ce cas, vous l'entreprendriez? — Pourquoi non aussi? — Avec la résolution de la mener à bonne fin? — Sans aucun doute ! La chose vous iraitelle, Déranger? — Sans aucun doute aussi! — Alors donc ce serait comme une besogne à deux, mais moi restant maître absolu de ce que

j'écrirais et avec la condition expresse que vous n'auriez rien à y voir; car je veux une indépendance entière, et n'avoir à vous contrarier de mes critiques ni de mes éloges. — Cela va de soi , mon ami ! »

La convention conclue, il me remit successivement le manuscrit de tout ce qu'il avait écrit jusqu'à cette époque, les notes préparées par lui et faites sur l'édition de 1815, des lettres de parents, des articles de revues étrangères, des livres qu'on lui avait envoyés, Bœrn entre autres, etc. Mais, comme on le pense , le mieux pour moi était dans nos conversations^.

Voilà l'origine et comme la cause de ce livre, dont Béranger d'ailleurs n'a jamais rien lu. Je ne sais quel en eût été son jugement : mais du moins il aurait rendu témoignage de ma

1. «... Mes chansons vous témoignent leur reconnaissance du dévouement que vous voulez bien leur montrer: c'est peut-être plus qu'elles ne méritent. Mais, toute modestie à part, j'aimerais mieux vous voir occupé d'une œuvre plus sérieuse et plus utile, ainsi que vous avez commencé de faire. Et puis savez vous qu'avec votre malheureuse mémoire, ce sera un effroyable travail pour vous qu'un commentaire sur mes petits vers... Je ferai ce qu'il me sera possible pour en faciliter l'exécution. »

( Lettre du 3 septembre 1846.)

«... Je vous croyais plus mal en point, car vous n'êtes pas venu, comme vous me l'aviez annoncé , chercher les notes. »

[Lettre du 15 octobre 1846.)

véracité quant aux faits et de mes efforts pour remplir, autant qu'il était en moi, la tâche que j'étais si heureux de devoir à son amitié.

On le voit , la publication de ce travail , quoi qu'il puisse valoir, n'est que l'accomplissement d'une sorte de devoir : sous ce rapport, je n'avais point à hésiter, et dût- il ne recevoir aucun accueil, il ne me donnera du moins aucun regret.

Mais pourquoi n'ajouterais- je pas, afin de mieux faire excuser ma tentative et de suppléer à l'autorité dont manque mon nom, que, depuis le premier moment où j'ai connu Béranger, c'est-à-dire, depuis le commencement de 1829, il n'écrivit rien, soit en vers, soit en prose, sans me demander mon sentiment : et il le voulait libre et sévère; jusque-là qu'un jour, lui ayant rapporté le manuscrit de sa Biographie^ avec de simples observations sur l'ensemble, je me vis fort mal reçu, et il fallut refaire mon travail et annoter le sien, pour ainsi dire, ligne par ligne.

A mesure que s'achevaient ses dernières chansons, il me les récitait; hors, bien entendu, pendant ses deux absences à Fontainebleau et à Tours. Puis nous en causions, moi parfois

les attaquant, lui les défendant. Quand elles furent terminées, il m'en remit une copie que j'annotais, suivant mon usage ^ sur des feuilles séparées : plus tard, il me rendit ces dernières, avec l'indication des corrections qu'il avait faites, et en me recommandant de veiller, au moment de l'impression, à ce que ces corrections fussent fidèlement respectées. Je n'ai pu satisfaire à ce désir, ni à celui qu'exprimaient les dernières instructions données par lui à son éditeur : c< Surtout consultez mon ami Joseph Bernard, qui, par les bons conseils qu'il m'a donnés, est plus à même que personne de corriger les épreuves. »

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