‹ Béranger et ses chansonsChapitre 2 sur 269 · PRÉFACE DE L'ÉDITION DE · texte numérisé non relu

PRÉFACE DE L'ÉDITION DE

Béranger a bien souvent regretté qu'on l'eût forcé de mettre une préface à ses chansons. « La prose ne me va pas , disait-il , et je ne saurais pardonner à mes libraires de réimprimer toujours ce morceau , qui est mauvais, et ne convient plus d'ailleurs aux nouvelles pièces de mon recueil. »

Il n'y aurait guère peut-être à contredire ce jugement. Le morceau est médiocre en effet; mauvais, non. La forme n'a rien de bien nouveau, mais ne manque de piquant ni de grâce ; le ton en est simple, la composition presque sans reproche et l'esprit ne pouvait y faire défaut. Quant au style, il vaut moins; et, au tour un peu traînant de la phrase, à l'abus de certaines

constructions, au défaut général de mouvement et de couleur, on voit assez le peu de façon que Béranger mettait à la prose. Pendant longtemps même tout le secret pour lui fut de laisser courir la plume. 11 me souvient qu'un jour, répondant à ses reproches de ne lui rien montrer, j'alléguai la difficulté pour moi, et ce que me coûtait la moindre page : a Bon I s'écria-t-il en riant, y faut-il tant de gêne, et M. Jourdain ne nous a-t-il pas laissé sa recette? »

Vers 1842, ses idées commencèrent à changer. On imprimait alors ses dernières chansons de cette époque ; il m'apporta le manuscrit de la préface, en me priant de le lire et de noter en marge ce que j'y trouverais à reprendre : les notes furent nombreuses. Aussi, quand je le revis le surlendemain : a Au diable la prose, me dit- il, c'est trop de peine pour si peu, et je ne me sens pas là chez moi. » A partir de ce moment il abandonna certains projets^.

J'ai cependant, et je connais de lui nombre de lettres, et il y a dans sa biographie certains passages montrant de reste que, s'il y avait tenu, sa prose aurait valu ses vers.

1. « Je vous donne au diable tous les jours ; je me suis mis à corriger ma préface et à faire la guerre aux qui et aux que ; mais ces gaillardsr- Jà me tiennent tôte. Sans vous, ce petit morceau eût rivalisé avec tant d'autres. Je l'ai écrit en deux ou trois heures, et il me faudra dix jours pour l'amender. » ( Lettre du 15 septembre 184^2. )

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