SI J'ÉTAIS PETIT OISEAU
Les oiseaux ont toujours été d'une grande ressource pour les poètes. « Qui me donnera des ailes comme à la colombe ! dit le Psalmiste. » Ils jouent un grand rôle dans les chansons clephtes : En général ils s'y trouvent trois, regardant d'un côté ou d'un autre et
disant ce qu'ils voient ; et ils voient bien souvent la même chose.
A la suite de ces chansons, dont quelques-unes sont si remarquables, se trouve un joli distique, revenant à peu près aux quatre vers suivants :
Que ne suis -je l'hirondelle, Pour aller, Mytis la belle , Près de tes lèvres me poser Et les baiser !
« Si j'étais, dit le Magyare, un bel oiseau nourri de sucre et de caresses, et dans une cage à barreaux d'or, oh ! je mépriserais le sucre et les caresses et mes barreaux d'or; je mépriserais tous les biens et ne voudrais que la liberté î » cri d'un peuple qui souffre et veut briser son odieux joug !
Les couplets de Béranger n'ont rien de cette ardeur violente; comme dans toutes ses compositions sérieuses, il n'a voulu exprimer ici que des sentiments de bienveillance générale, si on le peut dire, et distraire un instant quelques secrètes douleurs ; on s'étonnerait seulement de le voir s'occuper là de buveurs en gaieté : car quel intérêt si tendre peuvent inspirer des gens vidant bouteille ?
Cette chanson, faite avant Mon Ame et le Dieu des Bonnes Gens, fut une des premières où il essaya de prendre quelque essor : elle eut d'abord peu de succès. Aussi fut-il surpris du mot de monsieur Jay, écrivain de quelque réputation alors et devant lequel il venait
de la chanter : « Courage ! lui dit ce juge clairvoyant, voilà de la poésie ! voilà du bon ! mais vous devez faire mieux ! » Sa surprise au reste ne put durer, s'il se rappela qu'avant de savoir l'orthographe (il la sut à la vérité un peu tard), -il projetait déjà et avait même composé des œuvres de longue haleine : la chanson lui semblait alors un cadre trop étroit. Comme on le voit, il eut le talent de l'agrandir, et rien, quand il le voulait, ne se refusait guère à y entrer.