LE BON VIEILLARD
Couplets, qui pourraient être meilleurs et offrent des vers qu'on tiendrait volontiers pour excellents :
Je crains toujours d'attrister les heureux. Au peu de vin que m'a laissé l'orage L'orgueil blessé ne mêle pas de fiel.
Il en est un sur lequel il y aurait plaisir à faire une longue glose, car il y prête :
Avec le temps vous compterez plus tard.
Le temps tiendrait donc, lui aussi, un grand livre de la dette publique, où chacun a son compte ouvert; et, comme d'usage, aux plus riches les plus gros. « A toi, pour tant de dîners et de soupers fins, la goutte, l'hydropisie ou la pierre ; à toi pour tes maîtresses, la phthisie, la paralysie, la disurie, l'apoplexie, l'abêtissement, etc. »
N'y a-t-il pas à regretter que le bon vieillard ait mis dans le cinquième couplet un reste de ses amplifications de collège (des palmes immortelles vraiment !) et qu'il loue ses auditeurs d'être
Amis du vin, de la gloire et des belles.
Mon Dieu ! qui donc fait fi du vin et des belles, même n'est heureux plus ou moins, comme Jean de Paris,
Que sa gloire s'étende
Du Louvre aux boulevards ?
Il y a dans la Cyropédie un mot, bon à noter, c'est que les honnêtes gens, eux aussi, aimeraient les belles maisons, les belles personnes, les vins fins et le reste : seulement si le tentateur finit par pousser moins souvent leur porte, c'est que, de leur côté, ils ne se lassent pas de la tenir fermée.
Béranger faisait cas de Panard, à qui l'esprit fut loin de manquer en effet, et une facilité merveilleuse, même une sorte de correction, dont se piquaient assez peu ses devanciers. Mais on ne saurait lui accorder davantage, ni le lire avec bien grand plaisir, car son cercle d'idées est étroit, et ses cadres, peu variés, n'offrent rien qui sente en quelque chose leur poëte. Sous ce rapport, Gallet, si plaisant dans ses gaietés villageoises, quoique moins connu, lui serait supérieur. Aussi ne peut-on manquer de se récrier, quand Marmontel proclame \ç, La Fontaine du Vaudeville, VdiXid^và^
qui montrait de lui-même une opinion plus juste, en se déclarant tout simplement
Chansonnier sans chanter, passable coupleteur^
et parlait mieux que Marmontel du fabuliste , quand il disait, des vers de celui-ci :
Et tant d'adresse y cache l'art, Que l'on n'y voit que la nature.