LES CINQUANTE ECUS
Gomme tout cela marche, ou plutôt court et vole ! . . . on a quasi peine à suivre. Changez le dévolus du second couplet, et il n'y aura plus à reprendre que le cinquième vers du couplet suivant :
Fuyons mes créanciers confus.
Car pourquoi les créanciers seraient-ils confus, et pourquoi certaines gens rient -ils toujours plus ou moins des créanciers qu'ils ne paient pas? Les plaisants se donnant cette licence trouveraient-ils bon , quand ils courent vers six heures à quelque dîner fin , qu'un
autre plaisant , voulant dîner aussi , les détroussât en chemin et les raillât en outre? — Quel rapprochement, dira-t-on. — Il est vrai! En peut-on trouver un entre deux façons si différentes de détrousser, à savoir, en prenant au voisin ce qui lui appartient ou en refusant de le lui rendre !
Amis, bons vins, loisirs, amours Pour huit jours.
Des plus courts
Semaine de carnaval , après laquelle tant de gens se tuent.
Quels tristes lendemains laisse le bal folâtre!
Et à qui, sinon aux jeunes filles qui s'y amusent? car, pour le père, forcé de les y conduire, le lendemain, par le contraste aussi, vaut mieux. Et la conclusion à tirer de là ne serait nullement ce que dit un autre poëte ;
Contentons notre ardent désir :
En ce monde n'a du plaisir Qui ne s'en donne.
Mais au contraire, ceux-là seuls connaissent et goûtent vraiment le plaisir, qui ne pensent pas à le chercher. La chanson . du reste , n'en ressemble pas moins à ces riches et jolis riens donnés en cadeaux entre Noël et les Rois , et aurait encore son prix sans ce vers des créanciers confus {confus!... le mot est bien trouvé !... confus, c'est-à-dire surpris, émerveillés, ne pouvant
s'expliquer qu'il y ait tant de différence entre détrousser d'une façon ou détrousser d'une autre).
Et puis qu'on veuille juger Béranger par ses chansons, lui qui n'eut jamais que des débiteurs, et qui même, je crois, en eut toujours !