LE VIEUX DRAPEAU
Dans l'édition de 1829, Béranger avait ajouté à ce titre cinq ou six lignes de préface justificative, comme on met pour les enfants un peu de sucre aux potions amères. Mais celle-ci n'en fut pas plus du goût des ministres d'alors, lesquels se fâchèrent. Aussi y eut-il poursuite. La condamnation aurait pu aller jusqu'à
deux ans de prison. Le jury n'osa décider : il s'en rapporta à la cour, qui prononça la culpabilité. Quand il fut question de l'application de la peine, un des conseillers, M. Coltu, soutint que la loi condamnait seulement le port d'un signe séditieux comme provocation à la révolte, non la provocation au port d'un signe séditieux. L'accusé dut son salut à cette subtilité, contre laquelle on se prémunit dans la suite, en ajoutant à la loi une disposition nouvelle.
Ainsi que la plupart des chansons de ce recueil , celle du Vieux Drapeau courut manuscrite. Il en fut jeté grand nombre de copies dans les casernes , ce dont la police ne fut pas contente, ce dit -on. Un conseiller d'État, attaché à l'Université, se chargea de semoncer l'auteur, lequel répondit de nouveau a qu'on pouvait le destituer ». On ne s'en souciait nullement, dans la pensée que, pour conserver sa seule ressource, il renoncerait au moins à faire une publication complète.
Le Vieux Drapeau eut un grand succès et le mérita, malgré quelque embarras dans le début et le mouvement un peu gauche de son dernier couplet.