‹ Béranger et ses chansonsChapitre 13 sur 269 · LE PETIT HOMME GRIS · texte numérisé non relu

LE PETIT HOMME GRIS

De 1810 ou 11; l'une des premières chansons de Béranger qui aient obtenu une véritable vogue. Mais ce succès ne le détourna pas d'ouvrages plus importants; et dans le moment même il s'occupait d'idylles, abandonnées à la vérité plus tard.

Le petit homme gris, c'est évidemment Roger- Bontemps; plus âgé d'une vingtaine d'années et venu de son village à Paris. Même a-t-il pris femme, ce qui se comprend moins; car lui, qui rit de tout et devait rire de son célibat , comment a-t-il eu l'idée d'en sortir?

On voit par cette chanson et bien d'autres, combien Béranger sait varier ses tons. Ici, à l'insouciance et à la gaieté de Roger- Bontemps, il a su joindre je ne sais quelle maUce, plus facile à sentir qu'à expliquer. Et cette variété ne tient pas à un choix différent d'expressions, à un mouvement plus ou moins vif, à quelque procédé de style enfin; mais au sentiment même que semble respirer la composition entière. Sa recette à cet égard était de se bien pénétrer d'avance du caractère de son drame et de ses personnages , et sans peine alors et sans avoir presque à y songer , il trouvait le ton convenable.

A lire et relire ces cinq couplets, y trouverait-on ne tache? Peut-être, dans le second, le mot chanter,

i:t ses chansons. tô

attendu que chanterne i^diursili endetter. Mais le ridicule même de cette critique montrerait la difficulté d'apercevoir quelque faute véritable.

Après cela, et moralement parlant, le Petit homme gris, malgré sa résignation si piquante et si gaie, serait loin de valoir beaucoup. L'origine de ses dettes en effet ne les justifie guère , non plus cpe sa patience conjugale ne pourrait se donner en exemple.

Page 1