L'AMITIÉ
Que n'ose et que ne peut l'amitié violente? Cet autre sentiment que l'on appelle amour, Mérite moins d'honneur
Fable et chanson mettraient donc l'amitié au-dessus de l'amour. Celui-ci, au reste, dans les vues de la nature, devait se payer assez cher pour que, plus tard, la vie sans lui, fût encore supportable.
Comme tant d'autres maladies inflammatoires, l'amour s'attaque à la jeunesse. Ni fièvre typhoïde ne rend plus hébété, ni fièvre chaude plus furieux; et, si la vie se doit comparer à un Colin-Maillard, le Colin n'est-il pas surtout un amoureux? Quelle couple de Colins que cet Othello montrant ses grilles, et ce lion laissant rogner les siennes! Aussi,
devers vingt ans, avec les yeux bandés, ne sachant quoi les pousse ni où ils vont, la belle merveille que ces pauvres amoureux marchent en cassecou, se jettent dans les meubles, fassent dégât et tapage! Qu'y peuvent-ils? La nature les condamne à ce mal. C'est donc folie de leur en faire un crime ; folie plus grande de ne pas les éclairer avant sa venue. Mais il est plus facile de les sermonner et quereller ensuite. Explications, avis, conseils, rien ne manque , quand il n'est plus temps. En telle sorte qu'on douterait à bon droit, si cet inévitable amour pousse les jeunes à plus sottement agir ou les vieux à plus sottement parler.
Certes, Béranger avait et méritait d'avoir de véritables amis; et les véritables amis ne pouvaient manquer de le visiter en prison; ils y seraient allés, sans y être le moins du monde attirés par les provenances de Bourgogne ou de Bretagne. Mais enfin, la chair est faible; or celle des perdrix et des lièvres, cuite à point • et arrosée de romanée et de chambertin, a son prix.