‹ Béranger et ses chansonsChapitre 153 sur 269 · LE CESSEUR · texte numérisé non relu

LE CESSEUR

(^ On mo disait.,. Tentez la gloire...^) On...? Ce n'était ni Béranger, ni Fonde Bouvet, ni la tante de Peronne ? — Nenni ! C'était moi-même qui me tenais le propos, et bien jeune. Tout livre me donnait envie d'en faire un et d'imiter ce dont j'avais été plus ou

moins frappé. Les idylles de Gessner, par exemple, à peine achevées, je voulue écrire des idylles, et ce fut surtout un moyen pour moi de former mon style. A vingt ans, j'en commençai une, n'ayant pas moins de quatre chants, sur le pèlerinage d'un jeune homme, au temps de Louis XIL Dans une autre, c'est l'entretien d'un conquérant égaré à la chasse et d'un berger, sujet déjà traité, si je ne me trompe, par Cazotte. Ma biographie au reste entre à cet égard dans quelques détails, et montre, si je manquais de m'essayer aux odes et dithyrambes, aux satires, aux comédies, aux tragédies même, et poussant l'ardeur, vers cette époque, jusqu'à copier, deux fois de ma main, Athalie tout entière. Que faire de plus?... Et cependant, la chanson, qu'heureusement je n'avais pas abandonnée, seule me donna ce que j'avais tant rêvé, un nom ! Je n'y comptais guère sans doute, vers seize ans, lorsque, à l'hôtel Thélusson, qui terminait alors la rue d'Artois, et où, après la terreur, se rassembla la première société littéraire de ce temps, je restais émerveillé de la prose et des vers de MM. Salverte et Alisset de Ghazan, et portais envie à tant de génie et de gloire. »

Depuis, il admira plus encore cependant Corneille, un de ses poètes favoris, après Molière et Aristophane, bien que cette prédilection ne se fût pas manifestée tout d'abord. Visitant un jour en effet, vers l'âge de 12 ans, un vieux presbytère, il trouva dans le four, abandonné depuis longtemps, un volume à demi déchiré

de Corneille et s'amusa à le lire. Le style le choqua singulièrement, habitué qu'il était déjà à celui de Racine et de La Fontaine.

Cette chanson offre une nouvelle preuve de la difficulté de se passer des anciens et de leurs inventions. Elle invoque Thalie et Melpomène et le vautour de Prométhée. D'autres y vont plus crûment ; mais avec quelle vigueur d'image et d'expression !

La Censure à l'haleine immonde, aux ongles noirs, Cette chienne au front bas, qui suit tous les pouvoirs; Vile et mâchant toujours, dans sa gueule souillée, 0 Muse, quelque pan de ta robe étoilée '.

Que cet homme est poëte, dans l'acception grecque du mot, faiseur, arrangeur ! Penseur, non : ou du moins son idée est presque toujours dans l'image seule et montre surtout le côté réel des choses. Mais quelle richesse et quelle énergie d'expression, quelle vivacité de couleur, quel mouvement, et comme la phrase s'ordonne et se soumet en quelque sorte sous sa plume, que rien n'embarrasse ni n'étonne. Il y a des hercules, maniant les enclumes et les pavés, comme la jeune fille ses osselets : leur hardiesse effraie au premier moment, et puis, tout leur est en effet si facile et ils savent montrer tant de grâce même, qu'on ne songe plus qu'au plaisir d'un tel spectacle.

Bien des gens cependant préféreront les Vautours h

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