‹ Béranger et ses chansonsChapitre 163 sur 269 · LA BONNE MAMAN · texte numérisé non relu

LA BONNE MAMAN

Cette chanson, faite pour une tante de son ami Wilhem, l'emporte sur la précédente, sans l'emporter à beaucoup près sur les meilleures du recueil. Encore de circonstance ou peu s'en faut ; aussi , malgré tant de grâce, son plus grand défaut ne serait pas de manquer de refrain.

Les ans font- ils neiger sur nous , A nos yeux tout se décolore.

Ces deux vers semblent moins à remarquer pour l'expression si hasardée du premier, que pour l'assertion peu juste du second. Les années sans doute diminuent, ne permettent plus même de goûter certains plaisirs ; mais donnent en même temps plus de vivacité à certains autres et vont jusqu'à en créer, pour ainsi dire,

qui n'auraient pu seulement être soupçonnés. Le repos, le calme, le silence, par exemple, insupportables dans la jeunesse, ne charment-ils pas le vieillard? Et la vie ainsi, à mesure qu'elle avance et décline, ne cesserait, comme le soleil, d'éclairer un des points de notre horizon que pour reporter sa lumière sur l'autre , sinon plus brillante, plus douce peut-être.

L'Amour a peur des grand'mamans ;

Ce joli vers, qui en promettait d'autres, doit avoir peur de ceux qui le suivent.

La première moitié du quatrième couplet doit également s'effaroucher de la seconde, qui du moins sait voiler si bien ce qu'elle dit de trop, qu'avec la moindre ignorance il serait facile d'y voir seulement ce qui s'y montre de convenable.

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