LES HIRONDELLES
Que tout cela est attendrissant et beau ! et quelles émotions doivent remplir l'âme, quand, sous un ciel lointain, au petit cri des hirondelles, rasant la terre, viennent se mêler ces souvenirs et ces regrets d'une vérité si poignante ! Car, dans cette affreuse torture de l'exil, l'idée se reporte sans cesse vers les premiers ans et vers tout ce qui s'y rattache. On voit, comme disait Jean-Jacques, jusqu'aux moindres détails d'une vie trop calme, semblait-il alors, et maintenant tant pleurée; on voit l'oiseau qui passe, une mouche se posant sur la main, on entend le bruit d'une fenêtre, l'aboiement d'un chien, la voix d'une personne connue; et le cœur se remplit d'indicibles angoisses et se perd dans une extase qui le charme et le désespère. Arri-
vés là, peu de gens ont la force de résister à la pensée du retour.... J'ai connu un homme, forcé de quitter la France par suite d'un de ces actes qu'expliquent et qu'excuseraient presque les folles passions et l'ignorance de la jeunesse : tranquille désormais, ayant su même se faire une position en pays étranger, il revint se constituer prisonnier, au risque de subir la terrible peine dont la loi frappait sa faute. Il fut absous; mais prouva que tout, jusqu'au bagne et à l'infamie, peut sembler moins affreux que l'exil.