‹ Béranger et ses chansonsChapitre 19 sur 269 · MES CHEVEUX · texte numérisé non relu

MES CHEVEUX

Béranger devint chauve en effet de bonne heure (avant la trentaine) ; mais Sa sagesse remontait plus haut, et, dès l'âge de dix ans, lui valait un prix à son école du faubourg St-Antoine. 11 avouait cependant que les migraines y étaient aussi pour quelque chose.

Avec le temps, les cheveux ne revinrent pas (on ignorait les pommades de maintenant) ; mais les migraines disparurent et sa tête n'en fut que meilleure.

Double bienfait de la vieillesse, dont il n'a pas moins continue à médire. Voyez cette fin de couplet:

Achetez la plus douce ivresse , Au prix d'un âge malheureux.

Malheureux! ... Malheureux donc, s'il le faut; mais le moyen de le rendre tel , en effet , n'est-il pas de se donner avarit sa venue , un peu trop de ces douces ivresses? ... Quel beau jeu auraient ici les partisans du vieil âge, même s'en tinssent-ils aux deux observations suivantes : La première, qu'e/i usant toute la vie en peu de jours, loin d'en retrancher les vieux ans, on les fait arriver plus vite : or , la pire vieillesse est la précoce. La seconde observation porterait sur la façon dont on propose ici de tuer

L'ennui , l'humeur et les chagrins.

C'est, dit-on, de les noyer dans le vin : oui, de les étourdir tout au plus ; car ils ont bientôt repris haleine, et il n'est de vermine ayant la vie plus dure. Le travail seul la peut écraser de sa main de fer ; encore doit-il s'y prendre à plusieurs fois. Le Financier ne manquait de flacons, dont le Savetier n'avait guère ; et l'ennui toutefois entrait plutôt chez le premier que chez l'autre.

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