‹ Béranger et ses chansonsChapitre 20 sur 269 · LES GUEUX · texte numérisé non relu

LES GUEUX

Sorte de démenti A mes Cheveux.

Chanson faite à Péronne, vers 1806, pour une société, dite Le Couvent des Sans Soucis.

LafTitte, à propos de ce mot de Gueux, dont on discourait un jour à sa table, déclara qu'ayant passé par les deux états de véritable pauvreté et de richesse extrême, il préférerait le premier, qui, par l'incertitude de l'heure à venir, donnait à la vie le piquant du jeu ou de la chasse.

Régnier pensait de même :

Puis les gueux en gueusant trouvent maintes délices.

Et du temps de Louis XIY on chantait sur le même thème :

Si le roi savait la vie

Que font les gueux , De tout vendre aurait envie ,

Pour être heureux Et s'en aller avec eux.

Vivent les gueux !

Pontcliartrain qui sait la vie Que font les gueux ,

A chaque moment s'écrie :

Qu'ils sont heureux!

Il va nous rendre comme eux.

Vivent les gueux !

A tout prendre, Béranger soutient mieux son dire, délicat à soutenir par le temps qui court ; mais il pouvait se permettre à cet égard plus que personne et s'en est bien tiré. Non toutefois que cette pièce soit à beaucoup près une de ses meilleures; le mouvement en est

vif, l'expression concise et ferme; mais la phrase manque parfois de netteté, et la composition même ne serait pas sans reproche : car il fait ici moins peut-être l'éloge de la pauvreté que la critique de la richesse, et encore semblc-t-il confondre cette dernière avec d'autres prétendus avantages, tels que l'héroïsme et le haut rang. En outre, pour justifier la promesse de venger

L'honnête homme qui n'a rien,

ne fallait-il pas montrer ce que la fortune donne trop souvent à ses favoris de ridicule et de reprochable , plutôt encore que les maux qu'ils lui doivent?

Mais reste le sujet même, au fond duquel se voient tant de choses, quoiqu'il ait l'air d'une sorte de plaisanterie et de lieu commun ; restent les images les plus riantes, et des mots qui par leur justesse et leur énergie ont déjà fait proverbe.

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