‹ Béranger et ses chansonsChapitre 197 sur 269 · LE CHASSEUR ET LA LAITIÈRE · texte numérisé non relu

LE CHASSEUR ET LA LAITIÈRE

Le chasseur tue les perdrix et les lièvres, non pour avoir un rôti de plus, mais pour le plaisir de la chasse; que ce plaisir lui soit possible autrement, il les laissera vivre, sans doute. Or, les laitières, jeunes et jolies, c'est du gibier aussi, et plus fin; on ne les tue pas, on leur donne des croix d'or, menu plomb de ces pauvrettes. D'ailleurs, en les visant, le chasseur ne songe le moins du monde non plus à leur nuire, mais seulement à se donner du bon temps, et à pouvoir chanter d'autant mieux qu'il a le triple talent et qii'il est un vert galant.

L'histoire est vieille des croix d'or. « Bernart , écrit le comte de Bretagne à un de ses confrères en Vénus

et Apollon :

Bernart , j'ay touzjors oi dire Que li cors guaigne l'avoir.

OU en français d'aujourd'hui :

Pour qui tient la clef d'or, n'est- il pas vrai, Bernard, Que le cœur le mieux clos s'entr'ouvre tôt ou tard ?

Au reste nos idées sur ce point sont telles encore.

27â DÉRANGER

que la présente note, lue devant dix hommes raisonnables, serait trouvée ridicule par dix d'entre eux... et si devant dix femmes?...

BONSOIR (A M. Laisney).

Ce refrain a quelque chose de triste, malgré la gaieté qui cherche à s'y montrer : c'est une sorte d'adieu. Pour qui craint la vieillesse, les cinquante ans donnent en effet à penser, car son temps est proche alors. Il y aurait, dans ce cas, un mot à se rappeler ; celui d'une bonne femme de mon village. Vers quatre-vingt seize ou dix-sept ans, elle se plaignait un jour de sa faiblesse et de son peu d'appétit, ajoutant, avec un soupir : (( Ah ! quand je n'avais que quatre-vingts ans ! »

Comme ils sont loin les feux de notre aurore!

L'aurore de Béranger ne fut pas, comme celle de l'Iliade, aux doigts de rose, mais le plus souvent aux doigts de fer. Abandonné, à demi, laid, chétif et souffrant.^ pauvre, foudroyé en outre, il se vit, faute de lait (gâté par le Recollet), abreuvé de vin du cru, régime peu doux à vingt mois. N'aurait-il pas été réputé chez les Grecs nourrisson de Bacchus et favori de Jupiter ?

Dans l'art des vers c'est toi qui fus mon maître; Je t'effaçai sans te rendre jaloux.

Oui, dans l'art de la mesure, de la rime et du reste; mais dans l'art de faire les vers de ses chansons, Béranger n'eut et ne pouvait avoir que lui-même pour maître. Un poëte, vraiment digne de ce nom, que ce soit Molière, Raphaël, Mozart, a dans l'esprit comme un type d'une beauté achevée suivant son genre, et qu'il s'agit pour lui de produire au dehors. Jusqu'à ce qu'il n'y ait réussi à son gré, il cherche, il médite, il fait effort. Et qui donc crée ce type chez le poëte et lui enseigne à le produire? Est-ce le faiseur de ^7'adus et de prosodies ?

Ces malheureux amours, les voilà derechef se fourrant dans ce couplet, on ne sait trop pourquoi, sinon pour se venger d'avoir été tout à l'heure si lestement congédiés. Qu'ils nous laissent une fois pour toutes ; l'amitié véritable ne saurait s'arranger de leur présence. Son heure est vers le soir ; le bruit cesse alors, les enfants dorment. L'âme et les lointains souvenirs s'éveillent ; on peut se recueillir, s'entendre, causer de cent choses... moment le plus doux de la journée et faisant comprendre le vieil âge après une vie agitée. Et quelle vie ne l'a été !

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