‹ Béranger et ses chansonsChapitre 198 sur 269 · LE MISSIONNAIRE DE MONTROUGE · texte numérisé non relu

LE MISSIONNAIRE DE MONTROUGE

Un dindon, fùt-il lettré, ne parle pas ainsi; et personne, sans doute, ne songerait à craindre Ignace, s'il était vraiment l'original de ce portrait. Le chat, au-

quel on le compare ordinairement, se fait bien venir du jeune rat, de la belette, du lapin, de la souris, de tous ceux enfin dont il veut souper. Ignace au contraire :

Est craint partout à la ronde , Et fait trembler tout le monde.

Le pauvre homme ! on peut le dire de lui autrement que de Tartufe. En vérité l'effroi qu'il inspire ne devrait-il pas empêcher de le craindre ? car, si sa puissance est dans son talent de feindre, qui donc serait trompé par lui ? La chanson semblerait de cet avis : en lui prêtant un cri d'oison, elle ne songe plus évidemment à le faire chat ou loup... Naguère il semblait maître à Rome, maître puissant, absolu ; on en parlait bas. Depuis vingt ans, ne façonnait-il pas la jeunesse, tout à lui dès lors! or un beau matin, cette jeunesse, rompant sa chaîne, pour premier acte, le chasse. Pauvre homme en effet !

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