ORAISON FUNÈBRE DE TIRUPIN
Le seul défaut peut-être de cette jolie chanson serait de prêter à une allusion, et par là d'embarrasser plus ou moins le lecteur, quand il ne s'agit en effet que d'un cadre comme tant d'autres.
Turlupin^ pauvre et montreur de marionnettes, en peut dire long et ouvrir à son gré la bouche : autre Socrate, sous la veste cVun bouffon. Et si on l'a méconnu, y a-t-il à s'en étonner? Socrate lui-même, revenant, aurait-il grande pratique, vieux et dénué, et aussi chauve, non plus sensé que l'auteur de Turlupin. Platon réussirait mieux : on aime la belle mine, les mots bien sonnants , les belles phrases qui remplissent l'oreille, l'esprit restât-il vide. Ne voilà-t-il pas une statue pour tel phraseur d'école, compilateur de vieilleries morales et métaphysiques, que personne peut-être n'a lues au long , hors moi , à c{ui Dieu le pardonne !
Au reproche tant répété relativement à la chanson du Bon Dieu, Béranger aurait pu répondre par les deux vers de Turlupin :
Ton Dieu, Marie Alacoque,
N'est pas plus mon Dieu que Jupin.
Mais aurait-il pu se justifier de deux ou trois expressions, dont l'une surtout demande à être interprétée et se trouve là pour raccommodant? {VA à propos de
ce nom de Jupin, je trouve dans mes notes, qu'mi traducteur anglais a cru devoir intituler Jupiter la chanson du Bon Dieu,)
Clément aussi écrivit, non l'oraison funèbre, mais l'épitaphe d'un Turlupin de son temps, Jean Serre, inférieur à celui de nos jours, comme l'épitaphe l'est
à la chanson :
Que dis-je , on ne le pleure point :
Si fait -on; et voicy le point :
On en rit si fort en maints lieux,
Que les larmes sortent des yeux.
Ainsi en riant on le pleure
Et en pleurant on rit à l'heure '.