‹ Béranger et ses chansonsChapitre 200 sur 269 · ORAISON FUNÈBRE DE TIRUPIN · texte numérisé non relu

ORAISON FUNÈBRE DE TIRUPIN

Le seul défaut peut-être de cette jolie chanson serait de prêter à une allusion, et par là d'embarrasser plus ou moins le lecteur, quand il ne s'agit en effet que d'un cadre comme tant d'autres.

Turlupin^ pauvre et montreur de marionnettes, en peut dire long et ouvrir à son gré la bouche : autre Socrate, sous la veste cVun bouffon. Et si on l'a méconnu, y a-t-il à s'en étonner? Socrate lui-même, revenant, aurait-il grande pratique, vieux et dénué, et aussi chauve, non plus sensé que l'auteur de Turlupin. Platon réussirait mieux : on aime la belle mine, les mots bien sonnants , les belles phrases qui remplissent l'oreille, l'esprit restât-il vide. Ne voilà-t-il pas une statue pour tel phraseur d'école, compilateur de vieilleries morales et métaphysiques, que personne peut-être n'a lues au long , hors moi , à c{ui Dieu le pardonne !

Au reproche tant répété relativement à la chanson du Bon Dieu, Béranger aurait pu répondre par les deux vers de Turlupin :

Ton Dieu, Marie Alacoque,

N'est pas plus mon Dieu que Jupin.

Mais aurait-il pu se justifier de deux ou trois expressions, dont l'une surtout demande à être interprétée et se trouve là pour raccommodant? {VA à propos de

ce nom de Jupin, je trouve dans mes notes, qu'mi traducteur anglais a cru devoir intituler Jupiter la chanson du Bon Dieu,)

Clément aussi écrivit, non l'oraison funèbre, mais l'épitaphe d'un Turlupin de son temps, Jean Serre, inférieur à celui de nos jours, comme l'épitaphe l'est

à la chanson :

Que dis-je , on ne le pleure point :

Si fait -on; et voicy le point :

On en rit si fort en maints lieux,

Que les larmes sortent des yeux.

Ainsi en riant on le pleure

Et en pleurant on rit à l'heure '.

Page 1