COUPLETS SUR LA JOURNÉE DE WATERLOO
Titre démentant le refrain, puisqu'il prononce tout d'abord le nom qu'on veut taire ensuite. Peut-être s'étonnerait-on en outre de voir l'invitation de chanter faite par des hommes à qui elle semblerait devoir répugner davantage. Il y aurait à regretter enfin que Béranger n'eût pas écrit plus de ces couplets remplis d'une tristesse si noble et si touchante.
J'ai répondu , baissant des yeux humides : Son nom jamais n'attristera mes vers.
Où trouver un mouvement plus heureux et plus vrai et un langage à pouvoir y mieux répondre ? Il excelle sous ce rapport. Il sait se pénétrer si bien du sentiment et de la situation, que son expression se produit ensuite comme d'elle-même, et telle que chacun croirait l'avoir pu choisir tout d'abord et n'en avoir pu choisir une différente.
Le troisième couplet vient en quelque sorte d'ailleurs tempérer ce que la pièce entière aurait d'excessif, et fournir une sorte d'explication et d'excuse à cette grande défaite :
Périsse enfin le géant des batailles , Disaient les rois : peuples, accourez tous; La Liberté sonne ses funérailles.
<( Voilà, disions-nous dans notre style de 1815, la seule arme qui pût triompher de nous. La liberté, source de toute puissance et de toute gloire, voulut se venger de l'oubli où nous la mettions et força les rois d*en appeler à elle ! »
Des deux côtés ce jour trompa la gloire,
non la gloire du combat même, aussi grande quelquefois pour le vaincu que pour le vainqueur; mais il trompa de justes espérances, car on se battait beaucoup moins cette fois pai' un vain motif d'orgueil national, que pour sauver les frontières d'un côté, et de
l'autre pour recouvrer des droits. « La France devait succomber, disions-nous encore, car elle avait oublié les siens ; et, moins forte dès lors, elle cessa de l'emporter sur tant de nations, qui se levaient enfin pour conquérir les leurs ! »
Le dernier couplet n'est pas l'un des moins beaux, malgré un mot à reprendre ; car les torrents viennent après les orages, non après les naufrages, et l'idée de naufrage suffirait à peine ici.
Waterloo d'ailleurs semblait à Béranger une conséquence forcée de tous les événements antérieurs. « On ne comprendrait plus la France, disait-il. Napoléon y restant. Sa tâche était remplie, et cette défaite si grande fut un malheur nécessaire à la conquête définitive de la liberté. »
« Chose singulière ! ajoutait-il, ce despote si absolu se montrait l'esprit le plus libéral peut-être de son conseil d'État. Il y avait alors des ultra-impérialistes, comme il y eut plus tard des ultra-royalistes. »
COUPLET (A Mme Amédée de V.)-
Une belle femme sourit-elle à l'homme sans jeunesse, sans nom, sans fortune? Oui, s'il a de la bonté et qu'elle en ait elle-même. Et de tous les sourires, c'est celui qui donne au regard, non le plus d'éclat, mais le plus de douceur.