‹ Béranger et ses chansonsChapitre 214 sur 269 · LES LUTINS DE MONTLHÉRT · texte numérisé non relu

LES LUTINS DE MONTLHÉRT

La Raison a ici son tour, et la voilà louée. Tout à l'heure repoussée au nom des plaisirs, elle se voit rappelée maintenant contre les farfadets et diablotins , c'est-à-dire contre certains préjugés de ci-devant. Or, y a-t-il loin des plaisirs , comme les entend la chanson, à ces préjugés et diablotins?... Beaucoup d'idées, réputées fort ridicules aujourd'hui, paraissaient justes autrefois : cependant il en est une qui tient bon, à savoir que les plaisirs, ou plutôt les façons de passer le temps portant ce nom, bals, spectacles, jeux, fêtes et festins, sont des plaisirs en effet, le reste n'offrant que mal et ennui ; et la tour de Montlhéry

Qui se perd dedans la nue, Et pour regarder Paris Allonge son cou de grue,

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sera tombée et relevée , et retombée encore , avant que cette belle croyance ne soit tombée elle-même.

Nous donnâmes à la Grèce Ces dieux créés pour les sens, Dont réternelle jeunesse Vivait de fleurs et d'encens.

Et nous les avons aussi ces dieux tant honorés ! Ils sont loin d'avoir vieilli en effet, et excitent à vivre de toute autre chose que d'encens et de fleurs. La Raison a pu déloger de la tour de Montlhéry, et d'ailleurs, tous les lutins et farfadets; mais qu'elle aille donc chercher à déloger Bacchus, et Vénus, et Comus de leurs donjons des boulevards et du Palais-Royal,

Où sont aussi tant de sabbats Surtout pendant les gras !

Victor Hugo a fait les Djinns, Voilà les deux manières : ici des idées; chez lui, je ne sais trop. Mais, si Michel-Ange eût pu jouer un instant avec son terrible pinceau, ne semble-t-il pas que c'eût été un peu ainsi?

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