‹ Béranger et ses chansonsChapitre 215 sur 269 · LA COMÈTE DE · texte numérisé non relu

LA COMÈTE DE

Toute cette chanson, d'un style si riche, si pur, se résume dans son quatrième couplet, et ce couplet aurait convenu à bien d'autres époques. Car, si le monde a en effet l'âge qu'on lui suppose, c'est donc dans son enfance que, comme chacun de nous, il aurait le plus

appris. Que sont les nouvelles découvertes comparées aux anciennes, à l'agriculture, à l'écriture , à la métallurgie, aux différents arts mécaniques et libéraux? et que voir dans l'imprimerie, la vapeur, le gaz, les chemins de fer, sinon quelques gouttes ajoutées à cette coupe déjà si pleine?

Vingt ans au plus , bonhomme , attends encore.

Vingt ans!... et qu'aurons-nous dans vingt ans, dans cent et dans mille? de nouvelles inventions? et puis?... Iraient-elles jusqu'à nous faire vivre au plus haut de l'air, ou au fond de l'eau, jusqu'à nous rendre tous des Grésus, des Lucullus et des Plutus; en serionsnous plus heureux?... Laffitte, homme d'esprit, et qui avait passé par les deux fortunes, n'en croyait mot. Comme on le voit, si les Juifs attendent un Messie, tous tant que nous sommes nous attendons bien aussi quelque chose.

L'œuf éclôra sous un rayon des cieux.

Mon Dieu ! cet œuf a été pondu le jour même où naquit notre premier père. C'est la Raison qui le couve, ou plutôt qui l'a fait éclore il y a déjà longtemps. L'oiseau depuis n'a pu manquer de grandir et a grandi beaucoup ; mais nous aurons beau allonger ses ailes, ce n'est pas lui qui nous emportera vers ce monde, que nous cherchons follement en celui-ci.

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