‹ Béranger et ses chansonsChapitre 37 sur 269 · BEAUCOUP D'AMOUR · texte numérisé non relu

BEAUCOUP D'AMOUR

Le ton de ce morceau jurerait peut-être avec son titre, car on ne saurait donner à la passion une expression plus calme. Or, en pareille matière, si on le peut dire, ne pas manquer de mesure, c'est manquer de vérité ; quand on n'aime pas trop on n'aime pas assez, suivant Rabutin. Mais Béranger, sensé dès l'enfance, ne connut jamais les beaux sentiments à la Werther. Sa passion des vers le préserva de l'autre passion. « 0 Muse bien-aimée, s'écrie l'ami de Mécène, c'est toi qui, pendant mon imprudent sommeil sous le frais rocher de Vultur, me défendis des ours et des vipères. » La muse donc n'aurait pas oublié son ancien métier.

Toutefois, si les femmes ne purent jeter Béranger dans cette espèce de fureur, mêlée d'idiotisme, qu'on appelle amour, elles furent loin de le laisser indifférent. Au reste, il y en avait pour lui de deux sortes, si on le peut dire : les unes propres à plaire par la facilité du commerce, par l'esprit, la gaieté, un peu de

sans gêne ; les autres , telles qu'il les comprenait comme femmes et comme mères, avaient pour lui une tout autre valeur : a On peut aimer les premières, me dit-il un jour ; mais on n'épouse que les secondes.» L'amour qu'il traita cavalièrement dans sa jeunesse, s'en vengea plus tard, et lui prouva la vérité du distique, dont il avait plus d'une fois plaisanté :

Passant, voici ton maître!

Il l'est, le fut, ou saura l'être.

LES BOXEURS OU L'ANGLOMANIE. (Août 1814.)

Des boxeurs vinrent en effet à Paris vers cette époque ; et. Dieu merci ! sans y trouver, malgré le goût d'alors, ni profit ni renom. Les coqs et leurs ergots d'acier ne furent pas plus heureux. Au fait nous pouvions être las de batailles.

La date de cette chanson en excuserait l'esprit. Après de si longues et si terribles guerres, il fallait bien en vouloir encore aux voisins ; et que de fois, dans les premières années du siècle n'a-t-on pas entendu tonner en chaire contre la perfide Albion, C'était le texte obligé.

Du reste, rien de mieux que de railler ce goût barbare, si ce n'est de chanter la sainte alliance des peuples.

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