‹ Béranger et ses chansonsChapitre 41 sur 269 · LE CÉLIBATAIRE · texte numérisé non relu

LE CÉLIBATAIRE

Chanson de noce, chantée au mariage de mon ami B. Wilhem.

Une épousée, comme celle dont il s'agit, dut s'étonner de pareils couplets ou plutôt ne les pas comprendre. Mais, si plus tard elle en demanda l'explication à l'époux, celui-ci eut-il à bénir la verve de son ami le poëte? Aussi cette chanson semblerait-elle en effet une vengeance de célibataire, ou prouverait peut-être qu'un homme a rarement assez d'esprit pour être bien sur de n'en jamais abuser.

Dans une occasion semblable Voltaire fit le doucereux : on dirait les petits rubans roses de Dorât ou de Gentil Bernard :

Que l'Hymen et l'Amour se rassemblent pour vous; Soyez encor amants en devenant époux, etc.

Certes le conseil eût été bon , mais il aurait fallu y ajouter la recette pour le suivre ; aussi mieux vaut Favart assurant que le mariage ressemble à un cocon :

On file avant d'être époux Le tissu de son esclavage;

L'amant est rampant et doux , Le vers à soie est son image.

Dans ses propres nœuds renfermé, Il devient froid, inanimé; Mais bientôt, forçant sa prison,

Il s'envole en papillon.

Oui ! mais le papillon va se refaire amant , par conséquent redevenir doux et rampant, malgré ses ailes : autant valait se passer de cocon.

Ce pauvre mariage ! quel thème sans fin et pourtant bien usé ! Il se venge vraiment en inspirant tant d'insipides badinages.

Madame

De monsieur fera le bonheur.

Bien qu'elle soit sa femme.

Et si monsieur n'était pas le mari de madame , il serait donc plus heureux?...

La Fontaine de son côté doute fort

Qu'un hôte soit vraiment chéri , S'il est mari.

0 jeune homme! fie-t-en cette fois au prosateur plutôt qu'au poëte, et des deux espèces de femmes, prends la légitime : elle est la meilleure ou le devient. Car le mariage ressemble , non au cocon , mais à la pomme, qui perdit le monde et perdit Troie en outre : fraîche cueillie , elle est belle, mais souvent aigre ; le temps peu à peu la ride et l'adoucit.

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