‹ Béranger et ses chansonsChapitre 45 sur 269 · LA CHATTE · texte numérisé non relu

LA CHATTE

Béranger aimait fort sa chatte Marquise , belle en effet, et qui le suivit fidèlement à Fontainebleau, à Tours, à Passy. Elle était grise, à longs poils, douce et sage. La douceur pourtant ne la préservait pas de

colères terribles à la vue des deux chiens dont M. de Lamartine était souvent accompagné. Aussi ne se risquait-il à entrer avec eux que lorsque la Marquise avait été mise en lieu sûr, et la sagesse ne l'empêchait pas non plus de découcher parfois. Dans ce cas, en revenant au point du jour, elle appelait discrètement, et Béranger descendait pour lui ouvrir.

La fillette des couplets fait le contraire et s'exprime un peu librement. Mais quoi ! Madame Deshoulières est-elle en reste et ne parle-t-elle pas du tendre miaulement par lequel sa chatte Grise t te savait exprimer son tourment, et ne va-t-elle pas jusqu'à lui promettre de régaler ses désirs à Vaide d\in digne galant ?

C'est, dirait madame Deshoulières, qu'il y a deux amours.

Ayant le désir pour berceau Et tôt après le plaisir pour tombeau:

celui des chattes et celui d'Hippolyte, du grand Cyrus

et de la belle Astrée Et si les deux, au bout du

compte, n'en faisaient qu'un?... Seulement le dernier serait de meilleur air. Toutefois, il a beau se draper, parler de ses ailes, les remuer de son mieux, il reste à terre, et, pour médire de la guenille, n'en tient pas

moins compte ou, si l'on veut, l'amour serait un

beau voile, que Dieu, si bon, jeta sur un grand mystère, pour en cacher le côté grotesque. Le beau voile malheureusement devient parfois la robe de Déjanire, et autant vaut peut-être encore la robe de chambre.

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